CRISE SANITAIRE. Certains experts, invités à s'exprimer dans le cadre d'une conférence de l'ESTP Paris sur "les maîtres d'ouvrage dans le monde d'après", estiment que ni les choix résidentiels, ni l'offre immobilière n'évolueront de manière drastique une fois la crise passée.

Après la phase de sidération générale au moment du premier confinement, et l'arrêt total des chantiers et de l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme, certains maîtres d'ouvrage ont eu une approche purement contractuelle, juridique, explique Paul Duphil, le directeur général de l'OPBTP, à l'occasion d'une conférence de l'ESTP Paris, fin avril, sur les enseignements à tirer de la crise. "Soit ils se sont impliqués, soit ils ont dit 'ce n'est pas mon affaire'". Et puis il y a "une autre catégorie de maîtres d'ouvrage, qui ont eu une réaction plus opérationnelle : ils ont accompagné les autres intervenant, en émettant des ordres d'arrêt de chantier, en se préoccupant de ce qui était le plus favorable à la reprise des activités dès que ce serait possible".

 

L'organisme qu'il dirige a rédigé le guide qui a permis le redémarrage des chantiers "dans des conditions sanitaires satisfaisantes", rappelle Paul Duphil. "Dans un premier temps, certains maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre ne se sont pas sentis assez associés. Puis ils ont été largement intégrés à la réflexion", relate-t-il.

 

Il y a "toujours des projets bloqués"

 

Du côté des autorisations d'urbanisme, la sidération semble avoir duré un peu plus de temps. Helene Cloez, avocate spécialiste du droit de l'urbanisme, rappelle le "grand cafouillage" qu'a connu le pays au printemps 2020. D'abord il y a eu "le gel de l'instruction des autorisations", puis "on a été abreuvés d'ordonnances", explique celle qui "a passé plus de temps à essayer d'analyser les textes pour les expliquer, qu'à participer à des projets concrets".

 

Les deuxième et troisième confinements, en revanche, ont moins été facteurs de blocages. Ce qui ne veut pas dire que tout soit comme avant : "il y a encore des projets bloqués", explique l'avocate, "par exemple ceux qui ont besoin d'une enquête publique : même si on la fait, elle ne vaut rien juridiquement".

 

Quid de l'avenir ?

 

Quelles conséquences sur les produits immobiliers proposés par les promoteurs ? Stéphane Roche, directeur général adjoint d'une direction régionale de Nexity estime qu'il est "encore un peu tôt pour voir des changements" dans les programmes. Il note "quelques premières évolutions", comme une demande de "surfaces extérieures plus généreuses". Mais il pose la question : "le besoin sera-t-il aussi impérieux dans un mode sans covid ?" Il pressent que l'on "reviendra à nos vies d'avant"… Et l'immobilier aussi.

 

Il considère, par conséquent, que "les logements collectifs ne vont pas baisser en faveur des maisons individuelles" : "ceux qui voudront s'extraire de la densité le feront, mais ce sera marginal, et cela se stabilisera", juge Stéphane Roche.

 

"Le sujet n'est pas la densité des villes mais la suroccupation des logements"

 

L'économiste Robin Rivaton se situe sur la même ligne : "certains se demandent si les gens vont quitter les villes. Ce n'est pas ce qu'on observe". Il constate bien une recherche de maison individuelle, "mais pas de mouvement de fond qui traduirait une désaffection des villes". "Il n'y aura pas de répartition plus homogène de la population sur le territoire", insiste l'économiste, qui croit que le phénomène de métropolisation va, au contraire, perdurer.

 

Robin Rivaton rappelle à ce titre qu'en termes sanitaires, "le sujet n'est pas la densité des villes mais la suroccupation des logements". "C'est pour cela que la pandémie s'est propagée si durement en Seine-Saint-Denis, dans les quartiers nord de Londres, ou à Brooklyn". Pour lui, la question n'est pas tant de produire des logements différents, mais bien d'en produire pour répondre à la demande. Et, de ce point de vue, "l'effondrement des permis de construire est dramatique".

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