ECONOMIES. Avec une facture qui s'est considérablement alourdie au fil des ans pour atteindre les 35 milliards d'euros, le projet du Grand Paris Express a été "recadré" par le gouvernement. Celui-ci a demandé à la Société du Grand Paris de plancher sur 1.200 pistes d'économies pour réduire le coût de ce colossal chantier de 10%.

Le Premier ministre Edouard Philippe a prévenu que le nouveau calendrier du Grand Paris Express arrêté par l'exécutif était "réaliste, tenable, mais déjà tendu", et a annoncé que "les marchés de toutes les lignes seront signés durant le quinquennat". Sauf que la facture du projet s'est malgré tout alourdie au fil des années, pour atteindre aujourd'hui la somme de 35 milliards d'euros. D'où la demande du gouvernement adressée à la Société du Grand Paris (SGP) de plancher sur quelques 1.200 pistes d'économies pour tenter d'amoindrir le coût de 10%. "Le vrai travail d'optimisation, c'est un travail en continu", a expliqué Thierry Dallard, nouveau président du directoire de la SGP suite à un décret présidentiel du 30 mai dernier. "Je prends mes fonctions à un moment charnière de l'histoire du Grand Paris Express, alors que le gouvernement vient de réaffirmer de manière forte sa volonté de mener tout le projet à son terme, dans le cadre d'un calendrier et d'un budget redéfinis", a souligné Thierry Dallard.

 

"20% d'aléas" pour surmonter les "risques"

 

"Mon action sera guidée par un fil rouge : restaurer la confiance dans la maîtrise d'ouvrage du projet." Mais cette confiance à retrouver passe entre autres par une maîtrise du budget, lequel a déjà dérapé et se retrouve actuellement soumis à une volonté politique d'économies. "On n'en est plus au stade d'il y a quelques années où le nombre de gares était potentiellement en débat, où la longueur des quais était potentiellement en débat", poursuit le nouveau directeur de SGP. "Aujourd'hui, nous avons engagé au niveau de la SGP 1.200 pistes de recherches d'économies. Il n'y aura pas 1.200 annonces", mais un travail en profondeur "pour être certain qu'on a bien tout optimisé", a déclaré le dirigeant à l'AFP. "Ces économies, elles iront abonder les à peu près 20% d'aléas qui seront dans l'opération et qui seront nécessaires pour faire face aux risques, parce que la seule chose dont je suis sûr, c'est que des risques, on va en avoir." Néanmoins, ni ces fameuses "pistes de recherches d'économies", ni les "20% d'aléas", ni les "risques" n'ont été explicités.

 

Les niches fiscales, autre source d'économies ?

 

La SGP n'est cependant pas la seule à être mise à contribution pour faire en sorte que le Grand Paris Express coûte un peu moins cher. Le député (LR) Gilles Carrez a effectivement été chargé par Edouard Philippe de trouver 250 millions d'euros de ressources supplémentaires annuelles. Contacté par l'Agence France Presse, le parlementaire a indiqué : "Le Premier ministre m'a demandé que je lui fasse des propositions, sans créer de taxes nouvelles, sans augmenter les impôts et à isofiscalité [une mise en œuvre à pression fiscale constante, ndlr] générale". De fait, Gilles Carrez étudie la piste des niches fiscales : "Il y a plein de niches fiscales. […] Il se trouve que pour les recettes qui sont affectées à la SGP, il y a les mêmes caractéristiques, des tas de niches que tout le monde ignore, qui se sont accumulées au fil du temps. Donc, même si ce n'est pas tout à fait à isofiscalité, fermer les niches, c'est plus acceptable que de créer de nouvelles taxes". Toujours est-il que le député, qui a assuré qu'il est "hors de question de demander à la province de financer [le Grand Paris Express]", doit rendre ses propositions en la matière fin juin-début juillet.

 

21 tunneliers, 15.000 personnes mobilisées

 

Pour rappel, le 22 février dernier, le Premier ministre Edouard Philippe a présenté la nouvelle feuille de route du projet du Grand Paris Express. Concrètement, l'exécutif a d'une part confirmé la réalisation de la totalité de ce supermétro, et d'autre part affirmé qu'il sera bel et bien au rendez-vous pour la tenue des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, localisés à Paris et en Seine-Saint-Denis. Les 21 tunneliers chargés de l'excavation des futures lignes vont donc se mettre en ordre de marche au fur et à mesure, dans un environnement géologique complexe aux multiples contraintes. Jusqu'à 15.000 personnes devraient être mobilisées au plus fort des chantiers qui émailleront la région francilienne pour faire émerger ce réseau automatique en rocade.

 

4 nouvelles lignes censées fonctionner en 2024

 

Avec pour objectif de décongestionner le cœur de l'agglomération parisienne, de mieux relier la capitale aux banlieues et d'apporter des solutions de mobilité durables aux 8,5 millions de voyageurs qui empruntent quotidiennement les lignes actuelles, le Grand Paris Express va impliquer la construction de 68 gares et de 200 km de nouveaux tracés. Les mises en service des lignes 14 Nord, 14 Sud, 15 Sud, 15 Ouest, 15 Est, 16, 17 et 18 interviendront entre 2020 et 2030. A l'horizon de 2024, les tronçons 15 Sud (Pont de Sèvres - Noisy Champs), 14 Sud (nouveau terminus à l'aéroport d'Orly), 14 Nord (nouveau terminus à la mairie de Saint-Ouen) et 16 (Saint-Denis Pleyel - Clichy-Montfermeil) devraient être mis en service. En effet, leur opérabilité a constitué un atout non-négligeable lors de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024, d'autant que les futures lignes desserviront de nombreux sites sportifs.

actionclactionfp