INFRASTRUCTURE. Jugé obsolète, le projet de construction d'un nouveau terminal pour Roissy-Charles-de-Gaulle ne verra pas le jour, comme l'a indiqué la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili au journal Le Monde.

Après Notre-Dame-des-Landes en janvier 2018, et Europacity en novembre 2019, un autre projet d'infrastructure est abandonné par le Gouvernement : l'extension, pour 7 à 9 milliards d'euros, de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, et la construction d'un quatrième terminal d'ici à 2037 qui aurait permis à la plateforme aéroportuaire d'accueillir jusqu'à 120 millions de passagers par an. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, l'a annoncé dans les colonnes du journal Le Monde, le 11 février 2021.

 

La validité du projet était mise en doute, alors que le réchauffement climatique pousse à réduire les déplacements notamment en avion, et que les perspectives de croissance du trafic qui le justifiaient ne tiennent plus du fait de la pandémie. "C'est un projet obsolète, qui ne correspondait plus à la politique environnementale du gouvernement et aux exigences d'un secteur en pleine mutation, tourné vers l'avion vert de demain", a ainsi indiqué la ministre.

 

Le projet de loi Climat et Résilience contraint ce type d'opérations

 

Le projet de loi Climat et Résilience, issus des propositions de la convention citoyenne pour le climat (CCC), et officiellement présenté en conseil des ministres le 10 février 2021, contraint de toute façon la réalisation de ce type de projets, même si l'ambition est moins importante que celle voulue par les citoyens de la CCC. En effet, comme l'indiquait déjà Batiactu en janvier 2021, la construction ou l'extension d'un aéroport doit être rendu nécessaire "pour des raisons de sécurité, de défense nationale ou de mise aux normes réglementaires".

 

Ce type d'opérations est par ailleurs impossible si elles conduisent "une augmentation nette, après compensation, des émissions de gaz à effet de serre générées par l'activité aéroportuaire par rapport à l'année 2019". Seuls les aéroports de Nantes-Atlantique et de Bâle-Mulhouse ne sont pas concernés par ces mesures dans le projet de loi. Ce qui aurait déjà pu laisser entendre que le terminal 4 de Roissy ne verrait pas le jour, ou en tout cas pas dans sa forme actuelle.

 

Un nouveau projet à penser

 

Le Gouvernement a ainsi formellement demandé au Groupe ADP, "d'abandonner son projet et de lui en présenter un nouveau, plus cohérent avec ses objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l'environnement", déclare la ministre au Monde. Une nouvelle mouture qui ne devra pas être "centrée sur l'accroissement des capacités de Roissy", relate le journal. "Nous aurons toujours besoin des avions, mais il s'agit d'être dans une utilisation plus raisonnée de l'aérien, et d'atteindre une baisse des émissions de gaz à effet de serre du secteur", a poursuivi Barbara Pompili.

 

Le gestionnaire, par la voix de son P-DG Augustin de Romanet, a dit "prendre acte de cette demande qui est l'une des conséquences de la crise de la covid-19", dans un moment où l'entreprise compte engager "un temps de réflexion sur les enjeux d'avenir de l'aéroport".

 

Une opération contestée

 

Comme beaucoup de grands projets, celui-ci faisait l'objet de multiples contestations. En janvier 2020, par exemple, 62 maires d'Ile-de-France s'étaient opposés à cette extension, qui aurait eu "pour conséquence une augmentation de 40% du trafic aérien" et une hausse "considérable des émissions de CO2".

 

Puis, en juillet 2020, l'Autorité environnementale avait constaté que "l'équation à résoudre" entre l'augmentation des vols, de la circulation routière et le respect des objectifs internationaux de la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre n'était "pas décrite ni posée de manière complète". Le monde aéroportuaire subit ainsi un deuxième revers sous le quinquennat d'Emmanuel Macron.

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