SÛRETÉ. "Un écart de conception concernant trois piquages" du réacteur à eau pressurisée de nouvelle génération actuellement en construction à la centrale de Flamanville, dans la Manche, a été signalé par EDF à l'Autorité de sûreté nucléaire. Un problème qui devra être résolu si l'énergéticien veut mettre en service sa future installation.

EDF n'en est plus à sa première mauvaise nouvelle pour son chantier de Flamanville, dans la Manche. Le 3 mars dernier, il a signalé à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) "un évènement significatif relatif à un écart de conception concernant trois piquages du circuit primaire principal" du réacteur EPR actuellement en construction sur le site. Un coup dur de plus pour ce chantier plombé par des délais et des surcoûts colossaux, et qui oblige EDF à faire le nécessaire dans la mesure où le futur réacteur à eau pressurisée de nouvelle génération ne pourra pas commencer à produire d'électricité tant que ces défauts n'auront pas été réparés.

 

Une modification de la conception des piquages à l'origine du problème

 

Comme l'explique l'ASN, le circuit primaire principal contient l'eau permettant le refroidissement du coeur du réacteur et le transfert d'énergie issue de la réaction nucléaire aux générateurs de vapeur. Installé dans le bâtiment qui abrite le réacteur, le circuit primaire principal est relié à plusieurs circuits auxiliaires par le biais de piquages, dont les plus importants sont intégrés lors de la fabrication des tuyaux. Mais les piquages inférieurs à 150 millimètres, eux, sont connectés via un raccord directement soudé à la tuyauterie principale, et les écarts identifiés concernent justement trois de ces piquages. L'origine du problème remonterait à 2006, au moment où EDF et Framatome ont décidé de modifier la conception de ces trois piquages "en élargissant le diamètre de cette soudure" pour mieux la contrôler. Le défaut de conception a bien été détecté par l'électricien et le chaudiériste en 2013, mais le premier a en quelque sorte classé le dossier "en étendant à ces soudures la démarche d'exclusion de rupture appliquée aux tuyauteries primaires principales". Concrètement, cette démarche vise à renforcer les exigences de conception, de fabrication et d'exploitation "afin d'assurer un caractère hautement improbable de la rupture des équipements". Autrement dit, il s'agit de démontrer que les composants ne risquent aucunement de subir des dégâts et ainsi de perturber le fonctionnement de la centrale nucléaire.

 

En 2017, après que l'ASN ait déjà détecté des écarts sur les soudures d'autres tuyauteries du futur EPR de Flamanville, elle avait ordonné à EDF de vérifier la conformité du circuit primaire principal. L'Autorité avait initié, en 2019, une inspection intégrale du site et s'était alors aperçue du problème, confirmé par l'énergéticien en décembre 2020. Les derniers éléments d'investigation ayant été fournis par EDF fin 2020, cela explique pourquoi les acteurs du dossier ne se sont aperçus que maintenant que les soudures des trois piquages en question "ne respectaient pas l'ensemble des exigences de la démarche d'exclusion de rupture". À la suite de quoi l'ASN a demandé à EDF "de lui indiquer sa stratégie de traitement de cet écart", "d'identifier les causes profondes de cet écart et les raisons de sa détection tardive", et de s'assurer que le circuit primaire principal ne comporte aucun autre défaut. Sans quoi l'installation ne pourra pas être mise en service : "C'est une non-conformité qui empêche le démarrage de l'EPR et qui devra être réparée", a assuré le directeur général adjoint de l'ASN, Julien Collet, à nos confrères des Échos. Un énième plomb dans l'aile du projet de Flamanville...

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