Les imprévus, les retards et les surcoûts s'accumulent sur le chantier du réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville (Manche), comme en témoigne, ce jeudi 3 septembre, le nouveau report de sa mise en service à la fin 2018. Cet énième retard porte son coût à 10,5 milliards d'euros. Explications.

Enième coup dur sur le chantier du réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville (Manche). Le maître d'ouvrage du site, EDF, a annoncé, jeudi 3 septembre, un nouveau retard dans la construction du réacteur nucléaire dont la mise en service est désormais prévue à la fin 2018.

 

Pour rappel : initialement prévu pour 2012, le lancement du réacteur nucléaire de troisième génération avait été repoussé en novembre dernier à 2017, mais de nouvelles difficultés ont été annoncées depuis. En avril, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé qu'une "anomalie sérieuse" avait été détectée dans la composition de l'acier du couvercle et du fond de la cuve de ce réacteur nucléaire.

 

Flamanville représente "un enjeu vital" pour EDF et la filière nucléaire française, a reconnu le Président-directeur général du groupe, Jean-Bernard Lévy, ce jeudi 3 septembre. Avant de rappeler qu'il avait annoncé dès sa nomination à l'automne 2014 qu'il lancerait rapidement un audit complet pour identifier toutes les causes des retards et des surcoûts, et proposer des solutions, conformément à la lettre de mission dans laquelle le Gouvernement lui demandait d'"améliorer la gestion du chantier" et de 'le livrer en optimisant les coûts et les délais".

Une nouvelle organisation sur le terrain

Une nouvelle organisation a donc été définie détaille EDF dans un communiqué : "Refonte complète de l'organisation du projet et des modes de travail autour d'un management resserré et directement rattaché à Xavier Ursat, Directeur Exécutif Groupe Ingénierie et Projets Nouveau Nucléaire et à Jean-Bernard Lévy, Président Directeur Général d'EDF ; la mise en place d'instances, associant EDF et ses partenaires, pour piloter, coordonner et suivre le projet de manière rapprochée et le renforcement des responsabilités sur le terrain et présence managériale accrue dans cette phase d'achèvement de la construction et de préparation des essais en font partie." Sans compter : les nouveaux cadres contractuels avec les principaux fournisseurs, et les échanges renforcés avec l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), en particulier dans le cadre de la nouvelle réglementation sur les équipements sous pression nucléaires, nous précise-t-on chez EDF.

 

Toutefois, des étapes importantes ont été franchies récemment sur le chantier, a également signalé Jean-Bernard Lévy. Ainsi, le génie-civil a été réalisé à 98 % et les montages électromécaniques se situent à 60 %. De plus, les opérations de précontrainte de l'enceinte interne du bâtiment réacteur ont été menées et la salle de commande mise en service.

Bouygues Construction satisfait de sa prestation

De son côté, Philippe Bonnave, P-DG de Bouygues Construction, interrogé le 27 août 2015 par Batiactu lors de la présentation des chiffres du groupe Bouygues s'était réjoui du savoir-faire de ses compagnons sur ce chantier : "On est fier de ce qu'on a fait là-bas".

 

Et au groupe Bouygues Construction de préciser : "A noter que 98 % du génie-civil, mais nous restons sur site jusqu'à la fin du projet. Pour rappel, un groupement composé de Bouygues Travaux Publics (mandataire), Bouygues Bâtiment Grand Ouest (ex Quille Construction) et Baudin-Châteauneuf (entreprise de constructions métalliques) est chargé du lot principal pour la construction des bâtiments qui abriteront le futur réacteur nouvelle génération de Flamanville." Ce contrat comprend, en effet, l'ensemble du génie civil de la centrale nucléaire.

Un nouveau calendrier décidé autour de "trois jalons clés"

Pour rappel : au premier trimestre 2015, EDF a remis à l'ASN le dossier de demande de mise en service. "Et la nouvelle feuille de route, sur laquelle EDF et ses partenaires s'engagent, vise à optimiser le pilotage du projet. Le nouveau calendrier s'établit autour de trois jalons clés : la finalisation des montages mécaniques du circuit primaire au 1er trimestre 2016, l'achèvement des montages électromécaniques et le début des essais d'ensemble au 1er trimestre 2017, le chargement du combustible et le démarrage du réacteur au 4ème trimestre 2018", conclut le P-dg d'EDF. C'est pourquoi l'analyse de l'ensemble des paramètres industriels et financiers permet d'actualiser le coût du projet à 10,5 milliards d'euros, nous signale-t-on chez EDF.

 

Jean-Bernard Lévy a également expliqué avoir opéré "un réalignement des objectifs et des contrats " avec ses principaux "partenaires" : Areva (montage de la chaudière et du circuit primaire) ; le Groupement Endel Boccard (montage des tuyauteries auxiliaires nucléaires) ; le Groupement SPIE Cegelec (câbles électriques) Alstom (Salle des machines, diesels de secours) et Axima Tunzini (ventilation).

 

Du côté des réactions, Greenpeace, contre-attaque : En fait d'"opération vérité", EDF ne donne aucune garantie sur le nouveau délai annoncé pour 2018, estime, Cyrille Cormier, chargé de campagne énergie chez Greenpeace ce jeudi sur France Info. Et même si l'EPR était mis en service fin 2018, le coût de production de l'électricité du réacteur serait près de 40 % plus cher que celui des parcs éoliens et des grandes centrales solaires à la même époque."

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