CONJONCTURE. Le nombre de défaillances d'entreprises françaises s'est réduit en 2019, mais leurs conséquences sont plus lourdes, d'après une étude de Coface. En bonne santé jusqu'à présent, le secteur de la construction est toutefois porté par les travaux publics et redoute un ralentissement de l'activité en 2020 en raison des élections municipales.

Moins de défaillances d'entreprises, mais des procédures aux conséquences plus lourdes. Selon l'enquête de l'assureur-crédit Coface, publiée ce mardi 10 décembre, les procédures de faillite ont été moins nombreuses cette année dans l'Hexagone, avec un recul de 3,3% sur les 10 premiers mois de 2019 (soit 42.276 procédures) par rapport à la même période de 2018. Mais elles ont eu un impact plus prononcé, que ce soit sur le plan financier ou au niveau des emplois touchés. Si le mouvement des Gilets jaunes a eu des répercussions sur l'activité du premier trimestre, le nombre de défaillances d'entreprises tricolores a tout de même diminué depuis janvier dernier, et ce pour la quatrième année consécutive. Malgré tout, Coface pronostique une légère hausse des défaillances l'année prochaine, de l'ordre de 0,9%, soit un total de 52.000 procédures, en raison du ralentissement d'activité attendu dans le secteur de la construction, "largement tiré par les travaux publics en 2019 à l'approche des élections municipales", selon l'étude.

 

Jusqu'à présent, le pic d'activité observable dans la filière tenait au scrutin de mars prochain et avait permis de faire chuter le nombre de défaillances d'entreprises, mais la tendance risque de s'inverser pour ce secteur qui concentre tout de même 28% des procédures totales enregistrées en France. "Si le segment résidentiel a été en difficulté en 2019, avec une baisse des permis de construire (-4% sur les 10 premiers mois), le secteur a été porté par les travaux publics, qui ont accéléré à l'approche des élections municipales (+13% de travaux réalisés, en volume, sur les 3 premiers trimestres) et par les entrepôts (+37% de surfaces mises en chantier), en lien avec l'essor de l'e-commerce", note Coface. Les performances du secteur sont même excellentes : la construction a vu le nombre de ses défaillances d'entreprises baisser de 5,1% durant les 10 premiers mois de 2019, faisant aussi reculer de 15% le nombre de ses emplois impactés.

 

Presque toute la France profite de la diminution des défaillances

 

Sur le plan financier et tous secteurs d'activité confondus, l'encours total des dettes fournisseurs non-remboursées s'est élevé à 3,1 milliards d'euros, un bond de 14% en comparaison à l'année d'avant. En moyenne, le coût d'une défaillance s'est envolé de 18% pour s'établir à 73.000 €. Le chiffre d'affaires moyen des entreprises en procédure a lui aussi augmenté de 8%, pour atteindre les 334.000 €. Sur la même période, Coface a constaté que le coût des défaillances calculé en fonction du nombre d'emplois affectés a progressé de 2,2%, faisant grimper à 140.000 la part de postes concernés par une procédure depuis janvier 2019. On notera par ailleurs que les 10 premiers mois de l'année se sont traduits par une hausse des défaillances d'entreprises dont le chiffre d'affaires était supérieur à 5 millions d'euros, avec notamment 6 sociétés ayant réalisé un chiffre d'affaires supérieur à 200 millions qui ont amorcé une procédure judiciaire durant cette période.

 

Sur un plan géographique, la quasi-intégralité du territoire métropolitain a bénéficié de la diminution des défaillances : plus des trois quarts des régions ont ainsi vu le nombre de leurs procédures se rétracter. L'Île-de-France, qui concentre tout de même une défaillance sur cinq, a grandement contribué à ce phénomène : le secteur du BTP est responsable aux deux tiers de cette amélioration, ayant lui-même enregistré une baisse de 7% en région francilienne. D'une manière générale, Paris et sa région ont comptabilisé 9.656 procédures (-3%), et toutes les autres régions de l'Hexagone sont également dans le vert - Auvergne-Rhône-Alpes avec 5.033 procédures (-4,1%) et les Hauts-de-France avec 3.288 dossiers (-6%) -, à l'exception toutefois de la Bourgogne-Franche-Comté, avec 1.655 procédures (+2,7%) ; Provence-Alpes-Côte-d'Azur, avec 4.551 dossiers (+3,2%) ; et enfin la Corse, avec 347 entreprises (+6,8%).

 

Un optimisme modéré pour 2020

 

Pour la nouvelle année qui s'annonce, un optimisme modéré est de mise. En septembre dernier, Coface a effectué une enquête auprès des dirigeants de l'industrie française qui montre que les entreprises sont "relativement positives" au sujet de l'évolution de leur trésorerie pour 2020. Cependant, deux points viennent noircir le tableau : l'économie hexagonale et la conjoncture mondiale, qui inquiètent les chefs d'entreprises et décideurs. A titre d'exemple, 50% des dirigeants interrogés considèrent que leurs activités d'exportation seront toujours sous la menace des tensions commerciales et que les risques géopolitiques seront accrus, en raison du Brexit ou d'une éventuelle récession aux Etats-Unis d'Amérique. Au bout du compte, c'est sur le marché communautaire que les chefs d'entreprises se rabattent, jugeant que l'Union européenne est en mesure d'offrir des débouchés dynamiques, devant l'Amérique du Nord et l'Asie.

 

L'année 2019 devrait se terminer avec une baisse de 2,5% des défaillances d'entreprises (sur 12 mois, pour un total de 51.533 dossiers), tandis que Coface table sur 52.012 procédures pour l'ensemble de l'année 2020. Les prévisions misent en outre sur une croissance du Produit intérieur brut (PIB) de l'ordre de 1,2% en 2020 (après 1,2% en 2019), avec comme conclusion : "Malgré un environnement international toujours défavorable (net ralentissement aux États-Unis, persistance des tensions commerciales et de la faible croissance en zone euro), l'activité devrait faire preuve de résilience en France l'an prochain. Et ce, principalement grâce à l'accélération de la consommation des ménages, dont le pouvoir d'achat sera une nouvelle fois tiré par les créations d'emplois, les hausses de salaires réels conséquentes et les mesures fiscales. A l'inverse, l'indice de confiance dans la construction devrait reculer en 2020, dans la mesure où les travaux publics diminueront, comme le laisse anticiper le recul des marchés conclus au troisième trimestre 2019 (-12%, dont -29% en septembre)."

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