BAROMÈTRE. Dans l'édition 2019 de leur baromètre de l'artisanat, l'assureur Maaf et l'Institut supérieur des métiers (ISM) relèvent que les créations d'entreprises ont augmenté de 13% au cours de l'année 2018. Mais 95% des chefs d'entreprises sont cependant à la tête de structures sans salariés. Le BTP profite lui aussi d'une conjoncture favorable.

L'artisanat est en forme : c'est ce qui ressort du baromètre 2019 des entreprises artisanales réalisé par l'assureur Maaf et l'Institut supérieur des métiers (ISM) et portant sur les chiffres de 2018. Tous secteurs d'activité confondus, quelque 177.500 entrepreneurs ont ainsi créé leurs propres structures l'année dernière, une progression de 13% par rapport à 2017. En représentant 26% des nouvelles installations comptabilisées à l'échelle nationale, l'artisanat joue donc un rôle moteur dans les créations d'entreprises. Celles-ci sont d'ailleurs en hausse dans toutes les régions de France - y compris les Outre-Mer -, malgré évidemment quelques disparités. On retiendra que les immatriculations de sociétés ont davantage progressé en Bourgogne-Franche-Comté, en Normandie, dans le Grand Est et en Île-de-France, toutes enregistrant +15%. Les scores ont été un peu moins élevés en Occitanie, Hauts-de-France et Centre-Val-de-Loire, avec +10%, et encore plus timides en Corse, avec +6%.

 

Dans le détail des territoires, le baromètre indique que ce sont les métropoles qui bénéficient des plus fortes hausses, avec +15% en moyenne. Ceci dit, certaines agglomérations dépassent la barre des 20%, comme celles du Grand-Nancy, de Metz, de Rouen-Normandie et de Bordeaux. Tant et si bien que les métropoles représentent 32% du total des créations d'entreprises. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les autres territoires profitent également d'une bonne dynamique, particulièrement les communes rurales, dont l'augmentation est de 13% et qui représentent 20% du total des créations. A noter : l'unité urbaine de Paris a enregistré une progression de 15% entre 2017 et 2019, et pèse pour 21% dans le total des créations d'entreprises.

 

+11% de créations d'entreprises dans le bâtiment et les travaux publics

 

Le secteur du BTP profite lui aussi d'une conjoncture favorable : le nombre de créations enregistré en son sein augmente de 11%, alors qu'elles étaient en recul depuis 2015. Dans le détail des segments d'activité et corps d'état, la maçonnerie générale a comptabilisé 11.400 immatriculations de sociétés en 2018 ; les travaux d'installation électrique comme ceux de peinture-vitrerie 7.700 ; et les travaux de menuiserie bois et PVC 5.100. Les entreprises spécialisées dans le terrassement se sont envolées de 47%, celles en agencement ont décollé de 33%, et celles dans la démolition ont bondi de 22%.

 

De plus en plus d'entrepreneurs n'embauchent pas de salariés

 

Dans leur baromètre, Maaf et ISM attirent cependant l'attention sur "un phénomène préoccupant" : 95% des entrepreneurs se lancent dans l'aventure sans salarié, et seulement 5% des sociétés créées emploient des collaborateurs au moment du démarrage de l'activité - contre 20% en 2007. En 2018, 68% des chefs d'entreprises ont donc choisi le statut de la structure individuelle (+4% en comparaison à 2017), dont 42% pour la forme classique et 26% pour le régime du micro-entrepreneur. Une situation qui s'expliquerait par l'instauration de ce dernier mais aussi par la baisse des créations par reprise d'entreprises, qui sont davantage pourvoyeuses d'emplois. En effet, les installations par reprise sont en recul depuis une dizaine d'années, et ne représenteraient plus aujourd'hui que moins d'une installation sur 10.

 

"La création d'entreprise se fait de plus en plus en solitaire, une évolution qui concerne l'artisanat comme les autres secteurs d'activité", note Catherine Elie, directrice des études et du développement économique de l'ISM. "En 2018, 95% des entrepreneurs de l'artisanat se sont installés seuls, sans salarié, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour l'emploi. Cette tendance est également un symptôme de la baisse des créations par reprise. Ce mode d'installation permet ainsi de maintenir des emplois, les entreprises reprises étant majoritairement employeuses et structurées sous forme de société. Les statistiques montrent en outre que les entreprises reprises sont globalement plus pérennes même si certains écueils sont à éviter : au bout de 2 ans d'activité, 60% d'entre elles ont un chiffre d'affaires en hausse."

 

D'après les analystes du baromètre, les deux tiers des entreprises reprises ont même employé en moyenne 2,3 salariés dès le démarrage de leur activité. Dans la construction, ce nombre a atteint en moyenne 4,7 en 2018. En revanche, le coût moyen d'une reprise d'entreprise représente un investissement plus élevé que la création d'entreprise ex nihilo, même si bien sûr des disparités existent selon les secteurs d'activité. Le coût moyen d'une installation par reprise est ainsi de 151.000 € tous secteurs confondus, et de 137.000 € dans le BTP.

 

Enfin, l'étude s'est penchée sur le profil des repreneurs : 53% d'entre eux sont extérieurs à la société qu'ils ont reprise, tandis que l'autre moitié possède un lien avec celle-ci - 25% y sont salariés, 12% sont membres de la famille du cédant et 11% proviennent du réseau professionnel du cédant. Avec un âge moyen situé à 41 ans, les repreneurs de structures sont en grande majorité des ouvriers et techniciens, à hauteur de 70%. Le reste se compose d'anciens dirigeants d'entreprises (14%) et d'anciens cadres d'entreprises en reconversion (12%). A noter : ce dernier profil est plus présent parmi les repreneurs de structures dans le BTP, à hauteur de 19%. Quant aux causes de transmission, 47% s'expliquent pour cause de départ à la retraite, 18% pour problèmes personnels (de santé, familial, ou l'usure) et 13% pour difficultés économiques. En moyenne, la recherche d'une reprise dure 5 mois, sachant qu'un entrepreneur sur deux reprend une structure dans un périmètre de moins de 10 kilomètres autour de son domicile. Le réseau personnel et la prospection sont mises à contribution, et pour les deux tiers des repreneurs externes, l'affaire se conclut avec la première société démarchée.

 

Quelle méthodologie pour cette étude ?

 

Pour réaliser ce baromètre de l'artisanat, Maaf et ISM se basent principalement sur le Système d'information sur la formation des apprentis (Sifa), piloté par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance, rattachée au ministère de l'Education nationale. Un système qui s'appuie sur les remontées des Centres de formation des apprentis (CFA), dont le taux de réponse avoisine les 100%. "L'analyse porte sur les apprentis, en formation au cours de l'année scolaire 2016-2017, et employés dans des entreprises artisanales de moins de 20 salariés", précise le baromètre.

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