CONJONCTURE. Les défaillances d'entreprises dans le secteur du BTP ont fléchi de 1,6% à la fin du mois d'août 2019 en comparaison à la même période, un an auparavant. Environ 14.000 procédures judiciaires ont ainsi été lancées. Mais avec 27% des dossiers ouverts en un an, la construction reste le premier secteur d'activité en termes de sinistralité.

L'avenir demeure incertain pour le bâtiment et les travaux publics : dans un contexte où certains indicateurs restent au vert mais où certaines perspectives négatives se dessinent, le secteur s'interroge sur les mois à venir. Dans une étude portant sur les défaillances d'entreprises de construction à la fin août 2019, la société Ellisphere, spécialisée dans l'information économique, dévoile des chiffres certes encourageants mais qui témoignent de cette lourdeur ambiante : à la fin de cet été, les défaillances dans le BTP ont légèrement reculé de 1,6%, représentant 13.986 ouvertures de procédures de redressement judiciaire et de liquidation judiciaire directe (contre 14.278 en 2018).

 

Pour autant, la construction reste toutefois le premier secteur d'activité en termes de sinistralité à l'échelle nationale, pesant à lui seul 27% des procédures déclenchées sur un an en France métropolitaine, et menaçant ainsi 38.453 postes salariés. Selon l'étude, ce sont majoritairement les TPE qui sont impactées de plein fouet par les défaillances (92% du total), et la région Île-de-France comptabilise environ un quart des procédures à elle seule. Côté finances, un chiffre d'affaires moyen de 700.000 € est menacé pour chaque défaillance. Au final, le taux de défaillance s'est donc élevé à 0,4% sur les 12 derniers mois.

 

Quelques chiffres et faits en plus

 

Toujours selon les analystes d'Ellisphere, la construction représente donc "un maillon fort" de l'emploi en France : plus de 610.000 entreprises "actives" font ainsi travailler environ 1.284.000 personnes, sachant que les régions Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte-d'Azur concentrent 54% de ces sociétés, 55% des salariés et 61% du chiffre d'affaires du secteur. Les TPE représentent 82% des structures, dont la majorité est spécialisée en maçonnerie générale et gros-oeuvre. A noter : les entreprises de plus de 20 salariés totalisent plus de 60% du chiffre d'affaires du secteur et sont les moins exposées aux défaillances.

 

La construction accuse le coup, les travaux publics et les matériaux de construction restent dans le vert

 

Dans le détail des segments, c'est l'activité construction qui paye le prix fort avec 80,3% des défaillances globales du BTP (15,2% pour l'immobilier, 4,5% pour les matériaux de construction). "Ces professionnels évoluent souvent en sous-traitance, dans les travaux de maçonnerie générale et de gros œuvre (19%) ou dans le second œuvre comme la peinture et la vitrerie (8%), l'installation électrique (6,5%), la menuiserie bois & PVC (6%)", notent les analystes. Les constructeurs de maisons individuelles ne sont pas en reste, puisqu'ils représentent 6% des procédures du secteur, soit une progression de 7% sur un an et ce, à cause d'une baisse marquée des permis de construire.

 

Pas d'inquiétude en revanche du côté des travaux publics, qui bénéficient toujours des investissements communaux, motivés par l'approche des élections municipales de 2020, et des vastes chantiers du Grand Paris et du plan Très haut débit, dont le Gouvernement a justement dressé un point d'étape cette semaine. Les entreprises de matériaux de construction conservent elles aussi leur dynamisme, avec des tendances annuelles satisfaisantes : sur les 12 derniers mois, ce segment a vu sa sinistralité diminuer de près de 5%, pour s'établir à 4,5% du total. Les entreprises spécialisées dans les activités immobilières représentent quant à elles 15,2% de toutes les défaillances du secteur de la construction.

 

De nombreuses variables d'ajustement

 

Malgré tout, le contexte économique et social souffle le chaud et le froid : bien que l'activité du BTP au premier semestre 2019 se soit mieux portée que prévu, et que les conditions du crédit immobilier demeurent largement favorables, la production de logements neufs pourrait bien chuter de 30.000 unités pour s'établir à 400.000 d'ici la fin de l'année, rappelle Ellisphere. De même, la restriction de l'accès au Prêt à taux zéro (PTZ) et la transformation du Crédit d'impôt transition énergétique (CITE) sont source d'inquiétude pour les professionnels du secteur, d'autant qu'une menace plane également sur le Pinel. Tous ces dispositifs sont actuellement discutés à l'Assemblée nationale pour le projet de loi de Finances (PLF) 2020, et l'issue des débats est incertaine.

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