ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES. Le maire de Marseille Benoit Payan a annoncé, le 9 juin, préparer avec Jean Castex la mise en place d'un grand plan de rénovation de 200 écoles de la ville. Sur place, les architectes demandent que la procédure classique avec concours s'applique.

A Marseille, la situation des bâtiments scolaires municipaux, dont certains dans un piteux état, continue d'empoisonner la vie politique. Alors que la majorité précédente avait dû renoncer à un partenariat public-privé (PPP) de plus d'un milliard d'euros pour la rénovation de centaines d'écoles, l'équipe récemment élue a rencontré l'opposition des architectes et artisans locaux quand elle a lancé, au printemps, la rénovation de cinq groupes scolaires en marchés globaux de performance (MGP). Le 9 juin, le maire a annoncé être en discussion avec le Premier ministre Jean Castex pour un "grand plan de rénovation" de 200 écoles.

 

"On a commencé à travailler sur le fond et sur la forme de ce qu'on va faire", a exposé à l'AFP Benoît Payan. "On a franchi une nouvelle étape et il appartient maintenant au chef du gouvernement de mettre tout cela en musique", précise celui qui "a des réunions quasi-quotidiennement avec les services de l'Etat, Bercy, la DGFIP (délégation aux finances publiques) ou encore la Caisse des dépôts".

 

"Un montage lourd et compliqué"

 

Quelque 200 des 472 écoles de la ville seraient concernées par ce plan même si leurs situations sont différentes : "il y en a qui sont en situation d'urgence absolue, d'autres en situation d'urgence, d'autres en situation critique, d'autres encore à rénover partiellement, d'autres à construire ou reconstruire", a détaillé le maire, évoquant un budget de plus d'un milliard d'euros pour les dix premières années d'un plan "de longue haleine".

 

"Il y a plusieurs options sur la table sur la manière dont on va fabriquer un outil qui permette une vraie rénovation des écoles, quelque chose d'assez imaginatif, d'assez inédit", a expliqué Benoît Payan, selon qui "rien n'est encore arrêté". Quoiqu'il en soit, il s'agira d'"un montage lourd et compliqué".

 

Les "mauvais arguments" en faveur des MGP

 

Contacté par Batiactu, Maxime Repaux, président de l'Ordre des architectes des Bouches-du-Rhône, a indiqué ne pas avoir connaissance de ce "grand plan". Il espère que la mairie "procèdera avec la procédure classique, avec études préalable de faisabilité et de programmation, concours d'architecture puis appels d'offres en corps d'état séparés", comme le collectif qu'il anime avec la Capeb 13 (artisans) le demande pour les cinq groupes scolaires pour lesquels la Ville compte procéder par marchés globaux.

 

Il rappelle que le collectif a fait un recours gracieux auprès du maire contre ce choix des MGP. Du côté de la mairie, on explique que c'est le seul mode de passation qui permettra d'obtenir les crédits du plan de relance, en assurant d'avoir signé les contrats au 31 décembre 2021. "Cet argument de la date butoir n'est pas tout à fait juste", rétorque Maxime Repaux. L'architecte explique avoir rencontré il y a quelques jours le sous-préfet à la relance, qui a assuré au collectif "que la mairie n'est pas contrainte par les délais car une toute partie seulement des marchés sera financée par le plan de relance". En effet, ce plan serait financé à 90% par l'Anru. "La ville pourrait donc opter pour un concours en loi Mop".

 

Les architectes locaux craignent le "goulot d'étranglement"

 

Quant au temps perdu s'il fallait abandonner cette procédure pour se lancer dans des concours de maîtrise d'œuvre, Maxime Repaux estime que ce serait positif, "compte-tenu du goulot d'étranglement" dans le Bâtiment que "le plan de relance a créé" avec cette date butoir. Un goulot d'étranglement qui ajoute une pénurie d'entreprises à la pénurie de matériaux déjà constatée. Il a fait part à l'administration de sa préconisation de "retarder le délai de six à douze mois".

actionclactionfp