CONTROVERSE. Le choix de la ville de Marseille de rénover des groupements d'écoles avec des marchés globaux de performance (MGP) suscite le débat. Le délégué général d'EGF, Philippe Mazet, partage son point de vue avec Batiactu, après que les architectes de la région ont accusé ces marchés d'être "contraires à l'intérêt public".

Nouveau rebondissement dans l'affaire des écoles marseillaises. Suite à la publication d'un article de Batiactu qui annonçait que la mairie de Marseille choisissait des marchés globaux de performance (MGP) pour rénover cinq groupements d'écoles, Philippe Mazet, délégué général d'EGF, le syndicat national des entreprises générales de bâtiment et de travaux publics, a invoqué son droit de réponse.

 

Au cœur de cette affaire, la municipalité avait décidé la rénovation de cinq écoles par procédure MGP, ce qui exclut l'accès direct à la commande publique des petites et moyennes entreprises ainsi que la maîtrise d'œuvre et les architectes. Une erreur, pour le Collectif Marseille contre les MGP, qui rassemble le syndicat des architectes départemental, le Conseil régional de l'Ordre des architectes de Paca, et la Capeb 13. Il s'est dit contre ce type de contrats, qu'il juge "taillés pour les majors" et préfère ainsi les marchés classiques (loi Mop). La ville avait invoqué le besoin d'aller vite pour bénéficier des crédits du plan de relance gouvernemental.

 

Une mauvaise nouvelle pour les PME locales ?

 

Ce à quoi le collectif avait répondu que "cette procédure écarte des marchés publics locaux les TPE et PME dont les artisans et les architectes". Une affirmation fausse, selon Philippe Mazet, délégué général d'EGF, joint par Batiactu. "Le syndicat des entreprises générales de France EGF représente les majors mais aussi les ETI et PME. Les PME comptent quasiment pour plus de la moitié de nos membres. Nos marchés sont sous-traités à 55% et, parmi ces sous-traitants, en Paca, 88% sont des partenaires locaux, c'est-à-dire qu'ils viennent du département du chantier ou limitrophes."

 

Le délégué général rappelle que les marchés globaux de performance représentent moins de 10% du marché de la construction. "Ils correspondent à un certain type de projets, qui doit respecter des calendriers de performance, d'objectifs environnementaux et de délais." En effet, l'un des avantages mis en avant pour justifier ce type de contrat est la garantie des délais impartis. " Contrairement à ce qui a été dit, on gagne du temps car l'architecte, le constructeur et le mainteneur travaillent ensemble. On peut donc préparer la conception et le chantier en même temps." De son côté, le président du syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône et membre du collectif, Maxime Repaux, avait assuré, lors d'un entretien pour Batiactu, que les architectes étaient également "capables d'aller vite".

 

"Relancer l'emploi"

 

Quant au fait que les MGP coûteraient 20 à 30% plus chers qu'en loi Mop, Philippe Mazet balaie cette affirmation d'un revers de main, jugeant ces chiffres excessifs. "Il faut comparer ce qui est comparable. D'un côté, on compare des marchés qui ont moins d'exigences et qui ne sont pas tenus à une performance. De l'autre, on parle d'une entreprise qui est tenue de respecter une obligation de résultat sur un projet global alliant conception, construction, entretien et maintenance, ce qui n'est pas le cas des marchés en loi Mop, avec, à la fin du chantier, un contrôle mensuel de la consommation énergétique. Si le bâtiment n'est pas performant, l'entreprise doit payer", justifie le délégué général d'EFG. "Si le MGP se fait à Marseille, c'est la garantie du maintien de la valeur du patrimoine. On ne laissera pas les écoles se casser et rouiller. Derrière, il y a une gestion patrimoniale, c'est de la richesse pour la collectivité."

 

Pour celui qui représente les entreprises qui utilisent le plus ce type de contrats, la décision de recourir aux MGP est une bonne nouvelle car elle permettra, selon lui, de relancer l'emploi plus rapidement. Il assure également que les MGP sont le garant d'une performance énergétique. " Ce contrat, c'est de l'anti-greenwashing car le groupement qui a construit est responsable de la performance environnementale attendue."

 

Bien que Philippe Mazet s'est dit ouvert au débat sur les MGP, qu'il juge "idéologique", il ne comprend pas que le projet de rénovation des écoles marseillaises fasse polémique. "Je suis choqué par la manière de s'y prendre. Le maître d'ouvrage et le financeur sont libres du choix de leur marché, nous n'avons pas à exercer de pression sur eux et devons respecter le code de la commande publique." Selon lui, le MGP est la formule la plus indiquée pour répondre au plan de relance du gouvernement. Il reconnaît toutefois que "les MGP ne sont pas toujours le meilleur contrat. Cela dépend simplement des caractéristiques du projet."

 

Un exemple de MGP réussi

Dans les Bouches-du-Rhône, un autre projet de réhabilitation de deux groupes scolaires en MGP a fait parler de lui. La commune de Vitrolles a lancé en décembre dernier une procédure de mise en concurrence en vue de l'attribution d'un marché public global de performance pour la rénovation de ces écoles. "Nous avions déjà choisi ce type de marché pour un projet de complexe sportif en 2017, qui a réussi à tenir ces délais", raconte à Batiactu, Christophe Rosset, ancien directeur adjoint des services techniques de la ville de Vitrolles et aujourd'hui directeur des services techniques de la commune d'Allauch. "Le MGP permet d'engager le concepteur et l'exploitant afin qu'ils réfléchissent ensemble au projet, de la conception à la maintenance. Celle-ci sera adaptée au respect des engagements énergétiques qui ont été pris."

 

Il admet avoir rencontré des difficultés à coordonner des entreprises indépendantes lors du chantier de la médiathèque en loi Mop. "On a eu des difficultés à gérer les équipements techniques car il y a plusieurs modes de chauffage et de rafraîchissement des salles. On a aussi eu du mal à avoir la consommation cohérente d'énergie que le bureau d'études nous avait donné en phase de conception." Une situation que le directeur technique a souhaité éviter avec le complexe sportif. Il reconnaît que les MGP sont une procédure lourde à mettre place. "Je n'oppose pas les deux procédures, celles-ci sont complémentaires. Pour un projet simple de construction, je préfère la loi Mop mais lorsqu'on a des exigences élevées de performance énergétique, il est juridiquement difficile de se retourner vers le bureau d'études si la performance n'est pas atteinte."

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