MARCHÉS PUBLICS. Un collectif représentant architectes et artisans opposés aux marchés globaux de performance va déposer un recours gracieux auprès du maire de Marseille, qui a acté la rénovation de quatre groupes scolaires via cette procédure qui "met les TPE et PME sur la touche" et nuit, selon eux, à la qualité des projets.

Ils sont déterminés à obtenir l'abandon des marchés globaux de performance (MGP). Le collectif Marseille contre les MGP, qui regroupe le syndicat des architectes départemental, le Conseil régional de l'Ordre des architectes de Paca, et la Capeb 13, notamment, va déposer, dans les prochains jours, sur le bureau du maire (PS) Benoît Payan, un recours gracieux contre la décision de l'exécutif de passer ce type de marchés pour la rénovation de quatre groupes scolaires (le cinquième initialement prévu, ajouté à la dernière minute, ayant été finalement retiré de la liste).

 

L'équipe municipale, qui dit partager son aversion pour les marchés globaux autant que pour les PPP (partenariats publics privés), mode choisi par l'équipe du maire précédent pour la rénovation de plus d'une centaine d'école, puis abandonné, aurait justifié son choix, d'après le collectif qui a été reçu à plusieurs reprises, par l'obligation d'aller vite, pour pouvoir bénéficier des crédits du plan de relance. Celui-ci exige en effet, en principe, que les contrats de travaux soient signés avant le 31 décembre de cette année ; selon Benoît Payan, les MGP seraient le seul moyen d'aller aussi vite.

 

Prétexte

 

Cette justification "ne tient pas la route", affirme le collectif, le 30 avril, dans une nouvelle conférence de presse, une semaine après la première. Les architectes et artisans "doutent fortement que ce sera signé fin décembre", même sous le mode MGP, d'une part. D'autre part, la date butoir fixée par le gouvernement "peut faire l'objet de dérogations", ont-ils appris de leurs contacts ministériels.

 

"Cette question des délais est un prétexte, et c'est très inquiétant de la part d'une municipalité qui voulait renouveler les pratiques", insiste le syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône. Notamment parce que "pour une des écoles, un dossier en loi Mop avait été élaboré. Le passage en MGP fait donc perdre du temps". Le collectif ne comprend pas que "les services techniques aient été dépossédés de ces dossiers : le maire nous a dit que les services n'étaient pas assez structurés. Nous les trouvons parfaitement qualifiés pour suivre des chantiers de quelques millions d'euros". D'autant qu'"il s'agit d'écoles, pas de centrales nucléaires".

 

Prestations au rabais

 

L'argument de la technicité des travaux de rénovation ne convainc pas plus le collectif. Pour eux, les marchés globaux "ne se justifient pas du tout" dans le cas de rénovations d'écoles, qu'un marché de maîtrise d'œuvre classique pourrait très bien appréhender. Plus grave, "les montants des marchés globaux ont été fixés alors qu'aucune étude de faisabilité poussée n'a été faite".

 

Des marchés globaux de performance qui, selon le collectif, "sont systématiquement 30% plus chers que des marchés classiques", pour des prestations "au rabais, car les entreprises sont pressurées par les grands groupes" à qui ils sont attribués. S'ils n'obtiennent pas satisfaction avec ce recours gracieux, les architectes et les artisans marseillais déposeront, "d'ici deux mois", un recours contentieux, cette fois devant le tribunal.

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