ENVIRONNEMENT. Dans une étude parue le 10 octobre 2019, le Fonds monétaire international (FMI) préconise d'augmenter considérablement la taxe carbone afin de lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Si les conséquences sur les factures énergétiques seraient pour le moins violentes, l'institution considère qu'il s'agit du "prix à payer".

Afin de lutter efficacement contre le réchauffement climatique, il va falloir mettre la main au portefeuille. Dans une étude rendue publique le 10 octobre 2019, le Fonds monétaire international (FMI) liste les mesures budgétaires que les pouvoirs publics pourraient prendre pour freiner l'impact des activités humaines sur l'environnement. D'emblée, l'institution admet que "les mesures et les engagements pris jusqu'à présent se sont révélés insuffisants", tout en affirmant que "les ministres des finances doivent jouer un rôle central dans la promotion et la mise en oeuvre de mesures budgétaires" pour encourager le développement durable. Pour ce faire, les Etats devraient "redéfinir le système fiscal et les politiques budgétaires afin de décourager les émissions de carbone dues au charbon et à d'autres combustibles fossiles polluants".

 

 

Dans son Moniteur des finances publiques, le FMI n'y va pas par quatre chemins : les gouvernements doivent augmenter le tarif des émissions de carbone pour protéger la planète. Ainsi, les particuliers comme les entreprises seraient fortement incités - pour ne pas dire contraints - de réduire leur consommation d'énergie. La taxe carbone semble être un instrument efficace pour atteindre cet objectif, mais l'institution met en garde sur son utilisation : pour qu'elle soit "politiquement réalisable et économiquement efficiente", les pouvoirs publics doivent en réalité choisir "comment utiliser les nouvelles recettes qui en découlent". Ce qui pourrait se traduire concrètement par la baisse d'autres impôts, des aides apportées aux ménages et aux collectivités, des investissements accrus dans les énergies renouvelables, ou encore le reversement des sommes perçues aux populations "sous forme de dividendes".

 

Faire passer le prix de la taxe carbone de 2 dollars la tonne aujourd'hui à... 75 dollars la tonne d'ici 2030

 

Alors, que faudrait-il faire pour limiter le réchauffement de la Terre à 2°C ? Pour le FMI, la réponse est simple : faire passer le prix de la taxe carbone de 2 dollars (1,81 €) la tonne aujourd'hui (moyenne mondiale) à... 75 dollars (68 €) la tonne d'ici 2030. Une envolée stratosphérique qui engendrerait inexorablement des impacts pour le moins violents sur les coûts énergétiques : les ménages pourraient ainsi voir leur facture d'électricité décoller de 45% en moyenne durant la prochaine décennie, tandis que l'essence bondirait de 14% en moyenne. Si la pilule risque d'avoir du mal à passer pour les acteurs économiques, cette décision représenterait en revanche une bonne nouvelle pour les finances publiques : "les recettes tirées de la taxe, dont le montant se situe entre 0,5% et 4,5% du Produit intérieur brut (selon les pays), pourraient servir à réduire d'autres impôts, comme l'impôt sur le revenu ou les charges sociales qui nuisent aux incitations au travail et à l'investissement".

 

Cette manne financière, émanant directement des contribuables de tous les pays, pourrait être affectée à différents postes de protection de l'environnement mais aussi de santé publique : pour le FMI, les sommes ainsi dégagées permettraient de "sauver chaque année la vie de plus de 700.000 personnes qui, dans des pays avancés et émergents, meurent actuellement de la pollution atmosphérique locale".

 

Distinguer les pays développés des pays en développement

 

Mais pour parvenir à une telle situation, le chemin ne risque-t-il pas d'être considérablement long ? A l'heure actuelle, une cinquantaine de pays appliquent un dispositif de tarification du carbone, mais à seulement 2 dollars la tonne, le prix mondial moyen du carbone est "bien trop bas pour répondre aux besoins de préservation de la planète". La solution passe donc par deux volets : d'une part, qu'un plus grand nombre de pays adoptent un tel dispositif, et d'autre part, que le tarif de ce dispositif soit revu drastiquement à la hausse. Comme souvent, la Suède est citée comme un exemple à suivre : le FMI rappelle que la taxe carbone y est fixée à 127 dollars (115,2 €) la tonne, et qu'elle aurait permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25% depuis 1995. En parallèle, l'économie suédoise aurait enregistré une croissance de 75% sur la même période, toujours selon l'institution.

 

Risque aussi de se poser la question de la différence de traitement entre pays développés et pays en développement. Pour balayer les éventuelles réticences des Etats à appliquer une telle imposition, le FMI propose de convenir "d'un prix plancher pour le carbone dans les pays où les émissions sont les plus fortes", tout "en imposant un prix plancher plus strict pour les pays avancés". Et de prendre un exemple pour illustrer son propos : "si un prix plancher du carbone de 50 dollars (45,3 €) la tonne pour les pays en développement du G20 est en vigueur en 2030, la réduction des émissions serait 100% plus forte que celle prévue dans l'Accord de Paris sur les changements climatiques de 2015".

 

Taxer tous les secteurs d'activité

 

Dernière recommandation du FMI : la mise en place d'un système de taxation avec remise. Autrement dit, les gouvernements instaurent une taxe aux pollueurs mais se réservent la possibilité d'accorder à ces mêmes pollueurs une remise dans le cas où ces derniers mettraient en place des mesures économes en énergie et respectueuses de l'environnement. Malgré tout, le FMI prévient aussi qu'il ne s'agirait pas de taxer davantage les seuls secteurs de la production d'électricité ou des transports intérieurs : "Il faut également mettre en place des dispositifs de tarification pour d'autres gaz à effet de serre, notamment ceux provenant de la [sylviculture], de l'agriculture, des industries extractives, de la production de ciment et du transport international".

 

Par ailleurs, les investissements dans les technologies propres devraient être encouragés, tout comme la modernisation du réseau électrique afin d'y intégrer des sources d'énergies renouvelables. De plus, les activités de Recherche & Développement pourraient être soutenues, à l'instar de l'expansion des technologies numériques, notamment chez les entreprises. En guise de conclusion, le FMI établit une passerelle entre la croissance économique et le développement durable, tout en tirant la sonnette d'alarme : "La transition vers une énergie propre peut sembler insurmontable, mais les dirigeants ont toutes les cartes en main pour modifier le cours actuel du changement climatique". Les leviers sont donc déjà là. Reste à les actionner.

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