FORMATION PROFESSIONNELLE. En déplacement au Centre de formation des apprentis du BTP de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), la ministre du Travail a rappelé que les aides à l'embauche des jeunes étaient prolongées jusqu'à la fin de l'année. Élisabeth Borne a aussi estimé que l'entrée de ces apprentis sur le marché du travail devait être simplifiée, et que l'investissement dans la formation constitue un véritable enjeu.

"C'était important pour moi de rappeler que c'est aussi la rentrée des apprentis." Au lendemain de la reprise des cours pour des millions d'élèves, la ministre du Travail Élisabeth Borne s'est rendue au Centre de formation des apprentis (CFA) du bâtiment et des travaux publics de Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine. Alors que le nombre de contrats d'apprentissage a battu un record historique à la rentrée 2020, les professionnels espèrent bien que l'engouement des métiers manuels ne se démentira encore pas en ce mois de septembre 2021.

 

Des aides prolongées jusqu'au 31 décembre 2020... et peut-être au-delà ?

 

Il faut dire aussi que les aides à l'embauche des jeunes mises en place par le Gouvernement dans la foulée du premier confinement sanitaire ont motivé nombre d'entrepreneurs à franchir le pas et à recruter des apprentis désireux de concilier théorie en CFA et pratique sur le terrain. Au vu de leur succès, ces mesures de soutien ont d'ailleurs été prolongées jusqu'à la fin de l'année. Interpellée sur le sujet par le président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), Jean-Christophe Repon, Élisabeth Borne a répondu qu'elle "est dans le même camp" que les professionnels, c'est-à-dire favorable à ce que les aides soient encore repoussées au-delà du 31 décembre 2021.

 

"La difficulté liée à l'orientation est réelle"

 

Pendant sa déambulation dans les locaux du CFA, la ministre a échangé avec représentants de la filière, enseignants et bien sûr apprentis. "Ils font ce métier par passion" ; "Les entreprises nous demandent des jeunes qualifiés" ; "Il faut continuer à orienter ces jeunes vers ce qu'ils veulent faire"... L'envie de ces jeunes de se diriger vers des métiers artisanaux mais aussi l'inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences développées par ces mêmes jeunes ont constitué les principaux sujets de discussion. "La difficulté liée à l'orientation est réelle", a martelé Éric Leymarie, gestionnaire de l'établissement.

 

Mais il existe également un phénomène qui questionne : "1 jeune sur 4 entrant en CFA a un parcours universitaire", a aussi relevé ce dernier - un constat partagé par de plus en plus de professionnels. C'est pourquoi le CFA de Rueil-Malmaison a constitué "des groupes de besoins" qui prennent en compte "la construction du projet" de chaque jeune en fonction de son profil, qu'il soit collégien, étudiant en reconversion ou migrant. Le faire de faire se retrouver les apprentis venant de l'enseignement supérieur et les chefs d'entreprises sur la validation des acquis fait donc son chemin. Les CFA sont en outre à l'origine de plusieurs initiatives, comme la mise en place d'un "atelier collaboratif" dédié à la construction bois et aux technologies numériques pour dynamiser la filière des biosourcés en Île-de-France.

 

Et pourtant, les métiers du bâtiment bénéficient d'une attractivité nouvelle. Une jeune femme en formation a ainsi relativisé la pénibilité des taches dans le secteur : "Bien sûr, les métiers restent physiques mais beaucoup de machines nous aident", notamment pour le port de charges. La forte automatisation des process est en effet une réalité, notamment pour le travail du bois.

 

Un taux de ruptures de contrats "exceptionnellement faible" dans le bâtiment

 

Il semble malgré tout que les choses soient sur la bonne voie : pour Éric Leymarie, il y a eu "un changement de paradigme" depuis la loi Avenir professionnel et sa réorganisation du système d'apprentissage et de celui des compétences. "Cette loi nous a boosté sur quatre points importants : notre capacité à être agiles sur les besoins de formation ; les enjeux du bâtiment comme l'utilisation des biosourcés ; la conciliation entre la volonté des jeunes et les besoins des entreprises ; et la politique de communication à mettre en place pour valoriser nos métiers", a-t-il poursuivi. Une consolidation de l'apprentissage donc, qui a permis d'atteindre un taux de ruptures de contrats "exceptionnellement faible" dans le bâtiment, de l'ordre de 12-13%, contre 20-25% il y a encore quelques années.

 

Les professionnels se disent tout de même vigilants sur "la sécurisation des financements et son corollaire, l'investissement", d'autant que selon eux toutes les régions ne jouent pas toujours pleinement le jeu. Pour Jean-Christophe Repon, "il faut faire travailler ensemble le CCCA-BTP [Comité de concertation et de coordination de l'apprentissage du BTP], le Gouvernement, les CFA et les entreprises pour améliorer encore l'attractivité des métiers du bâtiment". Celui qui est par ailleurs vice-président du CCCA-BTP annonce "de grands débats sur la rénovation dans le bâtiment dans les années à venir", ce qui en fera "un secteur d'avenir avec de l'activité". Mais pour qu'aucune région ne soit laissée de côté, Jean-Christophe Repon appelle à "unifier un apprentissage de qualité sur tout le territoire".

 

"Aller plus loin dans l'innovation et de mutualiser les moyens"

 

"C'est un défi pour notre société aujourd'hui de simplifier l'entrée des jeunes dans le monde du travail", a reconnu Élisabeth Borne. Renvoyant au plan gouvernemental "1 jeune, 1 solution", la ministre a estimé qu'il faut "sortir de cette situation" où les jeunes doivent affronter "un parcours du combattant".

 

Les 9 milliards d'euros débloqués pour les aides à l'embauche représentent donc "un investissement" qui en valait la peine puisque l'apprentissage a ainsi pu "battre tous les records". Avec qui plus est une "mise en valeur" de "ces métiers où il y a des tensions de recrutement". La ministre s'est aussi voulue rassurante sur les coûts-contrats en affirmant que le Gouvernement "n'est pas dans une logique budgétaire". En revanche, "le sujet de l'investissement pose question" à ses yeux, et elle y voit "l'occasion d'aller plus loin dans l'innovation et de mutualiser les moyens". Avant de quitter l'établissement, Élisabeth Borne a conclu : "On a réussi en 2020, je pense qu'on peut faire encore mieux en 2021. J'invite toutes les entreprises à recruter des apprentis pour préparer les compétences de demain.".

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