CONJONCTURE. Les entreprises artisanales, notamment celles du bâtiment et des travaux publics, ont réussi à traverser la crise du Covid et à relever leur niveau d'activité, se réjouit l'Union des entreprises de proximité. Tout n'est cependant pas réglé en cette rentrée 2021, comme la difficulté à trouver des candidats qualifiés : 1 artisan sur 3 a du mal à embaucher.

C'est en sortant d'une rencontre entre le Premier ministre Jean Castex et les partenaires sociaux que le président de l'Union des entreprises de proximité (U2P), Dominique Métayer, a tenu un point presse sur la conjoncture des artisans en cette rentrée 2021. Selon le dirigeant de l'organisation patronale, cette discussion a permis de "balayer les grands sujets d'actualité, la sortie de crise, les difficultés de recrutement, des fondamentaux comme la formation professionnelle, et des sujets plus transversaux comme la réforme des retraites".

 

Sur ce dernier point, l'U2P rappelle avoir "activement participé" aux tractations avant que le Covid ne vienne chambouler l'agenda politique, en mettant notamment en avant "la situation particulière des travailleurs indépendants". Mais, comme Dominique Métayer l'avait expliqué à Batiactu, si la fédération estime cette réforme "indispensable" pour assurer "la survie financière et la pérennité" du régime des retraites, elle n'estime cependant pas "opportun" de la mettre en oeuvre dans cette période de reprise économique. Inutile donc de "jeter du trouble" dans un pays marqué par la colère sociale des Gilets jaunes et d'importants mouvements de grève au cours de l'hiver 2019-2020...

 

Le soutien de Bercy a limité la casse

 

Car bien qu'elle soit en nette amélioration, la situation économique reste, sur certains points, préoccupante pour les chefs d'entreprises. En 2020, "la crise sanitaire a freiné la dynamique dont bénéficiait les entreprises depuis 2017" explique le patron de l'U2P, ajoutant que le niveau d'activité des membres de la fédération a reculé de 12,5% l'année dernière. L'impact de la crise s'est toutefois concentré sur le 2e trimestre, et les mesures de soutien mises en place par Bercy ont "permis d'amoindrir le choc".

 

Les 665.290 entreprises artisanales du bâtiment et des travaux publics représentés par l'U2P ont eu différemment recours aux aides publiques. Selon la Direction générale des finances publiques (DGFIP), la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et la Banque publique d'investissement (BPI France), 232.900 ont bénéficié en 2020 du Fonds de solidarité, tandis que 145.000 ont demandé à recourir à l'activité partielle en avril dernier, permettant d'indemniser 517.850 salariés. Preuve d'un retour presque à la normale, ce nombre est tombé à 10.100 entreprises requérantes en novembre, pour 22.900 salariés concernés. Sur l'ensemble de l'année 2020, 78.800 entreprises de la construction ont en outre bénéficié d'un Prêt garanti par l'État (PGE), dont le montant moyen s'est élevé à 81.280 €.

 

L'apprentissage en forme, les métiers du bâtiment ont la cote

 

Un soutien massif de l'État qui a permis de faire baisser les défaillances d'entreprises dans la plupart des secteurs d'activité - dans le BTP, les créations d'entreprises ont même augmenté, passant de 81.063 en 2019 à 82.527 en 2020. Certes, les entrepreneurs n'ont pas encore vraiment retrouvé leur niveau d'activité de 2019, mais le premier semestre 2021 montre des signes encourageants. Les bonnes nouvelles concernent en premier lieu l'emploi, avec "une embellie modeste mais incontournable" d'après Dominique Métayer.

 

Pendant que l'apprentissage a vu son niveau doubler en un an (9% du total des embauches), les entreprises artisanales dans leur globalité ont vu leurs effectifs reculer timidement de 1% entre 2019 et 2020. La construction va cependant à rebours de cette tendance, enregistrant +4% et faisant la part belle à certains métiers : l'année dernière, les travaux d'installation électrique et de plomberie (+7.670 postes), la maçonnerie générale, la couverture et l'étanchéification (+7.260 postes) ou encore les travaux de cloisonnement et de finition (+7.080 postes) font partie des segments ayant créé le plus d'emplois.

 

"Tout faire pour assurer la continuité de l'activité"

 

Et maintenant ? "Notre mot d'ordre, c'est de tout faire pour assurer la continuité de l'activité. Donc priorité à la vaccination, pour les chefs d'entreprises, les salariés, les clients, les partenaires, afin d'éviter un nouveau confinement qui serait problématique", lance Michel Picon, l'un des vice-présidents de l'U2P. Et d'appeler l'État à continuer à accompagner les entreprises des secteurs "qui en ont besoin".

 

Il est néanmoins un sujet qui pénalise - et inquiète - les entreprises en ce mois de septembre : la difficulté à recruter des candidats qualifiés. Le manque de compétences est souvent en cause, mais c'est aussi l'absence parfois totale de candidats qui interroge. "Cela dans un pays où le chômage est très élevé", regrette Michel Picon. Lequel avance comme potentielle explication "un système d'assurance-chômage qui n'encourage pas au retour à l'emploi", et qui "doit faire en sorte qu'on gagne plus à travailler qu'à ne pas le faire".

 


Des voyants économiques pour la plupart au vert

 

L'U2P a aussi livré les résultats de deux enquêtes réalisées par l'institut Xerfi Specific auprès de 6.200 chefs d'entreprises artisanales. On y apprend ainsi que le chiffre d'affaires des artisans a bondi de 35% au 2e trimestre 2021 en comparaison à la même période un an auparavant. C'est également la première fois depuis 2019 que davantage de patrons font état d'une amélioration de leur trésorerie (20%, contre 13% indiquant une détérioration). Ils sont plus nombreux à tabler par ailleurs sur une progression de leur activité au 3e trimestre 2021 (23%, contre 16% craignant un repli).

 

18% des entreprises employant au moins un salarié ont affirmé avoir embauché au cours des six premiers mois de l'année 2021, contre 12% un an plus tôt. "La progression la plus sensible est enregistrée par les artisans du bâtiment (+10 points) don les carnets de commandes sont en nette augmentation", précise-t-on à l'U2P. Presque la moitié (48%) des recrutements se font en CDI, alors que la part de CDD est retombé à 43%. Les intentions d'embauches ont quant à elles doublé en un an, avec 12% des chefs d'entreprises prévoyant d'embaucher au cours du 2e semestre 2021.

 

"Reste un problème récurrent qui s'accroît en cette période de sortie de crise : 30% des entreprises de proximité éprouvent des difficultés de recrutement", note cependant l'organisation. Elles étaient 26% au premier semestre 2020. Les problèmes de qualification restent très majoritaires (66%), suivis par l'absence de candidatures (57%), le manque de motivation (6%) et divers motifs, du manque d'expérience à la pénibilité en passant par les contraintes horaires ou géographiques (5%).

 


Une "rentrée très favorable" de l'apprentissage dans le bâtiment

 

Alors que la réforme de l'assurance-chômage doit entrer en vigueur au 1er octobre prochain, l'U2P déplore "une inadéquation entre la formation des salariés et les besoins des entreprises", ainsi que "des problèmes d'orientation des jeunes qui se dirigent vers des cursus et des diplômes sans débouchés" et qui n'apportent rien à l'économie. La fédération avance donc des propositions pour revoir en profondeur la formation professionnelle et l'apprentissage, comme une "réorientation" du Compte personnel de formation (CPF) ou un niveau "suffisant" des coûts-contrats dont la révision est prévue début 2022.

 

Interrogé par Batiactu sur la santé de l'apprentissage dans le bâtiment en ce jour de rentrée scolaire, Jean-Christophe Repon, vice-président de l'U2P et président de l'une des branches de la fédération, la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment), s'est félicité d'une "rentrée très favorable" et du "succès de l'attractivité des métiers". Sans pour autant occulter les problèmes qui se posent aujourd'hui sur le marché de l'emploi de la construction : "On paye à l'heure actuelle la baisse des apprentis subie il y a 10 ans, avec un manque de personnels compétents, qualifiés". La situation est "plutôt en bonne voie" mais "plein de propositions restent à faire", l'objectif étant d'obtenir "un engagement fort" de l'État "sur le long terme".

 

En attendant, l'apprentissage dans le bâtiment peut se vanter de "chiffres positifs" : "On a continué à recruter en 2021", assure Jean-Christophe Repon. En dépit des difficultés d'embauches "persistantes", le secteur a tout de même de "l'avenir" grâce à des enjeux comme la transition énergétique et la rénovation thermique. L'U2P demande malgré tout au Gouvernement de "continuer l'effort financier" en faveur de l'embauche des jeunes avec les aides mises en place l'année dernière.

 

Le Plan indépendants "en bonne voie"

 

Quant au Plan indépendants voulu par Emmanuel Macron et préparé par Alain Griset, ministre chargé des petites et moyennes entreprises (et accessoirement ancien président de l'U2P), Jean Castex aurait assuré ce matin aux représentants de l'organisation que le projet est "en bonne voie". Le locataire de Matignon espère lui-même voir le dossier "sortir" rapidement, certaines sources ayant même entendu dire qu'il pourrait arriver sous peu sur la table du Conseil des ministres. Quoi qu'il en soit, Dominique Métayer espère que ce plan "améliorera le statut du travailleur indépendant, le dépoussiérera, lui donnera de l'engouement".

 

Les emplois dits non-salariés ont d'ailleurs fortement progressé si l'on en croit les chiffres de l'Urssaf (Union de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale) : entre 2019 et 2020, les indépendants sont passés de 412.170 à 427.110 dans l'artisanat du BTP. Dans ce secteur, la proportion de micro-entrepreneurs s'équilibre parfaitement (50%) avec celle de travailleurs indépendants dits "classiques".

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