EMPLOI. À l'heure où la transition écologique prend un nouvel élan du fait de la crise du Covid, le Bâtiment doit être en mesure de former ses collaborateurs de demain sur les nouvelles thématiques qu'elle brasse. Pour y parvenir, le digital joue évidemment un rôle-clé.

Quelle adéquation entre les enjeux du Bâtiment et la montée en compétence de ses effectifs ? C'est pour tenter de répondre à cette question que le président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), et par ailleurs président du Comité de concertation et de coordination de l'apprentissage du bâtiment et des travaux publics (CCCA-BTP), Jean-Christophe Repon, est revenu sur la stratégie mise en oeuvre par les spécialistes de la formation professionnelle lors d'une émission de Batiradio, ce 2 avril 2021. Avec plus de 500.000 contrats d'apprentissage signés en 2020 - "un record historique" d'après la ministre du Travail, Élisabeth Borne -, les différents corps de métiers espèrent continuer à surfer sur la vague en 2021. Et c'est pour les y aider que le Gouvernement a récemment décidé de proroger les dispositifs d'aide à l'embauche des jeunes jusqu'à la fin de l'année.

 

"Il faut bien dire aux jeunes qu'ils ont un avenir et des métiers bien rémunérés dans le bâtiment"

 

Mais au-delà des incitations, la reprise post-Covid est marquée depuis déjà plusieurs mois par un retour en force des questions environnementales, avec bien sûr la rénovation énergétique des bâtiments, qui occupe une place importante dans le Plan de relance et représente aussi une manne d'activité pour les artisans et entreprises de la construction. Pourtant, "le marché n'est pas totalement présent encore" pour le président de la Capeb, qui a épinglé les difficultés à s'y retrouver dans les aides et à traiter les procédures administratives. L'apprentissage peut cependant contribuer à la montée en compétences des professionnels du secteur : "80% de l'apprentissage sont formés dans des entreprise dites artisanales, et l'apprentissage est aussi notre relais de transmission d'entreprise, notre relais de nouveaux collaborateurs et notre relais de nouveaux entrepreneurs qui vont pouvoir eux-mêmes reprendre des entreprises", a affirmé Jean-Christophe Repon.

 

Malgré la loi Avenir professionnel qui a réformé le fonctionnement des Centres de formation des apprentis (CFA), le CCCA-BTP a encore, selon son président, "un rôle majeur de 'bras arme' de la politique des partenaires sociaux du bâtiment et des travaux publics, pour pouvoir justement donner un sens et une vision d'avenir sur nos métiers". Et d'assurer : "On n'est pas là pour promouvoir des métiers qui n'auront pas d'activité demain, on est là pour être en adéquation avec les besoins des territoires et les métiers en tension". Mais justement, comment faire pour attirer les jeunes vers ces professions qui souffrent, en dépit de campagnes de communication, d'une image de pénibilité et de complexité ? Selon Jean-Christophe Repon, il y aurait notamment un travail à faire "sur la capacité qu'on a à vivre heureux dans ce métier". En précisant : "Le secteur économique est porteur : que l'on soit salarié du bâtiment ou entrepreneur du bâtiment, nous sommes en capacité de bien vivre de nos métiers. Il faut bien dire aux jeunes qu'ils ont un avenir et des métiers bien rémunérés dans le bâtiment. C'est ce que le CCCA-BTP essaye d'organiser sur la partie digitale, et avec la crise du Covid, on s'aperçoit que notre réseau a répondu présent en maintenant l'enseignement dans la France entière."

 

Concilier l'évolution des métiers avec les "engagements planétaires"

 

Quant aux préoccupations climatiques, elles occupent évidemment une place incontournable dans les programmes de formation : "La locomotive est là actuellement. S'il ne faut pas oublier nos métiers historiques de bâtisseurs, on sent bien que la transition écologique, la rénovation énergétique, les métiers thermiques sont à la mode, et on va avoir beaucoup de besoins de main-d'œuvre dans l'avenir, avec des compétences qui changent un peu, se complètent, deviennent connexes", a expliqué le président à la double casquette. Lequel ne veut d'ailleurs pas parler de nouveaux métiers en tant que tel, mais de professions qui évoluent, et de postes qui sont amenés à devenir complémentaires : "On a des filières qui changent, des nécessités de faire évoluer nos métiers dans leur technicité, qui n'est pas la même en 2020 qu'en 1970, mais la base du métier reste la même, le savoir-faire reste le même", a-t-il insisté. "Dans la partie digitale et hybridation de nos parcours, nous devons amener nos jeunes à nous rejoindre. On doit convaincre qu'il y a un avenir intéressant dans nos métiers. Idem pour la reconversion professionnelle."

 

Et Jean-Christophe Repon de conclure en citant l'exemple d'actifs qui, après avoir fait un premier choix professionnel, décident finalement de se diriger ou de revenir vers un métier "technique", "manuel", mais qui aurait au moins le mérite de donner "des perspectives d'avenir". Le maître artisan électricien basé dans le Var a développé sa vision de "l'économie de métier" : "On part du principe que ma compétence me donne tel pouvoir d'achat et telle qualité de vie, et le bâtiment peut proposer cela à l'heure actuelle, et pour des décennies encore, aux jeunes et aux moins jeunes. Je suis favorable à ce qu'on soit acteur du changement mais sur des activités qui bougent et en adéquation avec nos engagements planétaires et nos responsabilités citoyennes."

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