EOLIEN OFFSHORE. Le géant industriel des génératrices a annoncé avoir déposé le permis de construire pour une usine d'éoliennes marines au Havre. Le chantier pourrait débuter à la mi-2020, pour un début de production à la fin de 2021… si le plan de financement est trouvé.

Le Grand Port maritime du Havre (Seine-Maritime) se prépare depuis des années à l'arrivée de l'éolien offshore et un pas de plus semble avoir été franchi ce 15 février 2019, avec le dépôt, par Siemens-Gamesa, d'un permis de construire pour une usine de production. "C'est une étape importante", a déclaré Filippo Cimitan, le directeur général de la filiale française du géant germano-espagnol. Toutefois, "ce n'est pas la fin du chemin" : en effet, l'Etat et les collectivités locales sont encore en pourparlers pour boucler le financement des travaux nécessaires à la préparation de l'immense terrain (36 hectares) qui doit accueillir deux unités de production. Une usine de pales d'un côté, et une usine de génératrices et nacelles de l'autre. Il manquerait 23 M€ sur les 140 M€ selon le Port du Havre…

 

Si un accord était finalement trouvé, le chantier de construction de l'usine pourrait débuter à la mi-2020 pour un démarrage de l'activité industrielle à la fin de 2021. Siemens-Gamesa évoque la création de 750 emplois sur place, sans préciser s'il s'agit de tous les postes qui seront créés dans les deux lignes de production ou si des emplois indirects sont inclus dans ce calcul. Il est prévu que l'usine havraise alimente au moins trois parcs éoliens français : Dieppe-Le Tréport (qui vient de recevoir son feu vert), Saint-Brieuc et Yeu-Noirmoutier. Le futur parc éolien de Dunkerque sera attribué au cours de l'été, offrant potentiellement un autre débouché aux futures usines du Havre. Les éoliennes qui y seront produites développeront une puissance unitaire de 8 MW grâce à des pales de 81 mètres de longueur.

 

Siemens-Gamesa qui rit, General Electric qui grimace

 

Filippo Cimitan estime que les unités feront face à une "demande croissante" d'éolienne offshore, en Europe mais également aux Etats-Unis ou en Asie. A l'AFP, il explique : "Aujourd'hui, on continue car on commence à avoir une visibilité sur le marché français, même si on souhaiterait plus d'ambition étant donné le potentiel". Le littoral français, avec ses façades sur l'Atlantique, la Manche, la mer du Nord et la Méditerranée, présenterait en effet le 2e gisement européen, après celui de Grande-Bretagne.

 

Dans le même temps, son concurrent direct, l'américain General Electric a annoncé qu'il envisageait, lui, de réduire ses effectifs en France dans sa division Eolien en mer. GE Renewable Energy (ex-Alstom) a ainsi ouvert des discussions avec les représentants du personnel "sur la faisabilité d'un accord de rupture conventionnelle collective". Pas moins de 80 postes sur 246 seraient concernés à Nantes (Loire-Atlantique). Le groupe américain justifie sa démarche par "le retard de notification de commande pour les projets éoliens français en mer". "GE Renewable Energy procède actuellement à une analyse de ses activités pour s'assurer que sa division Offshore Wind est la mieux placée pour répondre aux besoins du marché et permettre son succès à long terme", explique-t-il. En rachetant l'industriel français Alstom, General Electric s'était pourtant engagé à créer un millier d'emplois dans l'Hexagone… Le ministère de l'Economie a d'ores et déjà averti que le groupe devrait verser 50 M€ de pénalités pour financer un fonds de ré-industrialisation. Les éoliennes offshore du groupe, assemblées en partie à Saint-Nazaire (nacelles) et Cherbourg (pales), doivent équiper au moins trois parcs français. Il y a un an exactement, GE annonçait vouloir investir 270 M€ en France pour développer et produire la Haliade-X géante, d'une puissance jamais vue de 12 MW. Les revirements sont donc nombreux dans l'éolien en mer, à l'image des marées…

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