Le rapprochement entre l'Allemand Siemens et l'Espagnol Gamesa, qui donne naissance à un géant de l'éolien, est également un défi pour Areva. Le groupe français, qui détient une co-entreprise avec Gamesa, se trouve dans l'obligation de vendre les parts de son ancien partenaire. Les conséquences pourraient être lourdes, notamment pour trois parcs en mer prévus en France. Analyse.

Siemens et Gamesa ont signé leur accord de mariage. Une union qui leur permet de revendiquer ensemble une place de leader sur les marchés éoliens mondiaux, qu'il s'agisse d'éolien terrestre ou d'éolien offshore. Un rapprochement pas tout à fait égalitaire, puisque le groupe allemand détiendra 59 % de la future entité, tandis que Gamesa ne pourra en revendiquer que 41 %. Lot de consolation, le siège social de la division "Eolien terrestre" sera localisé en Espagne, tandis que celui de la division "Eolien marin" se répartira entre Hambourg (Allemagne) et Vejle (Danemark), la mer du Nord étant le centre de gravité des activités de ce type.

 

Le géant à naître, probablement au début de 2017, le temps d'obtenir certaines autorisations de la part du régulateur des marchés espagnol (CNMV), disposera d'un gigantesque parc installé de 69 GW à travers le monde. Le communiqué de presse insiste sur la complémentarité entre les implantations de Siemens, avec "une forte base en Amérique du Nord et en Europe du Nord", alors que Gamesa est "bien positionné dans des marchés émergents à forte croissance, comme l'Inde, l'Amérique latine ou l'Europe du Sud". Il est estimé que le chiffre d'affaires cumulé atteindra les 9,3 Mrds € pour un bénéfice avant intérêts et impôts de 839 M€. Des synergies sont attendues entre les deux entreprises, dont d'importantes économies d'échelle, évaluées à 230 M€, au début de la prochaine décennie. Quant au carnet de commandes, particulièrement bien garni, il s'élève à 20 Mrds €.

 

Areva ne participera plus au trois parcs éoliens offshore prévus

 

Mais cette union met également Areva dans l'embarras. Alors que le groupe français était engagé dans une co-entreprise à 50/50 avec Gamesa - Adwen - il doit aujourd'hui faire face à un choix épineux. Selon un avenant au contrat le liant avec l'Espagnol, il dispose désormais de trois mois pour céder sa participation dans Adwen à Gamesa, ou revendre 100 % des parts d'Adwen à un investisseur tiers "qui remettrait une offre engageante plus attractive durant cette période". Cette deuxième option, qui forcerait Gamesa à sacrifier ses parts selon une "obligation de sortie conjointe", pourrait potentiellement intéresser un autre géant de l'éolien : General Electric. Déjà repreneur des activités d'Alstom en 2014, il récupérerait par ce biais la fourniture de l'ensemble des six parcs éoliens offshore français prévus. Une potentielle bonne nouvelle pour l'unité de Saint-Nazaire, qui assemble des nacelles, et pour Cherbourg, qui devrait voir pousser une usine de production de pales ? Mais une nouvelle plus que contrariante pour Le Havre qui espérait la construction de deux usines Adwen dédiées. Quoi qu'il en soit, le mariage Siemens-Gamesa pousse Areva vers la sortie des parcs français de Saint-Brieuc, Noirmoutier et du Tréport, puisque l'avenant signé par le groupe français et son ex-partenaire ibérique, stipule clairement : "Les engagements souscrits au titre des appels d'offres portant sur les installations éoliennes de production d'électricité en mer en France métropolitaine resteront portés par Adwen". Reste à savoir quelle offre sera la plus intéressante.

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