ENTRETIEN. Le président de la FNTP, Bruno Cavagné se dit "favorable" à la perspective de la Copil et à une loi d'orientation des mobilités au premier semestre 2018. Par contre, sa fédération sera vigilante sur la "pause" évoquée ce mercredi par la ministre des Transports pour les nouvelles infrastructures. Explications.

A la veille de sa rencontre avec la ministre des Transports Elisabeth Borne pour préparer la création du Conseil d'orientation des infrastructures, promis par Emmanuel Macron, Bruno Cavagné, président de la FNTP nous a apporté, ce mercredi, des précisions sur les perspectives à court terme pour les travaux publics et sa vision sur les futures politiques engagées par l'Etat.

 

"Si l'année 2016 marque enfin un coup d'arrêt à huit longues années de chute d'activité, les premiers mois 2017 ne confirment pas un véritable redémarrage dans les TP, a insisté Bruno Cavagné au cours d'un point presse. Et les travaux réalisés sont à peine stable sur les cinq premiers mois de l'année." L'activité reste ainsi quasi stable (-0,5%) comparé aux quatre premiers mois de 2016. "C'est pourquoi conformément aux prévisions que j'ai présentées début décembre 2016, la reprise sera réelle mais modeste, a-t-il poursuivi. Nous estimons que nous finirons l'année 2017 avec une hausse d'activité de 2,5 % en valeur, soit 38,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires et une stabilisation de l'emploi permanent."

 

Le recours à l'intérim progresse en 2017

 

Le moral des chefs d'entreprise s'améliore nettement puisque seuls 8% d'entre eux anticipent une baisse d'activité, d'après la dernière enquête d'opinion réalisée par la FNTP et l'Insee, alors que le recours à l'intérim progresse - soit près de 6.000 intérimaires supplémentaires en équivalent temps plein comparé au niveau enregistré sur janvier à mai 2016. "Autre signe de convalescence sur les cinq premiers mois de l'année par rapport à la même période en 2016, les défaillances reculent de - 27 % et de nouvelles contraintes de production émergent dont les contraintes financières en lien avec les questions de financement de la reprise", a détaillé Bruno Cavagné.

 

Le Grand Paris : "Un grand pourvoyeur d'activités et un booster actuel pour les 4.000 salariés des TP"

 

Enfin, le président de la FNTP a reconnu que le Grand Paris demeure "un grand pourvoyeur d'activités" et constitue "un booster" pour les 4.000 salariés des TP qui travaillent actuellement sur les premiers chantiers de génie civil du futur métro, Grand Paris Express . "Et cette montée en puissance devrait se poursuivre en 2018 et 2019 avec les 30 tunneliers prévus", a-t-il avancé. Au total, ce sont 28.000 salariés qui devraient d'activer sur les chantiers des 68 gares pilotées par la Société du Grand Paris (SGP).

 

Dans ce contexte, où l'investissement des collectivités locales reste globalement "très faible", "nos entreprises du secteur - qui vivent à 70% de la commande publique - espèrent retrouver une meilleure visibilité sur leur activité grâce aux engagements du chef de l'Etat, Emmanuel Macron, essentiels pour le secteur", a affirmé le président de la FNTP.

 

Emmanuel Macron invité au Forum des Travaux Publics, \'\'Réinvestissons la France\'\' au Carrousel du Louvre
Emmanuel Macron invité au Forum des Travaux Publics, ''Réinvestissons la France'' au Carrousel du Louvre © FNTP

"Le Copil et la loi d'orientation des mobilités permettront de sortir des effets d'annonces", Bruno Cavagné

 

Après l'avoir rencontré le 26 juin 2017, en tête à tête à l'Elysée, pour aborder longuement le futur Conseil d'orientation et de programmation des infrastructures de long terme (Copil), Bruno Cavagné accueille "favorablement" la perspective d'une loi d'orientation des mobilités au premier semestre 2018.

 

"Annoncés officiellement par le chef de l'Etat à Rennes le 1er juillet 2017, ce Copil ainsi qu'une loi d'orientation et de programmation des infrastructures sur les cinq ans, sont une bonne nouvelle pour les grands projets nationaux à venir, estime Bruno Cavagné. Cela permettra ainsi de sortir des effets d'annonces et donnera une visibilité indispensable à l'activité des entreprises."

 

Toutefois, la Fédération des travaux publics compte rester vigilante sur la "pause" annoncée à Rennes par le chef de l'Etat pour les nouveaux grands projets. Et son président n'a pas tardé de réagir aux propos tenus par la ministre des Transports Elisabeth Borne dans le journal Les Echos, ce 5 juillet 2017.

 

"Sur le quinquennat à venir, près de 10 milliards d'euros de projets d'infrastructures ont été annoncés sans être financés, dont 7 milliards d'euros de projets nouveaux, a expliqué la ministre. Ma priorité, c'est d'assurer une mobilité pour tous et pour tous les territoires. Et cela passe d'abord par les transports de la vie quotidienne." Tout en précisant bien que "l'argent doit prioritairement aller à l'entretien et à la modernisation. (…) L'ajustement se fera donc forcément sur les grands projets."

 

"Je sais bien que l'Etat n'est pas un magicien, a confié Bruno Cavagné. Soyons constructifs. Nous en saurons davantage dès ce jeudi 6 juillet au cours d'une rencontre avec la ministre des Transports."

 

Le Lyon Turin, le canal Seine-Nord et la LGV Bordeaux-Toulouse : anciens ou nouveaux projets ?

 

"Au final, les grands projets prioritaires engagés par l'Etat comme la ligne ferroviaire, Lyon Turin, le canal Seine-Nord et la LGV Bordeaux-Toulouse sont-ils des anciens projets ou des nouveaux projets ? Ce qui m'intéresse, c'est qu'on ne les enterre pas et que l'on trouve des solutions, même si ça prend plus de temps que ce qui était prévu", a-t-il signalé.

 

"L'urgence de renforcer et pérenniser les ressources de l'AFIFT"

 

Enfin, la fédération estime "urgent de renforcer et pérenniser les ressources" du "bras armé de l'Etat", l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF). En 2017, son budget de 2,15 milliards d'euros est jugé par la FNTP "insuffisant" alors qu'il devrait être "d'environ 3 milliards d'euros" pour être en capacité de respecter les engagements d'Emmanuel Macron. "Sans recettes complémentaires, l'AFITF, se trouve dans une impasse financière, a-t-il conclu. Ce n'est pas possible au niveau actuel des ressources de l'AFITF. Pour 2018, nous estimons entre 800 millions d'euros et 1 milliard d'euros le besoin de recettes supplémentaires de l'Agence." Rappelons que la Cour des comptes avait estimé dans un référé de juin 2016 qu'"à l'horizon de la loi de programmation des finances publiques 2014-2019 (…) les engagements déjà pris par l'Etat et l'AFIFT appelleront des financements supplémentaires." A bon entendeur…

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