RÉFORME. Alors que la grève contre la réforme des retraites du gouvernement Philippe en est à son 37e jour, les organisations salariales et patronales étaient reçues ce 10 janvier 2020 par le Premier ministre. Retour sur la teneur des négociations avec Alain Griset, président de l'Union des entreprises de proximité (U2P).

La grève contre la réforme des retraites commence à s'enliser : alors que les contestataires en sont à leur 37e jour de mouvement social, le Gouvernement continue les réunions avec patronat et syndicats pour parvenir rapidement à un accord, sachant que les textes des deux projets de lois (une organique et une ordinaire, complétées par de nombreuses ordonnances) sont déjà analysés au Conseil d'Etat, et que leur présentation officielle en Conseil des ministres est prévue le 24 janvier prochain. Ce 10 janvier 2020 au matin, le Premier ministre Edouard Philippe poursuivait ses échanges avec différentes organisations professionnelles, et s'est notamment entretenu avec Alain Griset, président de l'Union des entreprises de proximité.

 

"En l'état, le projet de texte nous convient presque", a réagi ce dernier auprès de Batiactu. "Actuellement, les artisans cotisent au système de retraite à hauteur de 24,72%, et ce taux passerait à 28,12% avec la réforme. L'augmentation du taux impliquerait une augmentation du montant des cotisations, mais nous négocions pour plutôt jouer sur la CSG et l'assiette, qui correspond ici au bénéfice." Pour calculer la nouvelle assiette, il y aurait donc une baisse du bénéfice, mais la profession n'a pour l'instant qu'un accord de principe sur cette diminution, sans pour autant savoir à combien elle se chiffrerait. L'idée générale serait donc d'augmenter le taux de cotisation mais pas le montant des cotisations, et de changer la base. "Pour le reste, nous sommes plutôt satisfaits de la gouvernance, reste à préciser la question de la quotité. On va travailler dessus dans le détail."

 

Suite à la proposition formulée par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, d'instituer une "conférence" sur les questions de financement du futur système de retraites, Edouard Philippe a accepté l'idée et en a fait part aux autres partenaires sociaux, qui y sont pour la plupart favorables, de la CGT à l'U2P : "Nous sommes d'accord pour participer à la conférence de financement", assure Alain Griset. Quant à la mesure-phare de l'âge pivot, fixé à 64 ans par le Premier ministre et qui cristallise les oppositions, les représentants des artisans se veulent toutefois plus réservés : "On a rappelé que cette mesure ne nous paraissait pas indispensable à intégrer dans le projet de loi, et on le voit, c'est une mesure qui crée des blocages. Nous préfèrerions plutôt des mesures de bonus après 62 ans, pour inciter les gens à travailler plus longtemps après cet âge." Cette fameuse conférence de financement, dont la date n'est pour l'heure pas encore fixée, devrait vraisemblablement se tenir dans la semaine du 13 au 17 janvier.

 

"Hors de question d'envisager" une hausse des cotisations retraite

 

Interrogé le 9 janvier sur l'antenne de France Info, Patrick Liébus, président de la Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment (Capeb, membre de l'U2P), a de son côté affirmé qu'une éventuelle hausse des cotisations retraite constituait "une zone rouge" à ne pas franchir : "C'est hors de question d'envisager d'augmenter les cotisations. [...] On n'augmentera pas les charges des entreprises", a-t-il insisté au micro de la radio publique. Présent à l'Elysée le 7 janvier, le vice-président de l'U2P a aussi interpellé le président de la République, Emmanuel Macron, sur les difficultés rencontrées par les artisans, du bâtiment comme des autres secteurs d'activité, à cause des mouvements sociaux : "Je l'ai croisé et j'ai échangé d'une façon courte, mais très précise là-dessus. Je lui ai dit qu'on ne pourrait pas continuer dans cette situation." Déjà contacté la semaine dernière par Batiactu, Patrick Liébus avait estimé que la grève contre la réforme des retraites allait impacter la construction "en décalage". Là où certains secteurs accusent dès ce mois de janvier 2020 une perte de 20 à 30% de leur chiffre d'affaires, il est cependant encore trop tôt pour avoir des chiffres sur le bâtiment.

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