ÉTUDE. Quelle est la meilleure stratégie de rénovation BBC ? Combien d'étapes doit on programmer pour réaliser les différents travaux et atteindre l'objectif final ? De quels accompagnements peut-on bénéficier ? Le collectif Effinergie a comparé différents dispositifs régionaux et nationaux pour établir une méthodologie la plus efficace possible.

Depuis le mois d'avril 2018, le gouvernement a lancé un Plan de rénovation énergétique des bâtiments. Une initiative qui s'inscrit dans la continuité de la loi de Transition énergétique pour la croissance verte de 2015, qui prévoit que 500.000 logements soient réhabilités chaque année afin que l'ensemble du parc français atteigne le niveau "bâtiment basse consommation" (BBC) à la moitié du siècle. Mais, comme le signale l'association Effinergie, le rythme actuel de 30.000 à 40.000 rénovations niveau BBC par an est trop faible pour parvenir aux objectifs prévus. Dès lors, le collectif s'est interrogé sur les méthodologies à adopter pour "consolider le développement de la rénovation globale" en proposant des dispositifs par étapes. Plusieurs programmes existent en région pour les maisons individuelles ou les logements collectifs sociaux (Je Rénove BBC, Oktave, Effilogis, 123 rénovation, Passeport de l'efficacité énergétique…) et ont été décortiqués au cours d'un travail de plusieurs mois.

 

Traiter l'enveloppe et les systèmes, en plusieurs fois ?

 

Première observation, deux stratégies différentes ont été observées pour caractériser l'existant avant travaux. Effinergie explique : "La première consiste à considérer chaque bâtiment comme un cas particulier en effectuant une étude ou un audit énergétique (région Normandie, Bourgogne-Franche-Comté…). Cette caractérisation est réalisée majoritairement par un professionnel qualifié et conventionné. En parallèle, une seconde stratégie propose de s'appuyer sur un bouquet de travaux prédéfini issu d'une visite ou d'une typologie de bâtiment". Les deux démarches parviennent toutefois à la définition d'une vision globale du projet de rénovation avec l'établissement d'une feuille de route à long terme pour viser le niveau BBC.

 

Deuxième constatation, ces feuilles de route comportent un nombre différent d'étapes : "Certains dispositifs imposent une première étape avec des travaux de rénovation ciblant en priorité l'enveloppe et la ventilation en adaptant les systèmes aux nouveaux besoins. Ils associent à ces travaux une exigence sur le niveau de consommation à atteindre ou un gain minimum par rapport aux consommations initiales". Cette approche est qualifiée de rénovation "semi-globale" et elle intervient dans un délai relativement court après la caractérisation du bâtiment (moins de 3 ans). "D'autres dispositifs proposent une feuille de route sans contrainte sur le nombre d'étapes", note Effinergie. Ces démarches s'adaptent aux exigences des maîtres d'ouvrage, qu'il s'agisse de propriétaires particuliers ou de bailleurs sociaux.

 

Troisième point : tous les dispositifs étudiés proposent un processus d'accompagnement afin de sécuriser les parcours de travaux. Diverses aides sont apportées, qu'il s'agisse de conseil, de réalisation des travaux ou de compléments de financement, avec l'intervention de métiers spécifiques (rénovateurs BBC, conseillers Oktave, Passporteurs…). "Certains dispositifs régionaux imposent ma signature de convention et le respect de cahier des charges (technique et opérationnel) entre les professionnels et la région. Un référent 'étanchéité à l'air et traitement des ponts thermiques' est parfois identifié afin d'assurer la vision globale du projet", signale le collectif. Du côté des coups de pouce financiers, ils sont parfois soumis à conditions de ressources et modulés en fonction des travaux entrepris ou des niveaux de consommation atteints.

 

Concernant les outils de communication employés, les programmes régionaux développent généralement des plateformes Internet dédiées, ce qui permet d'assurer un suivi dans le temps avec une marque identifiée et un service complet. Là aussi, les messages de préconisation seront adaptés en fonction des cibles visées, professionnels ou particuliers.

 

La rénovation par étapes n'est pas la solution miracle

 

Effinergie observe que, à ce jour, peu de projets de rénovations BBC par étapes sont abouties. "Cependant, une étude basée sur le dispositif Effilogis en région Bourgogne-Franche Comté sur 300 dossiers, a permis de démontrer que les consommations conventionnelles d'énergie, après la première étape de travaux, étaient divisés par deux, qu'aucun bâtiment ne figurait en catégorie 'F' ou 'G' après travaux (50 % avant travaux), pour un bouquet de travaux moyen de 30.000 € pour la première étape et de 45.000 € pour une rénovation globale", assurent les auteurs. Il apparaît que l'écart de consommation entre situation avant et après travaux est de 200 kWhep/m².an gagnés en moyenne ce qui leur permet de déduire que la baisse de 1 kWhep/m².an est obtenue au coût moyen de 180 €. "Il est intéressant de noter que cet investissement dépend de la condition initiale du bâtiment", ajoutent-ils. Plus le logement est mal classé, plus l'investissement sera efficace : le kilowattheure par mètre carré gagné ne nécessitera que 84 € si le bien est initialement en classe "G" mais 311 € en classe "D".

 

L'étude des différents dispositifs régionaux amène l'association à une conclusion : "La rénovation par étapes n'est pas, en soi, la solution miracle. Elle s'avère être une solution alternative à la rénovation globale dans le cadre d'une méthodologie rigoureuse et d'un parcours sécurisé co-construit avec l'ensemble des acteurs (privé et public)". Il est prévu que Pouget Consultant, Eireno et Effinergie proposent une méthode "B2C2 - BBC compatible" dans le cadre de l'appel à projets de recherche "Vers des bâtiments responsables à l'horizon 2020" de l'Ademe.

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