CONJONCTURE. À l'occasion de sa convention annuelle dédiée aux TPE-PME, la Banque de France a dévoilé chiffres et analyses sur l'économie française depuis le premier confinement sanitaire, avec à la clé les premières projections sur l'impact du reconfinement. L'institution a encouragé les entreprises à se saisir des dispositifs d'aide mis en place par le Gouvernement.

Alors que le reconfinement plonge l'économie tricolore dans une nouvelle période d'incertitudes, comment les entreprises vont-elles réagir face à cette seconde épreuve ? Voilà la réponse à laquelle ont tenté de répondre les intervenants de la convention annuelle dédiée aux TPE-PME organisée par la Banque de France ce 5 novembre 2020, évènement qui s'est évidemment tenu en visioconférence vu le contexte. Sept mois après le premier confinement sanitaire du printemps, qui avait vu l'activité économique se figer avant de s'effondrer dans bon nombre de secteurs d'activité, les chefs d'entreprises retiennent effectivement de nouveau leur souffle en cette fin d'année.

 

Les milieux économiques ont toutefois eu le temps de prendre le recul nécessaire depuis le mois de mars et d'en tirer les enseignements nécessaires. Quelles peuvent donc être les conséquences économiques de ce reconfinement ? "Les premières projections laissent penser que l'activité de la France baissera moins que durant le premier confinement, mais qu'elle connaîtra aussi du même coup un rebond moins important. Nous devrions donc avoir une courbe en 'V' moins marquée qu'au printemps", explique le directeur général en charge des études et des relations internationales à la Banque de France, Olivier Garnier. "En avril puis en septembre 2020, certains secteurs d'activité étaient moins impactés que d'autres, notamment dans l'industrie et les services. Le BTP, quasiment mis à l'arrêt en mars, devrait cette fois continuer à fonctionner pendant l'automne."

 

Vigilance sur la solvabilité des entreprises

 

Pour l'institution financière, il paraît évident que la batterie d'aides déployée par le Gouvernement au printemps pour soutenir les entreprises a eu un effet protecteur indéniable : "Un bouclier important de liquidités a été mis en place pour protéger les trésoreries des entreprises, et ça a marché", estime Olivier Garnier. À l'heure actuelle, la majorité des encours sont des Prêts garantis par l'Etat (PGE), un des dispositifs les plus plébiscités. D'après la Banque de France, 94% des petites et moyennes entreprises qui ont demandé un de ces fameux prêts ont obtenu ce crédit de trésorerie en intégralité ou à plus de 75%, "un pourcentage plus important que d'habitude", et qui est tout aussi élevé chez les très petites entreprises.

 

En revanche, et c'était malheureusement à prévoir, la dette des TPE-PME a bondi de 10% entre février et septembre 2020, soit une hausse de 174 milliards d'euros. Ceci dit, la trésorerie de ces mêmes entreprises s'est envolée de +75% dans le même temps : les caisses se sont également remplies de quelque 174 milliards, si bien que la dette "nette" est restée à peu près stable durant toute cette période. La vigilance reste cependant de mise : "Le point d'attention de cette nouvelle phase va se porter davantage sur la solvabilité des entreprises", affirme Olivier Garnier. "On s'attend donc à un impact moins profond mais plus durable de ce second confinement en fonction des secteurs d'activité. Les entreprises sont endettées, avec une capacité d'endettement moins importante qu'au premier confinement."

 

Ne pas oublier les Codefi

 

Du côté de l'Administration, la mobilisation des services s'est aussi illustrée via la Médiation du crédit, qui a fait l'objet d'une saisine pour 65 à 70% des demandes de PGE qui n'ont pas abouti. Ce sont très majoritairement des TPE exerçant dans les secteurs les plus impactés par la crise qui ont sollicité l'intervention d'un médiateur. Mais le rôle des Codefi (Comités départementaux d'examen des problèmes de financement des entreprises) et des CRP (Commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés) ne doit pas non plus être oublié, comme le rappelle Clément Bertholet, délégué interministériel adjoint aux restructurations d'entreprises et chef de la mission restructuration au ministère de l'Economie : "Le réseau des CRP a accompagné six filières, dont le BTP et l'industrie du bois, soit 4.462 entreprises au total, dont 1.084 PME. La répartition régionale de cet accompagnement s'est surtout localisée dans l'Est et le Sud de la France". Et Bercy d'inviter une nouvelle fois les entreprises en difficulté à contacter les interlocuteurs départementaux que sont les Codefi et les CRP afin de demander à bénéficier de l'ensemble des aides proposées par l'Etat.

 

La Banque de France réaffirme quant à elle sa disponibilité pour répondre aux besoins des entreprises : bien que ce reconfinement soit "une épreuve nécessaire" pour le gouverneur de l'institution, François Villeroy de Galhau, celui-ci insiste sur l'efficacité des dispositifs de soutien. "Les PGE ont été un succès : 94% des bénéficiaires sont des PME et 120 milliards d'euros ont déjà été octroyés sur les 300 débloqués par l'Etat", souligne-t-il, tout en déclarant continuer à surveiller la délicate question des délais de paiement, avec un comité de crise dédié à ce sujet qui "reste en alerte".

 

Les prêts participatifs directs de l'Etat pourront "cohabiter" avec le système des PGE

 

Invité à s'exprimer lors de la convention, le ministre chargé des Comptes publics, Olivier Dussopt, a quant à lui assuré que les dispositifs d'aide allaient être maintenus et renforcés. Ainsi, le report de charges sociales et fiscales est reconduit par le réseau des Urssaf - il se fait automatiquement pour les indépendants mais "manuellement" pour les autres types de sociétés, au cas où ces dernières seraient en mesure de les honorer -, tandis que le Fonds de solidarité profite d'un élargissement de son périmètre, avec notamment un plafond repoussé à 10.000 €. De plus, l'activité partielle est aussi prolongée, avec un reste à charge de 15% pour les employeurs n'exerçant pas dans les secteurs soumis à des restrictions d'activité.

 

Les entrepreneurs pourront également solliciter le dispositif des PGE jusqu'au 30 juin 2021, la date initiale du 31 décembre 2020 ayant été repoussée. Pour faciliter le paiement des loyers, le locataire de Bercy a par ailleurs mentionné la création d'un crédit d'impôt pour l'impôt sur le revenu ou l'impôt sur les sociétés (suivant la nature de l'entreprise). Destinés à renforcer les fonds propres des entreprises, les prêts participatifs directs de l'Etat pourront "cohabiter" avec le système des PGE pendant les six prochains mois d'après le ministre, qui invite les chefs d'entreprises à appeler la plate-forme téléphonique récemment mise en place par Bercy pour toute demande d'information sur les aides de l'Etat.

 


"Encore plusieurs dizaines de milliards d'euros disponibles jusqu'au 30 juin 2021" pour les PGE

 

Selon François Villeroy de Galhau, "beaucoup d'entreprises n'ont pas utilisé leur capacité de tirage" qui leur est offerte avec le dispositif des Prêts garantis par l'Etat. "Encore plusieurs dizaines de milliards d'euros de PGE sont disponibles jusqu'au 30 juin 2021", poursuit le gouverneur de la Banque de France, qui invite donc les entreprises à s'emparer de l'aide étatique. Ce dernier rappelle en outre que le remboursement du PGE peut être prolongé jusqu'à 5 ans "avec un amortissement du capital sur la période". Il est également possible de "porter de 1 à 2 ans la période de différé initial", bien entendu avec l'accord de la banque. "Ces outils sont en option, il n'y a pas d'obligation à les utiliser mais les entreprises peuvent encore les saisir", a-t-il insisté.

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