CONJONCTURE. Plus des deux tiers des entreprises du bâtiment ont repris une activité partielle durant l'avant-dernière semaine du mois d'avril, d'après une enquête menée par la Fédération française du bâtiment auprès de ses adhérents. Mais les adaptations sont nombreuses dans le contexte de crise sanitaire, et la situation varie suivant les régions. Détails.

Quelle a été l'activité des entreprises du bâtiment durant l'avant-dernière semaine du mois d'avril ? Pour le savoir, la Fédération française du bâtiment (FFB) a réalisé une seconde enquête auprès de ses adhérents, après une première conduite du 26 au 30 mars. Cette étude, que Batiactu a pu se procurer, a été lancée le 24 avril et clôturée le 27, mais ne livre des tendances que pour la métropole, les réponses provenant des Outre-Mer étant insuffisantes et trop éclatées. De même, le taux de réponse global n'est que d'environ 10%, un chiffre en baisse de 5 points par rapport à la première vague de l'enquête mais qui reste "un peu plus important" que le taux de réponse habituel pour les sondages réalisés par mail.
 

Pas d'écart entre le gros-oeuvre et le second-oeuvre mais des différences importantes entre les régions


Premier enseignement : 64% des entreprises interrogées ont repris une activité au moins partielle à la fin du mois d'avril, contre 31% l'ayant maintenu à la fin mars. Les artisans du gros-oeuvre comme ceux du second-oeuvre affichent à peu de choses près le même taux d'activité, respectivement 66% et 64%. Mais c'est au niveau de la localisation géographique que les tendances sont largement variables : tandis que les entreprises des Pays-de-la-Loire et de la Bretagne sont respectivement 86% et 81% à avoir rouvert, les régions du Grand Est et du Nord-Pas-de-Calais, très impactées par la pandémie de coronavirus, ne comptent chacune que 59% d'artisans ayant repris leur activité. En toute logique, l'Île-de-France est également à la traîne, avec seulement 46% de chefs d'entreprises du bâtiment ayant relancé leurs chantiers.
 
Un préfet a été missionné pour récapituler les mesures permettant de relancer les chantiers de BTP
Les pouvoirs publics ont missionné, fin avril, le préfet Philippe Mahé à produire un rapport destiné à récapituler l'ensemble des mesures qui permettraient une "reprise rapide des chantiers", d'après sa lettre de mission que Batiactu a pu obtenir. Il devra également mettre sur pied un tableau permettant de suivre, en quasi-temps réel, la réalité de l'activité sur les chantiers région par région. Un pré-rapport est censé avoir été rendu le 27 avril, et la version définitive est attendue pour le 11 mai, date théorique du déconfinement. La lettre est signée des six ministres concernés. Les pouvoirs publics disent craindre des "conséquences économiques fortes" si l'arrêt des chantiers durait trop longtemps.

Globalement, la FFB estime que l'activité enregistrée du 24 au 27 avril ne correspond qu'à environ un tiers du niveau normal d'activité, contre 9% un mois auparavant. La reprise est donc bien au rendez-vous, mais de manière parcellaire : la part d'entreprises estimant avoir recouvré un rythme d'activité normal reste considérablement faible, avec moins de 3%. Un niveau d'activité qui ne diffère d'ailleurs pas beaucoup selon la taille des structures et le type d'activité : il est un peu plus élevé dans le gros-oeuvre, avec 38%, que dans le second-oeuvre, avec 31%. Et la reprise s'avère bien évidemment plus difficile à entreprendre dans les régions ayant le plus souffert de la crise sanitaire : les artisans de l'Île-de-France, du Grand Est et des Hauts-de-France ne sont respectivement que 21%, 30% et 31% à avoir retrouvé une activité normale. Ce sont les entreprises bretonnes qui semblent s'en sortir le mieux, avec 49% d'entre elles qui sont revenues au niveau normal de leur activité.
 

Un surcoût d'environ 10% du coût global du chantier


Quoi qu'il en soit, qui dit reprise d'activité dit adaptation de l'organisation de travail et de la gestion des chantiers. Parmi les mesures adoptées par les chefs d'entreprises à l'échelle nationale, on retrouve sans surprise la fourniture de masques et de gel hydroalcoolique dans 95% des cas, suivie par la baisse du nombre d'ouvriers sur les chantiers (65%), la modification du mode de transport des ouvriers vers les chantiers (54%), ainsi que la mise en place d'une coordination spécifique entre les différents corps d'états (48%) et d'une décontamination des installations de chantiers (42%). Des mesures qui entraînent un surcoût de l'ordre d'environ 10% du coût global du chantier et ce, aussi bien pour les activités de gros-oeuvre que de second-oeuvre.

De fait, l'activité demeure donc très fragmentée et environ 36% des artisans se déclarent toujours à l'arrêt. D'après les remontées du terrain, le manque de disponibilité des équipements de protection individuelle constitue l'un des principaux freins à la reprise, pour 34% des entreprises ayant relancé leur activité et pour 68% des autres. Les ruptures d'approvisionnement en matériaux pénalise également les deux catégories, à hauteur respectivement de 55% et de 45%. Enfin, les refus des maîtres d'ouvrage de redémarrer les chantiers leur posent également problème, pour respectivement 45% et 37% d'entre elles.


1% des entreprises sondées affirment avoir dû licencier des effectifs durant la période de confinement


La principale conséquence de la crise sanitaire du Covid-19 est bien sûr le chamboulement économique qui se fait déjà sentir et le spectre de la récession qui se dessine. Près des trois quarts des artisans interrogés par la FFB déclarent recourir encore au dispositif de chômage partiel mis en place par l'Etat pour toute ou partie de leur personnel - la proportion était de 79% lors de la première enquête. Là encore, les chiffres varient peu entre le gros-oeuvre et le second-oeuvre, avec respectivement 72% et 75%. Le dispositif a cependant permis d'éviter des destructions d'emplois : seulement 1% des entreprises sondées affirment avoir dû licencier des effectifs durant la période de confinement.

La carte de France est sensiblement la même à ce sujet aussi : les régions ayant le plus recours au chômage partiel sont le Grand Est et l'Occitanie, avec une part d'artisans d'environ 81% chacune. L'Île-de-France les talonne, avec 80%, suivie de très près par les Hauts-de-France, avec 77%. Ce sont les entreprises de la Bourgogne-Franche-Comté qui sont les moins concernées, mais à hauteur de 65% tout de même.

Au total, près de 51% des salariés du secteur du bâtiment se trouvaient ainsi au chômage partiel du 24 au 27 avril, selon l'étude. Les régions du Nord-Est sont celles concentrant le plus d'employés dans ce cas de figure, et notamment l'Île-de-France, où presque 63% des salariés de la filière bénéficient du dispositif. A l'inverse, la Bretagne tire encore une fois son épingle du jeu, en ne comptant que 38% d'employés au chômage partiel. Par types de structures, on s'aperçoit que ce sont paradoxalement les entreprises de plus de 11 salariés qui y ont davantage recours que celles de moins de 11 salariés, avec respectivement 53% contre 46%. De plus, l'activité partielle est davantage présente dans les structures du second-oeuvre que dans celle du gros-oeuvre, avec respectivement 54% contre 45%.
 

Recours massif aux reports de charges et de mensualités de crédits ainsi qu'aux prêts garantis par l'Etat


Plus largement, les mesures d'accompagnement mis en place par le Gouvernement et les acteurs du secteur ont été plébiscités par les entreprises du bâtiment : les artisans ont ainsi été 78% à recourir aux différentes aides, que ce soit le fonds de solidarité, les prêts garantis par l'Etat (39%), les reports de mensualités de crédits (42%), de charges sociales et fiscales (48%) ou encore les aides locales et celles du CPSTI (Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants). Mais 11% des entreprises ayant demandé une aide ont néanmoins essuyé un refus : les retours négatifs se sont concentrés sur le fonds de solidarité et le CPSTI (23% chacun), et davantage encore sur les aides locales (33%).

En dépit de ce contexte troublé, l'opinion des chefs d'entreprises du bâtiment sur la situation immédiate de leur trésorerie reste stable en comparaison à celle recueillie fin mars, avec une note moyenne de 2,6 sur 5.

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