CONJONCTURE. Dans une étude dédiée à l'emploi et à la rémunération des indépendants, l'Insee nous apprend que 3,2 millions de personnes exerçaient une activité non-salariée à la fin de l'année 2017. Ils étaient 364.000 entrepreneurs dans le BTP, généralement des hommes de plus de 30 ans avec des salaires plus "resserrés" que dans d'autres secteurs d'activité.

Quel est le portrait des indépendants français ? Dans l'édition 2020 de son étude consacrée à l'emploi et à la rémunération des auto-entrepreneurs, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) tente d'y répondre : on apprend ainsi que 3,2 millions de personnes exerçaient une activité non-salariée en France à la fin de l'année 2017. Au niveau des caractéristiques, l'indépendant-type est en moyenne plus âgé que les employés des autres secteurs d'activité, et les femmes ne sont que faiblement représentées. Le nombre d'auto-entrepreneurs augmentait d'ailleurs de façon forte et régulière depuis le début de la décennie mais il a connu une quasi-stagnation entre 2013 et 2017, avec une progression qui s'est tout de même élevée à +33% entre 2008 et 2017. "Ce dynamisme s'explique par le succès du statut d'auto‑entrepreneur, créé en 2009 et requalifié en micro‑entrepreneur en 2014", explique l'Insee.

 

"Fin 2017, 928.000 micro‑entrepreneurs sont économiquement actifs, soit un non‑salarié des secteurs non-agricoles sur trois. Trois micro‑entrepreneurs sur dix cumulent leur activité non salariée avec un emploi salarié, contre un non‑salarié classique sur dix."

 

Globalement, les "non-salariés classiques", micro-entrepreneurs mis à part, se dégageaient une rémunération moyenne de 3.580 euros en 2017, en hausse de 10,1% par rapport à 2013. Les micro-entrepreneurs, eux, touchaient en moyenne 470 euros par mois la même année, avec peu de différences entre les secteurs d'activité.

 

364.000 indépendants dans la construction en 2017, majoritairement des hommes de plus de 30 ans travaillant dans le gros-oeuvre

 

Le secteur de la construction comptait pour sa part 364.000 indépendants fin 2017, dont l'activité était exercée à titre principal ou en complément d'une activité salariée. "Si on se limite aux emplois principaux exercés, les non‑salariés représentent 20% des personnes en emploi dans la construction, contre 9% dans l'ensemble des secteurs non-agricoles", précise l'étude. On apprend que les indépendants du bâtiment étaient 103.000 à exercer leur activité dans le gros-oeuvre (segments de la maçonnerie, de la couverture et de la charpente), 53.000 dans la menuiserie, 94.000 dans la peinture et la vitrerie et 99.000 dans l'électricité et la plomberie. Ils étaient cependant bien moins nombreux sur les segments de la construction de bâtiments et du génie civil, avec seulement 16.000 d'entre eux exerçant dans ce domaine. Fin 2017, 33% des indépendants du BTP possédaient le statut de micro-entrepreneur. Statut d'ailleurs sur-représentés dans les travaux de peintures et de revêtements puisqu'il concernait alors 46% des non-salariés du secteur, l'explication tenant au fait que ces travaux ne nécessitent que peu d'investissements et sont relativement simples à exécuter. A contrario, avec seulement 17%, les micro-entrepreneurs étaient sous-représentés dans le génie civil.

 

Le fait de concilier plusieurs activités serait assez rare dans la construction si l'on en croit l'Insee : seulement 4% des indépendants classiques cumulaient leur activité de non-salarié avec un emploi salarié, contre 9% tous secteurs d'activité confondus. Une proportion plus importante chez les micro-entrepreneurs, à hauteur de 12%, mais qui restait encore bien inférieure à celle de l'ensemble des secteurs d'activité (29%). De même, les femmes ne représentaient que 3,5% des indépendants de la construction, contre 37% tout de même pour les autres secteurs. "Cette sous‑représentation est moins marquée pour les salariées du privé de ce secteur (12%), dont une partie assure des tâches administratives", nuance l'étude. Sur le plan de l'âge, les non-salariés de moins de 30 ans ne cesse de diminuer depuis 2014 pour l'ensemble des segments du BTP, y compris pour les micro-entrepreneurs. A l'inverse, la part des 60 ans et plus augmente mais demeure plus faible que dans les autres secteurs : 8% contre 14%. Ce qui s'explique vraisemblablement par la pénibilité des travaux, qui conduit à des cessations d'activité plus précoces.

 

Une échelle de rémunérations "nettement plus resserrée" dans le BTP

 

Toutes activités confondues, le revenu moyen des indépendants classiques de la construction était en 2017 de 2.590 euros par mois, 28% de moins que dans l'ensemble des autres secteurs (3.580 euros). Par contre, la rémunération moyenne des micro-entrepreneurs était de 630 euros mensuels, 34% de plus que l'ensemble des secteurs. "De façon plus générale, en-dehors des activités de construction de bâtiments et du génie civil, secteur particulier de la construction, l'échelle des revenus est nettement plus resserrée dans la construction que dans les autres secteurs", observe l'institut. D'autres chiffres méritent d'être soulignés : en-dehors des revenus nuls (qui concernaient 6% des indépendants classiques du BTP), un non-salarié classique sur 10 déclarait un salaire mensuel inférieur à 680 euros, et un sur 10 une rémunération supérieure à 5.070 euros par mois.

 

A l'image de ce qui s'observe malheureusement dans presque tous les secteurs d'activité, les différences salariales en fonction du sexe étaient assez marquées pour les indépendants classiques de la construction : là où les hommes gagnaient en moyenne 2.610 euros par mois, les femmes ne touchaient que 1.970 euros mensuels. Un écart qui s'atténue chez les micro-entrepreneurs : tandis qu'un homme touchait 630 euros, une femme gagnait 560 euros.

 

L'Insee a également noté quelques tendances, comme la diminution de 6,8% du revenu moyen des non-salariés classiques du BTP sur la période 2008-2013, due à une mauvaise conjoncture économique. "Mais le choix de certains entrepreneurs aux revenus limités d'opter pour le statut de micro-entrepreneur a sans doute contribué mécaniquement à atténuer l'érosion du revenu moyen des non‑salariés classiques", relève l'étude. Ce dernier a enregistré une baisse de 4,7% en 2013 avant de se stabiliser en 2014 et 2015. Depuis, il croît de 2,8% en moyenne par an, et il a même dépassé en 2017 son niveau de 2012. Mais l'institut tempère la tendance en affirmant que les évolutions diffèrent suivant les segments d'activité : "(...) dans le gros-œuvre, la construction de bâtiments et le génie civil, le revenu moyen en 2017 reste inférieur à son niveau cinq ans auparavant, alors qu'il l'a dépassé dans les travaux de finition (menuiserie, peinture) et surtout d'installation (électricité, plomberie, etc)".

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