EMPLOI. Les problèmes de main-d'oeuvre provoquées par la reprise économique dans plusieurs secteurs d'activité - dont la construction - a motivé l'exécutif à présenter un "plan de réduction des tensions de recrutement". De nouvelles enveloppes budgétaires sont débloquées pour mettre le paquet sur les formations professionnelles et mieux accompagner les chômeurs de longue durée.

"Notre pays vit actuellement une situation économique à la fois paradoxale et incompréhensible. La reprise est là, plus vigoureuse que ce que les experts attendaient, et le taux de chômage est revenu à son niveau le plus bas depuis 12 ans. Pour autant, les employeurs peinent à pourvoir les emplois vacants, mais aussi à trouver des salariés qui correspondent à leurs besoins. Du fait de cette situation, de trop nombreux demandeurs d'emploi restent en situation de recherche, à commencer par les chômeurs de longue durée, et la reprise, et donc notre activité, est bridée." Ce constat, dressé par le Premier ministre Jean Castex à la fin du mois de septembre, fait office de préambule à la présentation par le chef du Gouvernement d'un "plan de réduction des tensions de recrutement".

 

La reprise économique post-pandémie qui s'observe partout dans le monde, et en l'occurrence en France, a provoqué non seulement des difficultés d'approvisionnement en matériaux, mais aussi des problèmes de main-d'oeuvre dans nombre de secteurs d'activité, dont le bâtiment et les travaux publics. Quelques semaines après que la ministre du Travail Élisabeth Borne ait appelé les entreprises de la construction à recruter encore plus d'apprentis, espérant ainsi battre le record historique enregistré en 2020, c'est donc au tour du locataire de Matignon de dévoiler une série de mesures destinées à renforcer les formations professionnelles et mieux accompagner les chômeurs de longue durée, pour ainsi tenter de répondre aux besoins des entreprises.

 

1,4 milliard d'euros sur la table

 

Le tout financé par de nouvelles enveloppes budgétaires d'un total de 1,4 milliard d'euros, qui consisteront soit en des crédits du Plan de relance redéployés, soit en de nouveaux crédits inscrits dans le projet de loi de Finances 2022. Dans le détail, 600 millions seront consacrés à la formation des salariés, 560 millions à la formation des demandeurs d'emploi, et 240 millions abonderont la prime à l'embauche en contrat de professionnalisation pour les chômeurs de longue durée.

 

Nouvelles formations "longues" et "courtes"

 

Alors concrètement, que contient ce plan en faveur du BTP ? D'après la Banque de France, ce sont 300.000 postes qui seraient à pourvoir dans un panel de secteurs, dont la construction fait partie. Et selon Pôle Emploi, 77% des difficultés de recrutement seraient dus à un nombre de candidatures insuffisantes, 75% à un manque de compétences adaptées au poste.

 

Pour y remédier, l'exécutif veut déjà commencer par faire du FNE (Fonds national de l'emploi) "l'outil d'adaptation des compétences attendues par les entreprises de tous les secteurs". Afin de suivre l'évolution des besoins économiques et technologiques de ces dernières, le dispositif va donc être abondé pour proposer 50.000 formations "longues" de 400 heures en moyenne, pour des parcours de reconversion ou de transition visant l'obtention d'une qualification professionnelle. De plus, 300.000 formations "courtes" de 40 heures en moyenne seront disponibles, cette fois pour des parcours de développement des compétences "répondant aux enjeux immédiats de reprise particulièrement ciblés pour les TPE-PME", indique Matignon. Le processus de validation des acquis de l'expérience (VAE) devrait aussi être simplifié pour faciliter les changements de carrières.

 

Les régions et Pôle emploi également mobilisés

 

L'État mise également sur le dispositif "Transitions collectives" : lancé le 15 janvier dernier en collaboration avec les partenaires sociaux, il doit permettre de faciliter la reconversion professionnelle des salariés dont l'emploi est menacé vers des métiers qui recrutent au sein du même territoire. "Tout en conservant leur rémunération et leur contrat de travail, les salariés bénéficient d'une formation financée par l'État, dans le but d'accéder à un métier porteur dans le même bassin de vie. L'État prend en charge, tout ou partie, de la rémunération des salariés (y compris les charges sociales légales et conventionnelles) et du coût pédagogique des formations certifiantes d'une durée maximale de 24 mois", explique Matignon.

 

Autre outil en place depuis 2018 et que le Gouvernement veut développer : le Plan d'investissement dans les compétences (Pic), dont de "nouvelles actions" vont être proposées par les régions et Pôle emploi, comme l'augmentation du nombre de formations associées à une promesse d'embauche, que ce soit sous la forme d'une formation préalable a recrutement (AFPR) ou d'une préparation opérationnelle à l'emploi (POE). De même, les Pactes régionaux d'investissement dans les compétences vont être consolidés : grâce à des formations ciblées, ils espèrent pouvoir répondre aux besoins de main-d'oeuvre dans les postes en tension.

 

"Une trentaine de métiers de la construction et de l'industrie" vont faire l'objet d'"actions ciblées"

 

Le BTP fera en outre l'objet de mesures particulières : "Aujourd'hui, un métier sur quatre présente à la fois une tension de recrutement récurrente et un fort déficit de main-d'œuvre disponible. Il s'agit de métiers de la construction ou de l'industrie dans les deux tiers des cas et, pour la plupart, de métiers techniques ou d'encadrement intermédiaire", précise Matignon. Qui ajoute que "les freins au recours à ces formations tiennent à leurs contraintes de mise en œuvre : viviers de recrutement restreints à l'échelle d'une seule région, plateaux techniques souvent coûteux, effet de seuil de rentabilité économique difficile à atteindre, niveaux post-bac requis (BTS, DUT)...". Des "actions ciblées" vont donc être lancées, sans plus de précisions, le Gouvernement renvoyant également aux "prochains rendez-vous annuels" des pactes régionaux pour qu'État et régions élaborent "les réponses les plus adaptées". "Dans un premier temps, une trentaine de métiers de la construction et de l'industrie seront ciblés", se contentent d'indiquer les services du Premier ministre.

 

Enfin, l'exécutif veut mettre le paquet sur les chômeurs de longue durée. Il s'agit d'abord de les "remobiliser" en leur proposant "un diagnostic personnalisé et un plan d'action", voire une période de "mise en situation" au sein d'une entreprise pour les aider à se réinsérer dans le monde du travail, pendant un mois maximum. Ensuite, une aide va être mise en place pour inciter à embaucher ce type de profils en contrat de professionnalisation. D'un montant de 8.000 euros versés pendant la première année du contrat, cette aide "diminue le reste à charge" de l'employeur "lorsqu'il embauche un demandeur d'emploi de longue durée". Mais là encore, des actions plus précises et complémentaires des régions et de Pôle emploi sont attendues en la matière.

actionclactionfp