INFRASTRUCTURES. Dans la foulée de l'effondrement du pont Morandi à Gênes (Italie) à l'été 2018, le Sénat avait créé une mission d'information sur la sécurité des ponts à l'automne. Pour savoir si les collectivités territoriales ont les moyens techniques et budgétaires d'entretenir ces ouvrages, la Chambre haute lance maintenant une consultation auprès des élus locaux.

Suite à l'effondrement du pont Morandi à Gênes (Italie) durant l'été 2018, les pouvoirs publics européens ont pris conscience de la vétusté de bon nombre de ces ouvrages d'art. Ce constat n'a pas échappé au Sénat, dont la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable a créé une mission d'information sur la sécurité des ponts le 3 octobre 2018. Concrètement, le but de cette mission parlementaire est d'évaluer les modalités de surveillance et d'entretien de ces infrastructures dont la gestion incombe à l'Etat ainsi qu'aux collectivités territoriales. Les sénateurs de cette commission doivent notamment chercher à savoir si les collectivités disposent des moyens techniques et budgétaires pour assurer l'entretien des ponts.

 

Dans l'optique de recueillir le témoignage des élus locaux concernés par cette problématique, la mission d'information présidée par Hervé Maurey (sénateur centriste de l'Eure) lance ce lundi 21 janvier une consultation sur la nouvelle plateforme interactive mise en place à cet effet. Les édiles qui s'y connecteront pourront ainsi répondre, jusqu'au 28 février prochain, à un questionnaire visant à obtenir davantage de renseignements sur les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés dans leur politique de gestion des ponts. Les réponses collectées devraient alimenter les travaux et les recommandations de la commission.

 

98% du réseau routier national dépendent des collectivités

 

L'effondrement du viaduc de Gênes, qui a provoqué la mort de 43 personnes, a considérablement relancé le débat sur l'état général des infrastructures de transports et sur le manque d'investissements dont elles pâtissent. En France, les professionnels de la route et des travaux publics alertent déjà depuis plusieurs années sur ces dépenses jugées trop faibles pour garantir une bonne constitution et fiabilité des ouvrages d'art. Régulièrement, les sous-investissements sont accusés de creuser la "dette grise" ; autrement dit, la facture finale risque de s'envoler vers des sommets si on n'applique pas le principe du "Il vaut mieux prévenir que guérir". Le 22 août 2018, à l'issue du Conseil des ministres, le Gouvernement a tenu à rappeler aux élus locaux l'importance de faire remonter les informations relatives aux ponts : "Dans un objectif de transparence sur l'état des infrastructures, le Gouvernement invite les collectivités concernées à achever au plus vite la mise en commun des données relatives aux principaux ouvrages d'art", peut-on lire dans un compte-rendu diffusé à la presse. L'Etat, pour rappel, ne gère que 1,2% des routes hexagonales.

 

Dans le cadre du projet de loi d'orientation des mobilités (LOM), le Gouvernement s'engage à intervenir là où ce serait nécessaire, assurant "augmenter les crédits de l'entretien routier, pour passer de 700 M€ en 2017 à 800 M€ en 2018. Cette hausse se poursuivra dans les prochaines années". Mais 98% du réseau routier national - sur lesquels se réalisent 66% du trafic - dépendent en réalité des collectivités, dont les budgets dédiés à l'entretien des voiries n'ont cessé de diminuer depuis quelques années. Au total, ce serait environ 150.000 ponts qui seraient placés sous la houlette des collectivités. "Et rappelons qu'il y a 10 à 15.000 ponts qui ne sont pas même visités, nous ne savons donc pas dans quel état ils sont", indique a fortiori Christian Tridon, président du Syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement des structures (Strres).

 

Un tiers des ponts du réseau routier national non-concédé a besoin d'être réparé

 

Dans un audit externe publié par le ministère des Transports en juillet 2018 et portant sur l'état du réseau routier français non-concédé (relevant donc de l'Etat), on apprend que sur les 12.000 ponts que compte ce réseau, un tiers aurait besoin d'être réparé. Et dans 7% de ces cas, les dommages seraient tels qu'ils pourraient déboucher sur un effondrement des ouvrages. Comme le rappelle l'audit, reprenant en fait la totalité des études portant sur le vieillissement des ouvrages d'art, il serait toujours bien plus économique - et prudent - d'effectuer un entretien régulier de ces derniers que d'attendre l'apparition des premiers désordres pour intervenir. En effet, sur la durée de vie d'un ouvrage, un traitement curatif (autrement dit des réparations de dommages structurels) coûte environ trois fois plus cher qu'une maintenance permanente.

 

L'audit souligne par ailleurs que si rien n'est fait au niveau des politiques publiques, 62% des chaussées seront fortement dégradées à l'horizon de 2037 - elles étaient déjà 29% en 2017. De plus, 6% des ponts seront déclarés "hors service". L'étude conclut son propos en avançant ces chiffres : si l'Etat continuait à dépenser 666 millions d'euros en moyenne par an jusqu'en 2022 pour les opérations de maintenance, c'est une enveloppe de 1,3 milliard qu'il faudrait ensuite débloquer chaque année, et ce jusqu'en 2037, pour entretenir le réseau routier national non-concédé et le remettre… à son état actuel.

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