CONJONCTURE. En réalisant 41% de leur chiffre d'affaires avec les collectivités territoriales et 31% avec le seul bloc communal, les entreprises de travaux publics sont intimement liées au niveau d'investissement des municipalités. A l'approche des élections locales de 2020, retour sur l'impact du cycle électoral sur l'activité des TP.

Les formations politiques ne sont pas les seules à guetter les résultats des élections municipales de 2020 ; les entreprises de travaux publics vont y accorder tout autant d'attention. En 2017, le secteur a réalisé 41% de son chiffre d'affaires avec les collectivités territoriales, 31% avec le bloc communal (regroupant les communes et les intercommunalités), 8% avec les départements et 2% avec les régions. Le niveau d'investissement acté par les municipalités influe donc directement sur le niveau d'activité des professionnels des TP, selon une note de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). En fait, les dépenses d'investissement des collectivités sont majoritairement composées de dépenses de travaux publics, et les deux indicateurs suivent sensiblement les mêmes tendances, aussi bien en période de croissance - la fin des années 1990 - qu'en période de récession - lors de la baisse des dotations entre 2014 et 2017. Ce qui vient confirmer la dépendance du secteur des TP aux politiques publiques locales.

 

Année faste avant les élections, années néfastes pendant et après

 

D'une manière générale, l'investissement public local se calque sur le cycle électoral : concrètement, l'année précédant les élections municipales (N-1) s'illustre la plupart du temps par un dynamisme des investissements, alors que l'année des échéances (N), et surtout l'année suivante (N+1), sont marquées par un recul des dépenses publiques. Ainsi, la FNTP a calculé que l'activité des entreprises de travaux publics avait, en moyenne sur les 6 derniers mandats, bondi de 9,2% l'année N-1, reculé de 1% l'année N et de 2,5% l'année N+1. "Schématiquement, ceci correspond à une accélération des travaux avant l'élection pour mener à terme les projets du mandat, tandis que l'année de l'élection et la suivante sont généralement marquées par la mise en place des projets des nouvelles équipes élues et sont donc plus consacrées à la préparation des nouveaux programmes d'investissements (études, procédures, etc)", analyse la fédération. Bien entendu, des éléments externes aux politiques publiques locales peuvent aussi entrer en ligne de compte, et créer de fait des disparités plus ou moins importantes selon les années et les contextes. Par exemple, et toujours d'après les calculs de la FNTP, l'activité des TP de l'année N-1 a certes été positive au cours des 6 derniers cycles, mais les années d'élections ont connu 3 hausses et 3 baisses, tandis que les années N+1 ont enregistré 2 augmentations et 4 réductions.

 

Cela s'explique par les "chocs" qui ont eu lieu durant ces années, qu'ils soient de nature politique ou économique. Avec la décentralisation qui s'est amorcée, les deux cycles des années 1980 ont vu de nombreuses compétences être transférées de l'Etat vers les collectivités, ce qui a logiquement soutenu l'investissement de ces dernières. A l'inverse, le milieu des années 1990, puis les années 2008-2009 ont été impactés par des crises financières majeures, qui ont affecté tous les acteurs économiques, publics comme privés. Plus récemment, la période 2014-2015 a été marquée par une baisse des dotations de l'Etat aux collectivités, couplée à la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République) et sa réforme territoriale d'ampleur, qui ont toutes deux fait reculer l'investissement local. Dernier élément à prendre en compte : le renouvellement des équipes municipales, qui peut également impacter les effets du cycle électoral. A titre d'exemple, les municipales de 2014 ont enregistré un important taux de rotation, ce qui a vraisemblablement décalé le redémarrage des investissements locaux.

 

Du retard à l'allumage pour le mandat actuel, mais 2020 ne devrait pas être trop inerte

 

La FNTP assure que les investissements en travaux publics des collectivités territoriales augmente progressivement au cours du cycle électoral, mais là encore, des exceptions existent et les évolutions peuvent être différentes selon les mandats et même selon les années. Le cycle actuel (2014-2020) est en ce sens atypique : les 3 premières années du mandat ont été plutôt amorphes sur le plan des investissements, et l'activité ne repart véritablement qu'en cette fin de mandat. La fédération estime cependant que "le retard pris ne sera pas rattrapé" : sur les 4 premières années du mandat actuel (2014-2017), les entreprises de TP ont réalisé un chiffre d'affaires de 61,2 milliards d'euros, contre 72,1 milliards d'euros sur les 4 premières années du précédent mandat (2008-2011). "L'investissement en infrastructures a en effet constitué une variable d'ajustement majeure pour adapter les budgets à la baisse des dotations", note la FNTP. "Ceci c'est notamment traduit par de nombreux reports de projets et par un sous-investissement, en particulier dans l'entretien des réseaux (routes, canalisations, etc)."

 

Mais si l'on se base sur les scenarii habituels, il est donc fort probable que l'année 2019 soit particulièrement dynamique pour l'activité des travaux publics. Depuis le début de l'année, les notes de conjoncture mensuelle de la FNTP le prouvent. Et pour 2020 ? En dépit des élections prévues, "la dynamique de l'investissement local devrait s'atténuer mais sans connaître un effondrement comme ce fut le cas en 2014". La raison ? Les collectivités afficheraient une bien meilleure santé financière, grâce à des marges de manoeuvre solides, à un taux d'épargne brute élevé (autour de 15%) et à un taux d'endettement faible, à une trésorerie historiquement conséquente (59 milliards d'euros), à des taux d'intérêt qui n'ont jamais été aussi faibles, et au renforcement des dispositifs étatiques de soutien à l'investissement (Dotation d'équipement des territoires ruraux et Dotation de soutien à l'investissement local). Le processus de contractualisation entre les collectivités et l'Etat, ainsi que l'arrêt de la baisse de la Dotation globale de fonctionnement ont notamment contribué à l'amélioration de la situation.

 

Rappelant que les investissements ont été particulièrement faibles lors du précédent mandat, la FNTP affirme que "les besoins sont criants et les attentes des citoyens fortes" quant à l'entretien et à la modernisation des réseaux en tous genres. Mais des interrogations persistent sur le taux de renouvellement des équipes municipales, l'incertitude institutionnelle et la réforme de la fiscalité locale, annoncée depuis longtemps mais toujours pas présentée. "A tous ces arguments factuels s'ajoute un dernier élément indispensable : la volonté politique d'agir", prévient la FNTP. "C'est ainsi du volontarisme des futures équipes municipales, dans un contexte où les besoins exprimés par nos concitoyens en matière de mobilité, de numérique ou de transition écologique n'ont jamais été aussi importants, dont dépendra l'évolution des investissements dans des infrastructures nouvelles et dans l'entretien des réseaux existants." Réponse en mars 2020.

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