CONJONCTURE. Les nouveaux reports de charges dont pourront bénéficier les petites entreprises ont été confirmés par le ministre délégué aux PME, qui a aussi indiqué les pistes d'évolution des PGE envisagées par Bercy. Alain Griset a en outre appelé les artisans du bâtiment à "aller chercher les marchés" de la rénovation énergétique.

La réponse économique du Gouvernement a déjà été à la hauteur pendant le confinement, et elle continuera à l'être. C'est le coeur du message délivré ce matin par l'ex-patron de l'Union des entreprises de proximité (U2P), Alain Griset, nommé ministre délégué aux PME lors du récent remaniement gouvernemental qui a vu Jean Castex arriver à Matignon. Invité de la matinale de nos confrères de BFM Business, l'ancien chauffeur de taxi a confirmé le report de charges sociales et fiscales annoncé par Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, dans le cadre du projet de loi de Finances rectificative post-Covid : "Il suffira de demander pour pouvoir l'obtenir. L'idée, c'est qu'on n'ait pas ce mur de dettes ; qu'au niveau des cotisations sociales, il y ait un remboursement possible des reports sur 36 mois, et qu'on essaie de travailler maintenant pour que le Prêt garanti par l'Etat (PGE) soit éventuellement transformé de façon à ce qu'on ait une garantie de taux sur 5 ou 6 ans, et que la question de la trésorerie ne soit pas une question d'inquiétude pour les entreprises." Le nouveau locataire de Bercy est en revanche resté plus flou sur la question d'une éventuelle annulation pure et simple des charges.

 

Redéfinir les PGE sur le long terme avec une garantie de taux

 

La redéfinition des fameux PGE constitue donc l'un des dossiers majeurs sur lesquels planche actuellement Alain Griset, qui est revenu sur l'historique de cette mesure instaurée au début du confinement sanitaire : "Pour l'instant, il y avait 300 milliards prévus, que l'Etat cautionnait autour de 90% ; 100 milliards ont été demandés, obtenus", ajoutant que 95% de ces PGE ont été octroyés à des TPE-PME. "Jusqu'à la fin de l'année, il y a encore possibilité pour les entreprises de demander un PGE", a-t-il poursuivi.

 

Le ministre assure donc que l'Etat soutiendra les petites structures jusqu'au 31 décembre prochain pour l'octroi des prêts. Mais pour la suite, Alain Griset insiste en réaffirmant vouloir "transformer ce PGE de façon à ce qu'on ait des prêts à long terme, et surtout qu'il y ait une sorte de garantie de taux". Cependant, si, aux yeux de Bercy, l'objectif est de pouvoir dire aux chefs d'entreprises qu'au niveau "financements, cotisations sociales, prêts, vous avez une sorte de sérénité dans l'avenir", l'ancien patron de l'U2P reconnaît malgré tout qu'il "faut naturellement de l'activité" pour garantir le redémarrage de l'économie française.

 

"Combien d'entreprises du bâtiment, d'artisans du bâtiment vont eux-mêmes aller chercher les marchés ?"

 

Car plusieurs indicateurs économiques, notamment ceux relatifs aux défaillances d'entreprises, laissent craindre une fin d'année très difficile : "Les pronostics, aujourd'hui, ne sont pas très optimistes", a admis Alain Griset, arguant que le Gouvernement ambitionne de prendre toutes les mesures d'accompagnement qui s'imposeraient pour les entreprises en difficulté. "Je pense qu'entre le mois de mars et aujourd'hui, beaucoup a été fait", a-t-il estimé, renvoyant pour le reste à la présentation en septembre prochain du plan de relance et à la mise en place éventuelle "de nouveaux outils, de nouveaux moyens".

 

Le ministre délégué aux petites structures ne s'est d'ailleurs pas prononcé sur le montant exact qui sera fléché in fine vers les TPE-PME : "Il n'est pas nécessaire qu'il y ait un montant qui soit fixé", expliquant que les petites entreprises "vont bénéficier de ce plan de relance, d'abord par les cotisations sociales, les exonérations ; sur le plan jeunes, sur l'apprentissage, sur les contrats de professionnalisation ; sur la rénovation énergétique". Alain Griset a ensuite établi un lien entre ce marché spécifique et le bilan des mesures mises en place par l'exécutif au début de la crise du coronavirus, rappelant que "plus d'un million d'entreprises" a bénéficié du fonds de solidarité, tandis que "pratiquement 600.000 entreprises" ont eu recours à un PGE.

 

Et pour les mois qui viennent ? "Ce qu'on ne connaît pas, naturellement, ce sont les entreprises dans l'avenir qui vont bénéficier d'un certain nombre d'outils qui vont être mis en place, par exemple sur la rénovation énergétique : combien d'entreprises du bâtiment, d'artisans du bâtiment vont eux-mêmes aller chercher les marchés ?", s'est-il interrogé. "Donc ça dépendra aussi de la faculté qu'ils ont, de l'envie qu'ils ont d'aller sur ces marchés-là ; donc les montants vont être disponibles, les marchés seront là, il faut après que chacun aille les chercher pour bénéficier de ces outils."

 

Amélioration des retards de paiements

 

S'agissant des autres dossiers actuellement posés sur le bureau du ministère de l'Economie, Alain Griset a confié ne pas avoir d'inquiétudes particulières quant à la problématique des retards de paiements, qui, selon les données du Médiateur des entreprises et du Médiateur du crédit, se sont tassés depuis le déconfinement. A ce sujet, le ministre a renvoyé à l'efficacité des outils comme le PGE tout en invitant chaque entreprise qui rencontre des difficultés à solliciter le Médiateur du crédit. Enfin, dans l'attente d'ici la fin de la semaine des mesures concrètes sur le plan en faveur de l'emploi des jeunes, Alain Griset s'est contenté de rappeler les annonces du nouveau Premier ministre Jean Castex devant les députés. Annonces qui ont néanmoins laissé place depuis quelques jours à un imbroglio gouvernemental à ce sujet.

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