CORONAVIRUS. Pour lutter contre l'épidémie, le ministère du Travail a demandé à renforcer les contrôles dans les entreprises afin de vérifier qu'elles respectent le télétravail. Une mesure qui n'est encore pas toujours respectée.

Le gouvernement veut massifier le télétravail, en plein pic de contaminations du coronavirus. La ministre du Travail, Elisabeth Borne, a saisi l'inspection du travail le 26 mars, lui envoyant une instruction demandant l'intensification des contrôles dans les entreprises. Un tiers des actifs pouvant télétravailler en mars ne l'ont pas fait.

 

Pour rappel, lors de son discours le 18 mars dernier, Jean Castex avait sommé les entreprises et leurs salariés d'appliquer le télétravail quand cela est possible, à hauteur d'un jour maximum par semaine en présentiel. Les contaminations au travail représentent 29% des cas identifiés de coronavirus, selon le Premier ministre qui cite une étude réalisée par l'institut Pasteur. Ainsi, le travail reste la deuxième source de contamination en dehors du foyer, après les repas de famille.

 

Un accompagnement des entreprises

 

Le gouvernement durcit le ton, en publiant la semaine dernière un nouveau protocole qui enjoint les entreprises à définir un plan d'action sur le travail à distance. Élisabeth Borne a demandé à la Direction générale du travail de joindre de nouvelles instructions à ses services d'inspection du travail, afin de renforcer les actions d'information, d'accompagnement et de contrôle des entreprises.

 

 

L'instruction lui demande d'accroître sa mobilisation pour informer les employeurs, les organisations professionnelles et syndicales des nouvelles dispositions du protocole et de l'accompagnement mis en place par le ministère pour les aider. Un numéro vert a, par exemple, été mis en place pour les personnes isolées. Le gouvernement a également appelé à une vigilance accrue sur les mesures de prévention pour les salariés qui ne peuvent télétravailler et sont amenés à travailler à plusieurs, là où le respect des distances ou le port du masque ne peuvent être garantis.

 

24.000 contrôles en France

 

Des premières actions ont été menées dès le 25 mars en ce sens. Dans le quartier de la Défense, en région parisienne, une dizaine d'inspecteurs ont mené une opération conjointe de contrôle dans 23 entreprises de plus de 400 salariés. L'une de ces sociétés connaîtra une mise en demeure pour non-respect des mesures sanitaires. Sur les 2.000 contrôles effectués en Île-de-France depuis le début de l'année, 14 ont donné lieu à des mises en demeure.

 

Au total, près de 24.000 contrôles ont été menés depuis le début de l'année dans l'hexagone pour lutter contre l'épidémie. Entre octobre 2020 et février 2021, 52 entreprises ont été mises en demeure pour non-respect du télétravail, avait-on appris par le ministère du Travail le mois dernier.

 

"Alors que notre pays est confronté à une nouvelle vague de l'épidémie, le strict respect des règles sanitaires, notamment celles concernant le télétravail, est plus que jamais essentiel. J'ai conscience que nous demandons des efforts considérables aux entreprises et à leurs salariés depuis le début de l'épidémie, mais il est important qu'ils continuent de prendre toute leur part dans le combat que nous menons contre le virus. Les études scientifiques le montrent, le télétravail est efficace pour réduire le risque de contamination. Les inspecteurs du travail resteront donc pleinement mobilisés pour accompagner les entreprises dans l'application des règles et sanctionner celles qui refuseraient de s'y conformer", a déclaré Elisabeth Borne, dans un communiqué.

 

Le BTP épargné ?

 

Si de nombreux salariés du secteur du bâtiment peuvent difficilement télétravailler, ce n'est pas le cas des employés de bureau, ceux qui sont par exemple affectés aux taches administratives. De leur côté, les dirigeants de bureaux d'études s'étaient dit, en novembre dernier, déroutés par les signaux contraires qu'ils percevaient sur la bonne application du télétravail. Avec l'annonce du second confinement, Elisabeth Borne avait indiqué que les architectes et ingénieurs pourraient se rendre sur leur lieu de travail si cela était jugé indispensable. Ceux-ci sont amenés à, par exemple, utiliser des logiciels complexes, concevoir des maquettes numériques et se rendre sur des chantiers. Mais quelques jours plus tard, revirement de situation. Le gouvernement avait martelé que le télétravail cinq jours sur cinq devait être appliqué autant que possible.

 

Bien que la lutte contre l'épidémie soit érigée en priorité, le télétravail à 100% a montré qu'il peut affecter le moral des salariés. C'est le constat d'une enquête récente de Santé publique France, qui a révélé que la santé mentale des Français est restée dégradée en début d'année. Bien que le milieu du BTP semble épargné par les risques psychosociaux en milieu professionnel, notamment sur les chantiers, les employés de bureaux sont davantage susceptibles de connaître des risques importants.

 

Le risque de "souffrir" d'isolement

 

Le rythme de travail s'est accéléré dans certaines entreprises, les salariés doivent être davantage connectés et peinent parfois à faire la distinction entre la sphère privée et professionnelle. Une situation qui avait poussé le gouvernement à accepter que les salariés reviennent petit à petit en entreprise. "Nos études montrent que plus de 6 salariés sur 10 en télétravail à 100% depuis novembre souhaitent revenir dans l'entreprise au moins une journée par semaine", avait dévoilé en début d'année la ministre du Travail dans les colonnes du Journal du dimanche, assurant que "plus de la moitié disent souffrir d'isolement".

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