SANTÉ. L'épuisement des chefs d'entreprises a atteint un niveau record à cause de la crise sanitaire et économique du Covid, d'après une enquête sur la santé des dirigeants réalisée par l'Observatoire Amarok. L'apparition inédite d'un "syndrome d'empêchement" est également mis en avant dans l'étude, et s'explique par un fort sentiment d'impuissance et une vigilance considérablement réduite.

La crise du Covid pèse lourdement sur le moral des chefs d'entreprises. Si ce constat ne faisait guère de doutes, il est en tout cas confirmé par une enquête menée à l'échelle nationale par l'Observatoire Amarok et consacrée à la santé psychologique des entrepreneurs français, tous secteurs d'activité confondus. Réalisée du 11 janvier au 2 février 2021 auprès de 1.065 personnes - dont environ 42% de femmes - à la tête de sociétés employant en moyenne 7-8 salariés, elle fait ressortir des faits pour le moins inquiétants. Le niveau d'épuisement semble en effet n'avoir jamais été aussi élevé, avec une fatigue record mais aussi, plus étonnamment, l'émergence inédite d'un "syndrome d'empêchement". Celui-ci serait apparu lors du premier confinement sanitaire au printemps 2020 et persisterait encore à l'heure actuelle, principalement à cause du fort sentiment d'impuissance rencontré par les chefs d'entreprises.

 

L'impuissance, une nouvelle forme d'usure

 

Avec des restrictions sanitaires (couvre-feu, gestes-barrières, etc) toujours en vigueur et qui font d'ailleurs penser à un "semi-confinement", les entreprises comme les citoyens continuent à être pénalisés par une visibilité extrêmement réduite. Le fait de ne pas pouvoir se projeter conduit les dirigeants à baisser leur vigilance, alors que la pandémie de coronavirus les concerne au premier plan, dans la mesure où la population de chefs d'entreprises est majoritairement constituée de personnes plus âgées et travaillant plus longtemps en comparaison à leurs salariés. Elles sont aussi plus exposées aux aléas de l'économie en raison de la mobilisation de leur patrimoine et de leur niveau d'endettement.

 

Une situation qui a "significativement accru" le niveau d'épuisement professionnel, sachant que la nature-même de cette fatigue s'est également transformée : "L'épuisement habituel lié à une suractivité a muté en un épuisement d'empêchement où les sentiments d'impuissance et d'être coincé prennent le pas sur la déception et la lassitude", souligne l'enquête. "Les chefs d'entreprises ont particulièrement souffert des fermetures ou entraves économiques liées au confinement et de l'incertitude accrue parce que c'est une population hyperactive à forte internalité. Très travailleur (plus de 50 heures hebdomadaires) et maître de leur stratégie, ce dont les chefs d'entreprises souffrent le plus est le manque de visibilité", insiste-t-elle. Aux symptômes habituels d'usure - lassitude, déception, fatigue, manque de sommeil - s'est donc ajouté, depuis le deuxième confinement de l'automne dernier, ce fameux "syndrome d'empêchement". Ce qui finit par représenter un risque pour le moral des patrons.

 

"Le point qui nous importe et nous alerte est le niveau jamais atteint du sentiment d'impuissance. Ce sentiment contrevient totalement à l'esprit d'entreprise. S'il devenait trop persistant, ne risquerait-on pas d'entrer dans une forme d'impuissance acquise ?" -Observatoire Amarok

 

Consolider les dispositifs de soutien et d'écoute

 

Sur le plan des risques et des conséquences de la crise sanitaire actuelle, l'étude révèle que le dépôt de bilan inquiète bien plus les chefs d'entreprises que la perspective de tomber malade du Covid, et a fortiori de développer une forme grave de l'infection. Élément de réponse majeur pour sortir de la crise, la vaccination est en outre attendue de pied ferme par les chefs d'entreprises. Si leur souhait de se faire vacciner est indéniable, il est toutefois fonction de leur âge, de la probabilité d'attraper la maladie et particulièrement une forme grave, mais aussi de l'engagement patrimonial et de la taille de l'entreprise. Ainsi, plus le dirigeant assume de responsabilités économiques et sociales au niveau de l'emploi et du capital, plus son intention de se voir inoculer un vaccin contre le Covid est forte.

 

Quant au soutien apporté aux entrepreneurs en ces périodes troublées, il est jugée inefficace par l'Observatoire Amarok, qui recommande de "fournir un chaînon manquant" entre la demande formulée par le chef d'entreprise pour bénéficier d'une écoute et l'offre réelle de dispositifs d'accompagnement. Les auteurs de l'enquête recommandent ainsi deux méthodes "complémentaires" : une "stratégie de sentinellisation" et une "approche top down". Derrière ces termes pour le moins techniques, se cachent deux démarches, l'une recourant à des "sentinelles", et l'autre interrogeant directement le dirigeant. "Les sentinelles exercent un rôle de 'capteurs' de proximité qui permettent, en cas de détection d'un danger, de lancer une fiche d'alerte en précisant le signalement du dirigeant, après s'être assuré de son consentement", explique l'étude, qui complète à propos de l'approche "top down" : "Elle consiste à interroger le dirigeant directement, qu'il soit ou non en souffrance. Pour ce faire, il est nécessaire de ne pas se focaliser sur la seule souffrance mais d'élargir la question à la santé globale et de dépister le cas échéant celles et ceux qui sont en difficulté, voire en détresse."

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