ENTRETIEN. Le "EU BIM Task Group" a un nouveau président : il s'agit de Souheil Soubra, actuel directeur Technologies de l'information au CSTB. Articulation avec le Plan BIM 2022, conséquences du Brexit, effort de normalisation, coopération internationale et place de la France… Batiactu lui a posé toutes les questions.

Batiactu : M. Soubra, vous venez d'être élu à la présidence du groupe de travail de l'Union européenne sur le BIM, pour un mandat de deux ans. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette mission ?
Souheil Soubra : Ce groupe*, créé en janvier 2016, a déjà travaillé pendant plusieurs années et produit un guide de bonnes pratiques disponible dans une vingtaine de langues. Ce que je constate c'est que nous arrivons à la fin d'une première phase de sensibilisation des acteurs de la construction aux avantages du BIM. Il faut donc maintenant lancer une seconde phase, opérationnelle, pour les accompagner à avancer concrètement dans l'adoption de cette démarche. Nous travaillerons avec l'ensemble des acteurs : représentants de la commande publique des pays de l'Union, qu'il s'agisse d'infrastructures ou de bâtiments, acteurs du secteur privé qui répondent à cette commande publique, et enfin les "facilitateurs" c'est-à-dire les organismes qui proposent des guides de normalisation (ISO, CEN, OGC) pour mettre en relation commande et réponses. L'EU BIM Task Group sera un point central.

 

Batiactu : Justement, lors de la signature du Plan BIM 2022 aux Assises du Logement, Julien Denormandie, ministre en charge de la Ville et du Logement, n'a-t-il pas déclaré qu'il ne souhaitait pas rendre obligatoire l'emploi du BIM pour la commande publique afin de ne pas défavoriser les petites entreprises ?
Souheil Soubra : L'approche française est que la commande publique doit permettre d'utiliser le BIM, sans le rendre obligatoire. L'incitation plutôt que la contrainte, c'est ce qui fonctionne le mieux. Nous avons l'exemple du Royaume-Uni où les pouvoirs publics ont demandé que tous les marchés nationaux soient rendus en BIM. L'Italie passe aussi par des articles de loi pour le rendre progressivement obligatoire, d'abord pour les marchés les plus importants. Au-delà des annonces enthousiastes, les enseignements sur le déploiement du BIM dans ces deux pays restent mitigés. La France ne prend pas ce chemin, partant du principe qu'il est plus intéressant de convaincre les acteurs que de les contraindre.

 

Batiactu : Comment allez-vous articuler les travaux européens de l'EU Task Group et les travaux français menés à la fois par le plan BIM 2022, dont beaucoup d'actions sont pilotées par ADN Construction, et Mediaconstruct, chapitre français de Building Smart ?
Souheil Soubra : Ce sera une action intéressante, car les travaux menés en France doivent être connus par les autres pays européens et même au-delà. Après le départ des Anglais à cause du Brexit, c'est la France qui a été mise en avant grâce à la qualité de ses travaux nationaux. Réciproquement, nous devons avoir une information précise et complète sur ce qui se passe dans les autres pays européens, afin d'éclairer les choix au niveau national. Ce qui pourra se faire au travers d'une collection-analyse de projets-pilotes européens, notamment en termes de rapport entre le coût de la maquette numérique et les bénéfices qu'elle apporte, avec une idée de retour sur l'investissement. Le CSTB travaille déjà avec l'ensemble des acteurs. A titre personnel, je suis sensible à ce que l'image de la France ne soit pas écornée par des divergences de vues entre les organisations. Il y a énormément de travail à faire et je suis sûr que tout le monde pourra y contribuer. L'une des premières priorités sera la mise en place d'une plateforme numérique commune, collaborative, pour faciliter les échanges entre les acteurs au niveau européen qui s'appuiera sur des projets nationaux. Les discussions en cours portent sur son architecture et les données à partager.

 

Batiactu : Quelles seront les conséquences du Brexit ? Le Royaume-Uni était, jusqu'à présent, un pays leader sur la maquette numérique, quelles sont les autres locomotives en Europe ?
Souheil Soubra : Les Anglais étaient à l'origine du Task Group. C'est une nation très avancée sur le BIM. Il a été convenu qu'ils resteraient au sein du groupe de travail et nous l'avons validé, en nous appuyant sur le fait que les pays fondateurs sont membres de plein droit. Ainsi, nous continuerons à bénéficier de leur avance sur le sujet. Il était important qu'ils restent dans le groupe. D'autres nations sont aussi avancées au sein de l'Union, on peut citer notamment les pays d'Europe du Nord, comme la Norvège, la Suède ou le Danemark. L'Allemagne, fortement représentée au sein l'EU BIM Task Group dont la vice-présidente est allemande, s'est également organisée et a lancé des actions dont les résultats devraient être très rapidement connus. Il faudra mutualiser, lorsque c'est possible, un certain nombre de cas. Nous avons besoin d'un groupe qui permet de démontrer l'importance des standards ouverts pour le BIM et ainsi mobiliser les éditeurs pour que les standards de l'OpenBIM soient suivis. Nous garantirons ainsi aux maîtres d'ouvrages la possibilité de maîtriser leurs données et de s'appuyer sur n'importe quelle solution informatique sans rencontrer de problème.

 


* Réseau paneuropéen d'échange de connaissances et d'expertise pour le secteur public dans le domaine du BIM, le groupe de travail BIM de l'Union européenne (EU BIM Task Group) réunit des acteurs publics, notamment les ministères, les clients du secteur public et les propriétaires d'infrastructures et de bâtiments publics, de 23 pays européens.

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