VIE DU SECTEUR. Le président de la Fédération française du bâtiment s'est entretenu avec des adhérents pour donner une meilleure perspective du secteur, avec la crise sanitaire et les pénuries de matières premières. Innovation ou encore formation ont également été abordées lors de cette entrevue.

Emploi, RE2020, attractivité du secteur… La Fédération française du bâtiment (FFB) a tenu une table-ronde le 10 juin, lors de ses états généraux, pour répondre aux nombreuses interrogations de ses adhérents. A commencer par les soucis du manque de main-d'œuvre. Une cheffe d'entreprise de maçonnerie de l'Yonne a ainsi fait remarquer qu'elle rencontre un problème récurrent de recrutement. "Quand on s'adresse à Pôle Emploi, ils ont un potentiel de salariés qu'on ne voit jamais", a-t-elle témoigné. "Les intérimaires ne veulent pas de CDI. On a mis cinq ans à trouver deux couvreurs. Recruter des jeunes, c'est quasi impossible. Il faut revaloriser notre métier et nos professions pour attirer les jeunes", a-t-elle estimé.

 

"Récupérer les professionnels des secteurs avec un genou à terre"

 

450.000 chômeurs auraient coché la case "bâtiment" en s'inscrivant à Pôle Emploi, selon Olivier Salleron, président de la FFB. Selon lui, seul un tiers de ces inscrits sont "très proches de l'emploi" mais ont subi un accident physique ou psychologique. L'homme à la tête de la fédération considère qu'il faut leur proposer des formations rapides, "de quelques semaines à quelques mois". Selon lui, un autre tiers sont "très loin de l'emploi". "Ils se pensent bricoleurs mais ne sont pas de vrais professionnels et plusieurs années de formation sont nécessaires avant qu'ils puissent travailler chez nous. L'autre tiers est à temps partiel et certains d'entre eux attendent la prime d'activité. Il faut les mettre au boulot", a-t-il lancé.

 

La crise a amené son lot de reconversions. Une tendance qui ne doit pas échapper au bâtiment, selon Olivier Salleron, qui espère "récupérer les techniciens de l'aéronautique". Les entreprises devraient également se tourner vers les quartiers difficiles, où des habitants cherchent un emploi.

 

Pour attirer les jeunes vers le bâtiment, la clé serait aussi de changer l'image du secteur, toujours selon le président de la FFB. Une campagne de communication grand public sera bientôt lancée afin de montrer une image plus innovante du bâtiment.

 

Comment réagir face aux pénuries ?

 

Outre la question du recrutement, certains adhérents s'inquiètent de la crise des pénuries de matériaux, qui touche la filière depuis des mois, faisant parfois tripler les prix. "Nos carnets de commande sont pleins mais on a peu de matériaux pour réaliser ces chantiers", a raconté Benjamin Fouillet, installé en Mayenne. "Les délais sont à rallonge et les prix explosent, notamment pour le bois. Je ne vois pas bien ce qu'on peut faire à notre échelle."

 

"Si la FFB pouvait agir, j'en serais fier", lui a répondu Olivier Salleron, qui a rappelé que la crise est un phénomène mondial. S'il a appelé à se tourner vers des circuits courts et locaux et à protéger les entreprises, il a regretté de voir la France être un pays "ultra-centralisé". Il considère qu'il faut plutôt "voir avec les ministères".

 

Une réunion entre la FFB et Bruno Le Maire, Élisabeth Borne et Emmanuelle Wargon, respectivement ministres de l'Économie, du Travail et du Logement, se tiendra le 15 juin. Emmanuelle Wargon a promis d'accompagner le secteur, dans une conférence qui se tenait quelques heures plus tôt. Olivier Salleron espère négocier l'indexation des prix et obtenir le chômage partiel à 100%. 30% des chantiers risqueraient d'être bloqués si les pénuries continuent. "Certains pays pillent nos matériaux à des prix faramineux. Ce n'est pas acceptable, il va falloir qu'on se batte", a-t-il lancé.

 

Le travail au noir pointé du doigt

 

L'autre sujet d'inquiétude des adhérents est "la concurrence déloyale" à laquelle doivent faire face les entreprises "depuis des années", notamment avec le statut d'auto-entrepreneur, a pointé Édith Laurent, à la tête d'une société spécialisée en charpente et ossature bois de dix employés dans la Meuse. "Ces entreprises n'ont pas les mêmes exigences, ce n'est pas normal", a-t-elle lâché. Elle s'est insurgée contre ces sociétés qui casseraient leurs prix, travailleraient avec du personnel non déclaré et qui, parfois, ne respecteraient pas les réglementations environnementales et sociales.

 

"L'auto-entreprise a des qualifications de métier qui ont été octroyées de façon scandaleuse", a rejoint le chef de la fédération, répondant à la colère d'Édith Laurent. Il a tout de même appelé à ne pas fustiger toutes les entreprises qui se déclarent ainsi. Plus de contrôles sont également nécessaires pour combattre le travail au noir, a-t-il martelé. "L'arsenal juridique existe pour pénaliser et sanctionner, par des amendes fortes, les entreprises et entrepreneurs qui trichent. Il faut l'appliquer mais il n'y a pas assez de contrôleurs pour le faire."

 

La RE2020, source d'inquiétude pour certains

 

Sur les sujets environnementaux, Jérémy Brunaud, à la tête d'une entreprise de menuiserie dans le Cher, se préoccupe de la RE2020 qui va "bouleverser notre profession". "Ce sont des normes dont nous ne sommes pas sûrs d'atteindre les exigences ni les surcoûts que ça va engendrer", a-t-il redouté. Une affirmation que n'a pas contredite le patron de la FFB, qui a rappelé que la fédération a obtenu le report de six mois de cette réglementation. "La grosse déception concerne le gaz naturel", a-t-il avoué, avant de lancer que l'élection présidentielle se tient dans moins d'un an. Une façon de rappeler à demi-mot à ses adhérents que les 1,2 millions de salariés concernés par cette réglementation ont un poids électoral.

 

"La crise sanitaire a été difficile pour le BTP. Ce qui se profile maintenant, c'est la grave crise de la construction neuve", a interpellé Aubin Padonou, qui pilote le groupe Jeunes dirigeants de la fédération départementale du bâtiment en Charente-Maritime. Dans sa zone, "le niveau de projets et de logements est au plus bas depuis plus de 10 ans et l'érosion s'accélère, en se confrontant à des contraintes liées au littoral (Natura 2.000, zones protégées et humides)."

 

Selon lui, le climat des affaires autour de la Rochelle n'est pas "idyllique" et la chaîne de la construction pourrait s'avérer "en danger à court ou moyen terme". Ce à quoi Olivier Salleron a répondu que la prochaine réunion de la commission sur la construction neuve aurait lieu le 15 juillet prochain. Il a appelé ses adhérents à donner des idées innovantes et a annoncé prochainement travailler avec le pôle habitat de la FFB.

 

Quid de l'innovation ?

 

De son côté, Isabelle Mouric, qui tient une société de maçonnerie gros œuvre de 17 salariés en Seine-Maritime, s'est demandée comment accompagner les PME du bâtiment dans leur développement. "Les PME rencontrent des difficultés à mener leurs projets d'innovation et de développement, par manque de compétence et de bonne image." Elle remarque que les étudiants qui sortent d'école ont tendance à se tourner vers les majors plutôt que les PME, "implantées localement, avec des savoirs-faires très spécifiques et au fait de la transition écologique et numérique".

 

En réponse, le patron de la FFB a évoqué les journées de l'innovation, créées depuis quelques années dans certaines régions françaises, qui portent notamment sur le BIM ou la gestion du personnel sur les chantiers. "La fédération a elle-même lancé sa journée de l'innovation il y a quelques semaines."

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