JUSTICE. Une peine de quatre années d'emprisonnement et 200.000 € d'amende ont été requis contre le principal prévenu dans le procès de l'attribution du marché du Balardgone, l'homme d'affaires Karim Aïssa. L'ancien militaire Fabrice Couderc risque quant à lui deux ans de prison, dont un avec sursis, et une amende d'un montant de 50.000 €.

Dans le cadre du procès qui s'est tenu à Paris sur l'attribution du marché du Balardgone, le Pentagone à la française, les réquisitions du parquet ont été formulées ce 3 février 2020. Après qu'un consortium mené par Bouygues ait été sélectionné en février 2011 pour construire le nouveau siège des armées - de Terre, de l'Air et de la Marine - dans le XVe arrondissement de Paris, une enquête judiciaire s'était focalisée sur un homme d'affaires, Karim Aïssa, et un ancien militaire, Fabrice Couderc.

 

Les deux ont été renvoyés devant le tribunal, mais c'est le principal prévenu, Karim Aïssa, qui encourt la peine la plus lourde : quatre ans d'emprisonnement et une amende de 200.000 € ont été requis contre celui qui est décrit comme "un professionnel de la corruption" par le procureur au Parquet national financier (PNF), Jean-Philippe Navarre, ce dernier soulignant même : "Le recel d'informations privilégiées, c'est le coeur de son métier". L'homme d'affaires est effectivement soupçonné d'avoir oeuvré pour obtenir des renseignements confidentiels sur des procédures d'appels d'offres, afin de les négocier auprès des candidats. Sachant que Karim Aïssa est également poursuivi pour l'attribution d'un marché de La Poste en Martinique, en 2009 : il serait "le noyau central de l'association de malfaiteurs", a déclaré le procureur. "C'est une rare photographie de la corruption", a ajouté Jean-Philippe Navarre. D'après le magistrat, l'homme d'affaires offrait des places de spectacles aux détenteurs des informations qu'il souhaitait soutirer, les invitait à Roland-Garros, leur promettait rémunérations et reconversions de carrière... Avant les réquisitions du parquet, Karim Aïssa a expliqué qu'il avait, au moment des faits, de "l'ambition" et "l'envie de travailler et d'exceller dans ce qu'il faisait".

 

Le jugement est mis en délibéré

 

De son côté, Fabrice Couderc risque deux ans de prison et une amende d'un montant de 50.000 €. Le PNF a également demandé l'interdiction, pour cet ancien militaire, d'exercer des missions publiques, par exemple dans la police. "Il a collecté patiemment, en une dizaine de fois, des éléments qu'il a volés dans le bureau de son collègue, puis qu'il a sciemment remis à Karim Aïssa dans la perspective d'un bénéfice ultérieur", ce qui va à l'encontre de "la probité qu'on est en droit d'attendre d'un militaire, une personne qui a prêté serment", a estimé le procureur. Le parquet avait en outre requis un autre procès contre un haut responsable de Bouygues, mais ce dernier a finalement bénéficié d'un non-lieu du juge d'instruction. Le procès doit se terminer ce mercredi 5 février avec les plaidoiries de la défense, le jugement étant mis en délibéré.

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