DEVELOPPEMENT DURABLE. Sur les rives du fleuve Sénégal, le typha, une plante aquatique invasive, est en passe de changer d'image. Sa valorisation sous forme d'isolation biosourcé ou de source d'énergie renouvelable transforment cette espèce nuisible en véritable ressource. Un exemple de gestion écologique.

Depuis la construction du barrage de Diama sur le fleuve Sénégal en 1986, de nombreuses terres peuvent être irriguées et protégées des marées qui remontaient le cours d'eau et apportaient du sel avec elles. Cependant, en amont de Saint-Louis, l'édification de cette retenue d'eau a entraîné un effet secondaire indésirable : la prolifération du typha - ou massette - une plante typique des berges qui a colonisé des centaines d'hectares au point de poser des problèmes environnementaux, à la fois sur l'agriculture et sur le milieu naturel. Des études ont même montré un lien avec des problèmes d'alimentation en eau de la capitale, Dakar, à cause de l'infestation du lac de Guiers, principal réservoir d'eau potable de la ville.

 

Le végétal, considéré pendant des années comme une espèce nuisible et envahissante, est cependant en train de devenir une véritable ressource. L'architecte et enseignant-chercheur Mbacké Niang, également vice-président du conseil d'administration de l'Association sénégalaise de normalisation, explique dans les colonnes de Sénénews : "Nous voulons le valoriser comme matériau de construction, c'est-à-dire en faire une isolation thermique empêchant la chaleur d'entrer dans les maisons pour éviter qu'on les climatise". Une initiative qui met donc en valeur une ressource locale et jusque-là boudée, à l'image de ce qui est fait en France avec la paille, le chanvre, le lin ou l'herbe de prairie. Des études, réalisées dans le cadre d'un projet international de valorisation du typha, démontreraient les atouts techniques en matière d'efficacité énergétique, en termes de bilan de gaz à effet de serre. La plante peut également être intégrée à des briques, afin d'obtenir un matériau de construction écologique. Au centre de Diamniadio, non loin de Dakar, elle est mélangée à de l'argile ou du ciment. Les fibres végétales apportent leurs caractéristiques aux briques. Les massettes peuvent également être transformées en nattes, pour réaliser des toitures de cases ou des clôtures.

 

Moins cher et plus écologique

 

Dernière alternative, issue des travaux d'un technicien mauritanien, Babana Mohamed Lemine : celle d'une valorisation énergétique, sous forme de charbon. Environ 1.700 m² de plantes suffiraient à produire une tonne de combustible. Cette piste permettrait notamment d'éviter la déforestation en remplaçant le bois comme source d'énergie pour les foyers de cuisson traditionnels d'autant que le charbon de massette produit moins de fumée et dure plus longtemps. Atout supplémentaire, l'activité de récolte et de transformation du typha en charbon génèrerait une manne économique intéressante, qui occuperait déjà plusieurs centaines de Sénégalais.

 

Le programme animé par l'Arene IdF (Agence régionale de l'environnement et des nouvelles énergies), l'Ademe et le Gret (Groupement de recherche et d'échange technologique) bénéficie de nombreux soutiens, tant au Sénégal qu'en France, et semble donc porter ses fruits. Le pays africain dispose maintenant d'une solution pour débarrasser utilement les rives de son fleuve et de ses lacs de l'indésirable quenouille. Chaque année, 5.000 tonnes de matière fraîche pourraient être valorisées de différentes manières, à des coûts inférieurs aux solutions traditionnelles. Une fois coupée, la plante se régénère rapidement, en une dizaine de jours seulement, ce qui assure une grande productivité. Le typha est donc désormais regardé différemment.

 

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