CONJONCTURE. Deux sondages réalisés par l'Union des entreprises de proximité et la Confédération des petites et moyennes entreprises montrent que les artisans et petites structures ont réussi à encaisser le coup - déjà très dur - des deux premiers confinements. Mais un troisième épisode mettrait en péril un grand nombre d'entre eux.

Quel serait l'impact d'un troisième confinement sanitaire sur la trésorerie - et le moral - des artisans et petites entreprises ? Très probablement violent, étant donné que l'économie a déjà été mise à mal par les deux premiers épisodes du printemps et de l'automne 2020. Dans deux études d'opinion, l'Union des entreprises de proximité (U2P, avec l'institut Xerfi) et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) alertent sur la fragilité des petites structures, alors que l'exécutif semble repousser de quelques jours la décision d'un reconfinement en ce début d'année 2021.

 

52% d'entre eux considèrent que la situation financière de leur entreprise est saine

 

Menée auprès de 6.200 artisans et commerçants de proximité, le sondage de l'U2P - qui englobe notamment la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) ainsi que la Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage (CNATP) - montre que 71% des chefs d'entreprises interrogés font état d'une baisse de leur chiffre d'affaires, dont 13% indiquent qu'elle est supérieure à 50%. Sur toute l'année 2020, les entreprises de proximité ont vu leur activité reculer de 12,5%, tous secteurs d'activité confondus. Malgré cela, la résilience semble avoir été au rendez-vous, notamment dans le domaine de l'emploi : 36% des structures n'ont pas touché à leurs effectifs, tandis que 63% ont eu recours à l'activité partielle pour tout ou partie de leurs personnels et que seulement 2% ont dû procéder à des licenciements.

 

Les entrepreneurs veulent aussi se montrer rassurants sur l'état de leur trésorerie : 52% d'entre eux considèrent que la situation financière de leur entreprise est saine, et 25% misent sur les dispositifs de soutien pour relancer leur activité en 2021, en dépit des importantes baisses d'activité qu'ils ont subi. Toutefois, 8% des patrons sollicités estiment qu'ils ne seront pas en capacité de rembourser les aides contractées - au premier rang desquelles le fameux Prêt garanti par l'État (PGE) -, et 3% anticipent une fermeture de leur entreprise au cours des prochains mois. Ce qui représenterait environ 90.000 structures, selon les calculs de l'U2P.

 

68% des patrons demandent le maintien du Fonds de solidarité, qui arrive en tête des sollicitations

 

Parmi les dispositifs d'aide mis en place par le Gouvernement pour soutenir les entreprises dans la crise économique du coronavirus, le Fonds de solidarité arrive en tête des sollicitations, à hauteur de 41%. Viennent ensuite les reports de cotisations sociales et fiscales (33%), le PGE (17%), les reports de prêts bancaires (13%), les aides proposées par les collectivités territoriales (13%) et les demandes de suspension de loyers professionnels (6%). Chiffre notable, 45% des entreprises ayant souscrit un PGE ne l'ont pas encore utilisé. À l'inverse, celles qui y ont eu recours l'ont consommé en moyenne à hauteur de 70% du montant.

 

Mais les artisans et petites structures restent très critiques sur l'action - ou plutôt le manque d'action - du Gouvernement et des préfectures, des chambres consulaires, des banques, des organismes de crédit et des assurances. Pour s'en sortir, ils sont donc 68% à demander le maintien du Fonds de solidarité "pour toutes les entreprises dont le chiffre d'affaires demeure inférieur de 50% à son niveau de 2019". "Les entreprises de proximité ont su être agiles et les mesures d'accompagnement des pouvoirs publics se sont révélées bénéfiques", analyse Dominique Métayer, président de l'U2P. "Mais les croire tirées d'affaire serait une grave erreur, car elles sont en équilibre précaire. Si certains dispositifs et en particulier l'activité partielle, ne sont pas maintenus jusqu'à la fin de l'année, elles pourraient ne pas survivre aux prochains mois."

 

Un chef d'entreprise sur trois a le sentiment que sa structure vit "sous perfusion" de l'État

 

Dans le sondage effectué par la CPME, qui a collecté 2.400 réponses, il ressort que l'état d'esprit des dirigeants d'entreprises reste pour le moins très fragmenté : 42% se disent résignés, 35% pessimistes et 23% optimistes. L'inquiétude quant à la pérennité de leur entreprise concerne même un patron sur deux, particulièrement au sujet du remboursement des aides étatiques. Par exemple, 49% des TPE et PME interrogées par la confédération ont bénéficié du report des charges sociales et/ou fiscales, mais parmi elles, 36% pensent ne pas être en mesure de rembourser leurs échéances. Idem pour le PGE : 58% s'en sont vu octroyer un, mais 45% considèrent qu'elles ne pourront pas le rembourser. Tant et si bien qu'un chef d'entreprise sur trois a le sentiment que sa structure vit "sous perfusion" de l'État.

 

Quant aux différentes mesures décrétées par l'exécutif pour juguler l'épidémie de Covid, les avis sont là aussi très partagés, voire défaitistes : 53% des sondés considèrent que l'instauration du couvre-feu freine leur activité, et 49% jugent que leur entreprise ne sera pas en mesure de supporter un troisième confinement. Preuve que la communication sur les dispositifs d'aide est encore très perfectible, 21% des dirigeants seulement se sentent concernés par le Plan de relance, et 10% en connaissant les modalités exactes. Quoi qu'il en soit, cette crise aura certainement permis d'avancer sur certains points qui pouvaient s'avérer jusqu'alors problématiques : 49% des chefs d'entreprises pensent que la transition numérique de leur structure a été accélérée grâce aux évènements sanitaires et économiques ; de même, 9 entreprises sur 10 ont institué le télétravail - quand leur activité le permettait, naturellement. Néanmoins, elles ne sont plus que 55% à envisager de conserver un ou plusieurs jours de télétravail une fois la crise passée.

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