SANS-ABRISME. Alors que la fondation Abbé Pierre présentera le 31 janvier son 25ème rapport sur le mal-logement en France, le sans-abrisme a été absent des vœux présidentiels malgré l'interpellation du chef de l'Etat par un collectif de 36 associations. Celui-ci demande notamment de "renoncer à toutes les économies" réalisées depuis 2017 sur les aides personnalisées au logement.

Les associations de lutte contre le mal-logement en ont été pour leurs frais. Lors de la présentation de ses vœux aux Français, le 31 décembre, le Président de la République n'a pas fait allusion au problème du sans-abrisme alors que le Collectif des associations unies avait publié la veille une tribune destinée à "attirer l'attention d'Emmanuel Macron sur le nombre de plus en plus important d'enfants, de jeunes, de femmes et d'hommes vivant à la rue ou dans des habitats précaires." Ce collectif, constitué de 36 associations nationales de lutte contre le mal-logement et le sans-abrisme, émet dans cette tribune dix vœux pour sortir de la crise. A commencer par la création, cette année, de 10.000 places d'hébergement pérenne afin que plus aucun enfant ne dorme dans la rue d'ici à la fin janvier 2020, contre 500 aujourd'hui à Paris selon les chiffres du Samu social cités par le Collectif. Un objectif qu'il juge "atteignable" si l'Etat mobilise rapidement tous les sites disponibles lui appartenant ou qui sont la propriété de collectivités locales et d'entreprises.

 

Le Collectif formule également le vœu que l'Etat "renonce à toutes les mesures d'économies réalisées depuis 2017" sur les aides personnalisées au logement (APL). Après le coup de rabot de cinq euros par mois décidé le 1er octobre 2017, puis leur gel en 2018, leur sous-indexation en 2019 par rapport à l'inflation et la suppression de l'APL Accession, les APL pourraient à nouveau baisser pour 1,2 million d'allocataires, sur un total de 6,5 millions de bénéficiaires, à la faveur de la réforme de leur mode de calcul qui entrera en vigueur le 1er avril, selon des estimations publiées en juillet dernier par le Canard Enchaîné. Au sujet de cette "contemporanéité" du calcul des APL qui interviendra d'ici à trois mois, "il faudra que les jeunes à faibles ressources, qui vont être fortement pénalisés par la réforme, fassent l'objet d'un système dérogatoire", demande le Collectif. "Les APL en temps réel sont une bonne idée mais des solutions doivent être trouvées pour eux [les jeunes à faibles revenus ; Ndlr] en amont, afin qu'ils ne soient pas pénalisés", a admis Aurélien Taché, président du Conseil national de l'habitat, sur Twitter le 26 décembre.

 

La fondation Abbé Pierre présentera le 31 janvier son 25ème rapport sur le mal-logement

 

Le Collectif des associations unies milite aussi en faveur du retour à une TVA de seulement 5,5% pour la construction de logements sociaux financés par des prêts locatifs à usage social. Le Collectif prône en outre la mise en place d'un plan national de lutte contre l'habitat indigne, reposant sur des opérations à "périmètre départemental" sur l'ensemble du territoire. Il réclame par ailleurs une accélération du plan national de résorption des bidonvilles, avec, notamment, la création de 30.000 places d'hébergement en centres d'accueil de demandeurs d'asile sur trois ans, dont 10.000 places dès cette année. Une liste de souhaits non exhaustive, basée sur des chiffres sans appel. La fondation Abbé Pierre, qui présentera le 31 janvier son 25ème rapport sur le mal-logement, dénombrait l'an dernier 4 millions de personnes mal logées en France et 12,1 millions de personnes fragilisés par rapport au logement, en raison, par exemple, de loyers impayés ou d'une situation de précarité énergétique.

 

"Le logement n'apparaît pas comme prioritaire dans le Budget 2020, le mal-logement est absent des vœux présidentiels…", regrette Arnaud de Broca, délégué général de l'Union professionnelle du logement accompagné, sur son compte Twitter ce jeudi 2 janvier 2020. Si le chef de l'Etat n'a pas abordé la question du mal-logement lors de ses vœux de décembre 2019, il l'avait toutefois fait l'année précédente, reconnaît le Collectif. Emmanuel Macron avait d'ailleurs lancé au début de son mandat, le 11 septembre 2017, le plan Logement d'abord visant à offrir un accès direct à un logement aux personnes sans domicile. Le 13 septembre dernier, le ministère de la Cohésion des territoires avait annoncé que 60 millions d'euros supplémentaires seraient alloués à ce plan de lutte contre le sans-abrisme en 2020, afin d'atteindre les objectifs de 40.000 places nouvelles en intermédiation locative et de 10.000 places supplémentaires en pensions de famille fixés par Emmanuel Macron sur la durée du quinquennat.

actionclactionfp