Les quarante ans de la loi sur l'architecture (1977-2017), célébrés cette année, viennent d'être décryptés à l'Académie d'architecture. L'occasion pour architectes, élus et historiens de retracer et souligner le progrès que représente ce texte majeur pour l'intérêt public et la qualité architecturale, mais aussi de la nécessité d'élargir les débats.

Quarante ans après l'entrée en vigueur de la loi sur l'architecture, le 3 janvier 1977, un colloque était organisé organisé, le 11 janvier 2017, pour rendre hommage aux nombreuses étapes qui ont fondé ce texte majeur pour la profession d'architectes. Un texte qui a aussi insisté sur le caractère public d'intérêt général pendant 40 quarante ans.

 

Ce sont donc sous les dorures des salons de l'Hôtel de Chaulnes, à l'Académie d'architecture à Paris, qu'architectes, élus et historiens ont retracé les grandes étapes de la loi. Un événement organisé par le Comité d'histoire du ministère de la Culture, en partenariat avec l'Académie d'architecture.

 

"Ne pas empêcher la profession d'être en mouvement", Manuelle Gautrand

 

"Il est, en effet, primordial de marquer cet anniversaire, non pas tant dans une optique passéiste mais aussi pour voir comment aujourd'hui, l'architecte peut se projeter, a déclaré Manuelle Gautrand, la nouvelle présidente de l'Académie d'architecture à l'issue des échanges. Nous avons appris au cours de ce colloque, que dans les années 1970, les relations étaient extrêmement tendues au cours des rencontres entre architectes et représentants de l'Etat. Elles se sont aujourd'hui apaisées. Mais cela ne doit pas empêcher la profession d'être en mouvement !"

 

Avant d'ajouter : "La loi n'est intéressante aujourd'hui qu'au regard de ce qui se passe en 2017, après notamment l'adoption de la loi Liberté de création, architecture et patrimoine (LCAP) votée le 6 juillet dernier. (…) L'architecte façonne le paysage urbain, il est en même temps, artiste, chercheur, défricheur, poète, et même fou, ai-je entendu ce mercredi. C'est pour cela que l'on nous craint, que l'on nous jalouse. Par ailleurs, il n'y a pas assez d'amoureux de l'architecture et d'hommes politiques qui comprennent notre rôle."

 

Pour la nouvelle présidente de l'Académie d'architecture, "il est primordial pour la profession d'aller au-delà, de réussir à s'extraire des contours législatifs pour regarder comment l'architecture se pratique aujourd'hui, et de faire comprendre ce qu'elle est capable d'apporter". Tout en reconnaissant qu'"elle a dû mal parfois à être entendue."

 

"La loi de 1977 ? Un moyen de faire rayonner l'architecture"

 

Incontestablement, la loi de 1977 a cadré la profession autour de deux notions majeures que sont l'intérêt public et la qualité architecturale, se sont accordés à dire les intervenants d'une table ronde.*

 

"Elle a participé à donner envie aux maîtres d'ouvrage, notamment grâce à la création des Conseils d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) et a représenté ainsi un moyen pour faire rayonner l'architecture", a observé Françoise Fromonot, architecte critique à l'ENSA Paris-Belleville. Avant de déplorer : "Mais combien de bâtiment sont si banalement médiocres !"

 

Par ailleurs, "le problème de l'architecture est celui de la liberté de la création", a-t-elle ajouté. Les actions à entreprendre ne doivent pas être législatives mais elles relèvent, me semble-t-il, d'un projet éducatif immense et entièrement politique."

 

"60 % des constructions échappent à l'architecte", Cristina Conrad

 

De son côté, Cristina Conrad, architecte et conseil d'Etat, a également rappelé les avancées de la loi 1977, en faisant référence aux recours de l'architecte, aux permis de construire et enfin à la mise en place de la loi MOP en juillet 1985, une procédure très cadré pour le processus architectural.

 

Toutefois, l'ancienne présidente de l'Ordre des architectes d'Ile-de-France regrette "d'une part que beaucoup de construction, en l'occurrence près de 60% échappent à l'architecte et d'autre part que le concours depuis 2005 ne soit plus obligatoire pour les bailleurs sociaux." Et d'enfoncer le clou : "La majorité des organismes HLM fait appel à des architectes sans recourir au concours."

 

"C'est pourquoi, l'architecte doit avoir un rôle d'entreprise à part entière pour pouvoir construire, il est incapable de pouvoir le faire dans l'intérêt de l'architecture s'il est lié à une entreprise de construction", a-t-elle enfoncée le clou.

 

"Le couple maire-architecte est à ce titre fondamental", Philippe Laurent

 

Enfin, Philippe Laurent, maire de Sceaux et secrétaire général de l'Association des maires de France(AMF) a insisté sur le fait que l'intérêt public général est primordial pour les élus. Tout en reconnaissant que "certains d'entre nous prennent des décisions très arrêtées avec leurs architectes et se laissent influencés parfois par les habitants."

 

"Cette évolution des élus vers la gestion des projets architecturaux est très dommageable, a-t-il regretté. L'architecture n'est pas intégrée au cœur de la culture populaire comme en Allemagne." L'occasion pour l'élu francilien de de plaider pour un renforcement de la prise de conscience de la relation architecte- élu. "Le couple maire-architecte est à ce titre fondamental, a-t-il conclu. Les architectes doivent donc continuer à former les maîtres d'ouvrages."

 

*Intervenants à la table-ronde du colloque 1977-2017: les 40 ans de la loi sur l'architecture : "Loi sur l'architecture, l'intérêt public et la qualité architecturale" : Cristina Conrad, architecte, conseil de l'Etat, Françoise Fromonot, architecte critique, Philippe Laurent, maire de Sceaux, secrétaire général de l'AMF ; Henri Le Pecq, directeur du CAUE des Côtes-d'Armor et enfin Antoine Paoletti, chef du service territorial architecture et patrimoine (Stap) de la Somme.

 

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