GRAND TÉMOIN. À la tête de AIA Life Designers depuis mai 2025, Delphine Beji incarne une architecture engagée, interdisciplinaire et résolument tournée vers la transition écologique. Dans un contexte de remise en cause de la profession, elle défend le rôle crucial de l'architecte face aux défis climatiques, sociaux et urbains. Un manifeste pour redonner sens, dialogue et vision à un métier en pleine mutation.


Le bâtiment est en travaux. Les anciens laboratoires de la Société française de céramique et du Centre d'études et de recherches de l'industrie des liants hydrauliques, édifiés en 1922 par les architectes Ledieu et Kindermans, ont besoin de nouvelles fenêtres. C'est ici, dans ce magnifique édifice de briques, orné de fresques en céramique, qu'est établi le siège de AIA Life Designers depuis quinze ans, que nous attend Delphine Beji, en cette journée de décembre. À tout juste 45 ans, elle vient d'être nommée présidente de ce groupe dont la vocation centrale est l'architecture, mais où l'interdisciplinarité est reine.

 

Avec ces entretiens Grands Témoins, Batiactu vous invite à mieux connaître des personnalités aux horizons divers, mais qui contribuent aujourd'hui, par leurs visions, leurs réflexions et leurs actions, à expliquer, anticiper, façonner, faire exister notre cadre de vie et donc, la société dans laquelle nous voulons vivre.

 

Interdisciplinarité, exigence, responsabilité et esprit collectif

 

Interdisciplinarité et non pluridisciplinarité. Certes, architectes, ingénieurs, urbanistes, paysagistes ou même scénographes cohabitent sous un même toit mais, surtout, ils discutent, croisent leurs expertises et leurs méthodes sur chaque projet. L'architecte crée l'harmonie d'ensemble, à partir des contributions de tous les métiers. Le tout autour de la base commune qu'est l'analyse environnementale, clé d'entrée de tous leurs projets, tandis que la recherche et la prospective de chaque discipline ne cessent de les nourrir.

 

Entretien extrait du Magazine de Batiactu, numéro 8.

 

Un objectif les guide également : garantir le "prendre soin". Une architecture favorisant la santé qui a toujours été au cœur de la vocation de l'agence, comptant plus de 700 collaborateurs. Peut-être est-elle issue d'une de leurs principales expertises, la conception d'établissements de santé, même si cette volonté irrigue toutes leurs missions : contribuer au bien-être des usagers comme des populations, agir au service de la ville et de la planète.

 

Delphine Beji
Delphine Beji © Grégory Brandel pour Batiactu

 

Exigence, responsabilité et esprit collectif : après vingt années passées à grandir au sein de cette structure pas comme les autres, Delphine Beji incarne ses valeurs plus que jamais depuis sa prise de fonction. Pour elle, l'architecture est une vocation qui ne lui a jamais fait perdre de vue les questions associées à la ville et, donc, à l'urbanisme, qui la titillaient plus jeune : "Comment nous, êtres humains, avons-nous créé les villes ? Pourquoi les organisons-nous ainsi et vivons-nous de cette façon ?" L'audace, n'est-ce pas ce qui l'a toujours portée ? Oser pour avancer. Une mission guide aussi ses premiers pas de présidente : redonner à sa profession la place qui est la sienne alors que la discipline est malmenée. Permettre aux architectes de s'exprimer et de débattre, rappeler l'importance de la culture architecturale et l'impact positif de l'architecture sur le monde... Elle n'hésite pas à monter au front et appelle ses pairs à oser faire de même.

 

Une profession à défendre

Qu'est-ce qui vous a marquée dans l'actualité de ces derniers mois. Comment cela a fait évoluer votre vision du secteur ?

Une actualité m'a particulièrement interpellée : l'annonce d'un possible relèvement du seuil du recours obligatoire au concours d'architecture [dans le cadre d'un "méga-décret" de simplification des procédures, annoncé par le Premier ministre, NDLR]. Au-delà du seuil, le seul fait de poser la question de la nécessité du concours d'architecture a beaucoup ébranlé la profession et toute la maîtrise d'œuvre, au sens large. Cela démontre une fragilité dans notre discipline, déjà mise à mal, beaucoup de confrères souffrent.
Il vous reste 85% à découvrir.
Ce contenu est réservé aux abonnés
Déja abonné ? Se connecter
Abonnez-vous maintenant pour le lire dans son intégralité
Et bénéficiez aussi :
D’un accès illimité à tous les articles de Batiactu
D’une lecture sans publicité
De toutes les interviews et analyses exclusives de la rédaction
actionclactionfp