CRISE. La Fédération nationale des travaux publics réclame des mesures fortes de soutien à la commande publique et d'incitation à l'investissement local. Car si la machine n'est pas relancée rapidement, elle craint un "coup de frein fatal" à l'activité des TPE et PME du secteur.

Le message de la Fédération nationale des travaux publics au Gouvernement ne saurait être plus clair : "Sans un soutien immédiat et massif à l'investissement local, le secteur des travaux publics court à la catastrophe !" Le confinement en place depuis le 17 mars 2020 a stoppé brutalement l'activité du secteur, entraînant l'arrêt des chantiers mais aussi du lancement des appels d'offre, comme l'ont observé de nombreuses entreprises.

 

Et alors que les opérations reprennent doucement, les travaux publics s'inquiètent. D'autant plus que l'arrêt de l'activité et des appels d'offres ne sont pas les seuls problèmes. Les "élections municipales chamboulées et une baisse de recettes des collectivités" sont également des facteurs supplémentaires. Tous conjugués, ces freins "risquent de porter un coup de frein fatal à l'activité de nombreuses TPE et PME avant même la fin de l'année 2020", alerte la FNTP.

 

Forte baisse des recettes des collectivités locales

 

La fédération a fait le calcul. Elle estime que l'impact de la crise sur les recettes des collectivités locales pourrait atteindre 9Mds€. Et de lister : "L'arrêt brutal de l'activité immobilière suivi d'une reprise progressive entraînera une baisse très importante des droits de mutation, ressource essentielle des départements, estimée à plus de 3Mds€ pour cette année."

 

Par ailleurs, la fraction de TVA perçue par les régions sera forcément orientée à la baisse, du fait du ralentissement de l'activité économique. Avec la réduction des déplacements individuels et collectifs, les recettes de TICPE et le versement mobilité des intercommunalités et des autorités organisatrices de mobilité seront également fortement impactés. Entre autres.

 

Mesures urgentes pour la commande publique

 

Heureusement, beaucoup de collectivités locales peuvent compter sur une trésorerie abondante, et certaines commencent déjà à réfléchir à des plans de relance locaux. "Les conseils départementaux et régionaux auront un rôle fondamental à jouer en matière de relance", indique par ailleurs un porte-parole de la FNTP, joint par Batiactu.

 

Cependant, ces plans ne seront discutés qu'une fois la crise sanitaire passée, observe la fédération. Or, "si le trou d'air dans les appels d'offre se poursuit, les carnets de commandes des TPE/PME en viendraient très rapidement à se vider", prévient-elle, en réclamant donc un soutien immédiat à la commande publique locale, "qui menace de s'effondrer".

 

Au-delà, l'organisation professionnelle espère que l'État adresse des signaux forts aux pouvoirs publics locaux. Elle appelle ainsi le gouvernement à "prendre en urgence des mesures d'incitation forte à l'investissement local, en sus des mesures indispensables pour éviter le choc de trésorerie que les entreprises connaîtront à l'été par l'addition du report des charges à payer et des surcoûts liés à la crise sanitaire".

 

Impact du décalage du second tour des municipales

 

Pour la fédération, l'autre point sensible est la tenue du second tour des élections municipales. "Plus la date est retardée, pire ce sera pour le secteur", insiste notre interlocuteur, pour qui un second tour au mois de juin serait l'idéal, sans croire que cette option sera celle retenue par le gouvernement. Il est habituel pour le secteur, très dépendant de la commande publique, de connaître un creux important de l'activité en année électorale. Mais il est prévisible.

 

Or cette fois, les conseils municipaux élus ne sont toujours pas installés, ce qui décalera d'autant plus le lancement des projets. Et ce décalage sera encore plus important dans quelque 5.000 communes ou un second tour est nécessaire, souvent des grandes villes, donc de grands donneurs d'ordre. Sans compter que ces élections inachevées empêchent également l'installation des exécutifs intercommunaux, et notamment des métropoles.

 

Rendez-vous avec Bruno Le Maire

 

Confrontée à de nombreux freins et inquiétudes, la FNTP a rédigé un document commun avec la FFB, pour faire part des mesures qui lui paraissent urgentes afin de relancer l'activité du BTP et aider les entreprises, ainsi que celles destinées à booster la demande. Ce document a été remis au gouvernement le 27 avril.

 

Pour faire suite à cet envoi, une réunion avec le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, est prévue le 30 avril. Impossible de prédire ce qu'il ressortira de ces échanges, mais il semblerait que le ministre soit assez attentif au discours du secteur.

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