ENVIRONNEMENT. Le réacteur EPR n°1 de la centrale atomique de Taishan, en Chine, présenterait une "menace radiologique imminente" selon la chaîne d'information américaine CNN. EDF, membre de la co-entreprise exploitant le site, confirme une "augmentation de la concentration de certains gaz rares dans le circuit primaire" et a convoqué un conseil d'administration d'urgence.

Mais que se passe-t-il à la centrale nucléaire de Taishan, en Chine ? Située dans la province du Guangdong, dans le Sud du pays, à quelques centaines de kilomètres à l'Ouest de Hong-Kong, l'installation suscite de nombreuses inquiétudes depuis plusieurs jours. D'après la chaîne d'information américaine CNN, le constructeur d'équipements atomiques Framatome aurait demandé l'expertise du gouvernement américain dans le cadre d'une possible fuite de gaz émanant du réacteur à eau pressurisée (EPR) n°1. Le média étasunien aurait notamment mis la main sur un document accusant l'autorité de sûreté nucléaire chinoise, la NNSA (National Nuclear Security Administration), d'avoir augmenté la limite de gaz pouvant être libérés afin de continuer à exploiter la centrale, mettant ainsi en garde contre une "menace radiologique imminente".

 

La limite de gaz pouvant être libérée aurait été plus que doublée

 

Le chaudiériste tricolore, dont la maison-mère est EDF, a participé à la construction et désormais à l'exploitation du site de Taishan. L'entreprise aurait contacté le département américain de l'Énergie à la fin du mois de mai dernier, avant de leur demander une "assistance à la sécurité opérationnelle" le 3 juin en raison d'un échappement de gaz dans les installations de la centrale.

 

Les inquiétudes se multiplient autour de la responsabilité de l'autorité de sûreté nucléaire chinoise, qui pourrait continuer à repousser encore la limite de gaz même si la fuite était avérée, mettant ainsi en danger la population locale et l'environnement immédiat. L'attitude de la co-entreprise (ou joint venture) TNPJVC, exploitant de la centrale de Taishan et détenue à 70% par CGN (China General Nuclear Power Corporation, industriel nucléaire chinois) et à 30% par EDF, est également scrutée de près, car il lui incomberait de respecter les prescriptions réglementaires et de procéder à l'arrêt d'un réacteur dans le cas où la limite serait dépassée. Toujours d'après CNN, la limite en question aurait été fixée sur la base de recommandations formulées par l'Autorité de sûreté nucléaire française, mais la NNSA aurait décidé de l'augmenter de plus du double "en raison du nombre croissant de défaillances". Le réacteur n°1 de Taishan aurait ainsi atteint 90% de cette limite revue à la hausse au 30 mai dernier.

 

Selon des spécialistes contactés par la chaîne d'information américaine, une fuite de gaz indiquerait vraisemblablement qu'une partie du confinement de la centrale est brisé, voire que certains des combustibles nucléaires sont endommagés. Des raisons suffisamment graves pour motiver un arrêt immédiat et un ravitaillement d'urgence du réacteur, d'après ces mêmes experts.

 

Le réacteur serait "dans son domaine de fonctionnement et sûreté autorisé", d'après Framatome

 

Dans la matinée de ce 14 juin, EDF a réagi par voie de communiqué aux évènements de Taishan. L'entreprise y indique qu'elle a été informée "de l'augmentation de la concentration de certains gaz rares dans le circuit primaire du réacteur n°1", assurant dans la foulée que "la présence de certains gaz rares dans le circuit primaire est un phénomène connu, étudié et prévu par les procédures d'exploitation des réacteurs". L'électricien tricolore affirme être en contact avec TNPJVC pour lui "[apporter] son expertise", et a convoqué, en tant qu'actionnaire de la co-entreprise, un conseil d'administration d'urgence "pour que le management présente l'ensemble des données et les décisions nécessaires".

 

Framatome a également réagi ce jour-même, se voulant tout aussi rassurant, à l'image de l'exploitant CGN. Le constructeur "apporte son soutien à l'analyse de l'évolution d'un des paramètres de fonctionnement de la centrale", ajoutant que, "sur la base des informations disponibles, le réacteur est actuellement dans son domaine de fonctionnement et sûreté autorisé".

 

Les deux EPR de Taishan sont les seuls réacteurs de ce type actuellement opérationnels dans le monde

 

Comme le rappelle CNN, la Chine a progressivement développé son industrie nucléaire au cours des dernières années, et l'atome représente aujourd'hui environ 5% de la production d'électricité du pays. Citant l'Association chinoise de l'énergie nucléaire, le média souligne que l'Empire du Milieu comptait en mars dernier 16 centrales nucléaires opérationnelles totalisant 49 réacteurs, affichant une capacité de production totale de 51.000 méga-watts.

 

Le site de Taishan, pour sa part, est le fruit d'un projet mené de concert entre la Chine et la France, la première ayant ratifié un accord de production d'électricité d'origine nucléaire avec EDF, détenue en grande majorité par la seconde. La construction de la centrale a débuté en 2009 pour une mise en service de ses deux unités en 2018 et 2019. Les Échos soulignent quant à eux que les deux EPR de Taishan sont les seuls réacteurs de ce type à être actuellement opérationnels dans le monde. Comptant 950.000 habitants, la ville de Taishan est rattachée à la province du Guangdong, qui totalise pour sa part 126 millions d'habitants.

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