INTERVIEW. Quelques jours après son entrevue avec Julien Denormandie suite au vote de la loi Elan, et en amont du 49e Congrès des architectes qui doit se tenir à Marseille du 25 au 27 octobre, Batiactu a interrogé Régis Chaumont, président de l'UNSFA.

Régis Chaumont, président de l'UNSFA (Union nationale des syndicats français d'architectes), a rencontré il y a quelques jours Julien Denormandie, ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logement, ainsi que Franck Riester, ministre de la Culture. L'occasion pour l'architecte de s'entretenir avec les deux membres du Gouvernement sur l'avenir d'une profession déstabilisée par le vote de la loi Elan, et qui cherche à réaffirmer son rôle et sa place. Le 49e Congrès des architectes, qui se tiendra du 25 au 27 octobre prochain au Palais du Pharo à Marseille, fera également office de tribune aux professionnels pour faire entendre leur voix. Batiactu a contacté Régis Chaumont pour faire le point avec lui sur les principaux dossiers qui concernent le monde de l'architecture.

 

 

Batiactu : Vous avez rencontré il y a quelques jours Julien Denormandie, récemment promu ministre chargé de la Ville et du Logement. Qu'avez-vous retenu de cet entretien ?

 

Régis Chaumont : Je remercie le ministre d'avoir pris le temps de recevoir l'UNSFA en amont de notre congrès, sachant qu'il ne pourra pas s'y rendre pour cause d'un emploi du temps très chargé. Toujours est-il qu'après nos échanges, je pense que Julien Denormandie a pris bonne note du rôle et de la place des architectes. Suite au parcours législatif de la loi Elan, finalement votée, et qui est pour nous une loi préparée "hors-sol", le ministre a pris acte de la nécessaire revalorisation de la fonction de l'architecte. De graves difficultés se posent pour la profession, et notre fragmentation entre différents ministères ne facilite pas la tâche : nos métiers concernent aussi bien le logement que l'urbanisme, le développement durable que l'efficacité énergétique… Il y a un besoin de cohérence gouvernementale pour préciser l'avenir des architectes. Il faut de surcroît prendre en compte le fait que les mentalités peuvent mettre plusieurs décennies à évoluer. La question est donc la suivante : comment mettre en avant la valeur ajoutée de notre profession ?

 


Batiactu : Qu'entendez-vous exactement par "cohérence gouvernementale" ? Concrètement, à quel(s) ministère(s) souhaitez-vous être rattachés ?

 

R. C. : Il a toujours été d'usage que les professions réglementées soient rattachées à un ministère de tutelle. Dans le cas des architectes, il s'agit du ministère de la Culture, et je pense que ce choix est approprié, car ce ministère jouit d'un rayonnement indéniable, et il s'est déjà illustré en faisant du bon travail, par exemple sur la loi LCAP [projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, daté du 7 juillet 2016, NDLR].
Nous, architectes, prenons donc acte du rôle joué par notre ministère de tutelle, mais nous pensons qu'il faut également des relations interministérielles pour traiter des problématiques du logement, de l'écologie, tout en ayant un contre-poids face à Bercy et ses arbitrages financiers. C'est pourquoi nous souhaitons la mise en place d'une sorte de délégation interministérielle dédiée à l'architecture et rattachée aux services du Premier ministre.

 


Batiactu : A quelques jours de votre congrès, quel(s) message(s) souhaitez-vous faire passer aux pouvoirs publics ?

 

R. C. : L'évolution de notre métier doit aller de paire avec l'évolution des responsabilités. Le numérique, le BIM… sont autant d'outils qui viennent transformer notre quotidien et notre manière de faire, mais il nous faut aussi prendre en compte les changements législatifs et réglementaires, et s'insérer dans un cadre européen où l'on fait parfois face à de la concurrence déloyale, étant donné que les législations s'appliquant aux architectes peuvent être différentes d'un pays à un autre. Par conséquent, nous attendons du Gouvernement qu'il réponde aux questions que l'on se pose. Même si des réflexions sont amorcées, et que des groupes de travail sont lancés, des interrogations demeurent : qui va prendre en main notre profession, et de quelle manière ? Quelle feuille de route va-t-on suivre ? Et quel avenir pour nos étudiants en architecture ? C'est sur ces sujets-là que nous voulons continuer à interpeller les pouvoirs publics, et notre 49e congrès nous permettra d'aborder ces dossiers. Certes organisé par l'UNSFA, cet évènement est ouvert à tous les autres architectes, et nous comptons sur nos nombreux ateliers et tables rondes pour avoir, une nouvelle fois, des échanges particulièrement riches.

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