SONDAGE. Bien organisées, fiables et à la pointe de la technique, les entreprises générales sont également considérées comme chères et difficilement gérables par leurs clients. A l'occasion des Rencontres de la Construction 2017, EGF.BTP a publié une enquête menée auprès des commanditaires afin de mieux cerner leurs attentes et leur perception.

Les entreprises générales françaises regroupées au sein du syndicat EGF.BTP souhaitent se montrer à l'écoute des maîtres d'ouvrage, un peu plus d'un an après l'entrée en vigueur du nouveau code des marchés publics. Pour mieux comprendre les besoins de ces clients, Qualimétrie a lancé une enquête qualitative qui les aidera à définir des actions à entreprendre dans les années qui viennent, et dont les résultats ont été discutés ce 28 juin 2017, lors des Rencontres de la Construction. Aymeric Bayart et Amandine Roquancourt, de l'institut d'enquête, détaillent : "L'échantillon de 204 maîtres d'ouvrage qui a répondu est représentatif et robuste sur les différentes catégories représentées : 48 % de collectivités territoriales (mairies, intercommunalités, départements, régions, SEM), 28 % de bailleurs sociaux, 21 % d'agences d'état et d'autorités administratives et 3 % d'entreprises publiques".

 

Les entreprises générales : chères mais fiables

 

Interrogés tout d'abord sur la réforme du code des marchés publics, les maîtres d'ouvrage la considèrent comme "contraignante" et "perturbante". Pour eux, les enjeux majeurs des projets de construction qu'ils mènent sont les aspects liés au développement durable (44 %), le souci de la qualité constante à prix compétitif (29 %) et les questions d'innovation et de transition numérique (27 %). Mais quel est le regard que ces commanditaires portent sur les entreprises générales ? Ils leurs reconnaissent tout d'abord une bonne organisation, où la méthode le dispute à la rigueur (58 %), et apprécient le fait de n'avoir qu'un interlocuteur unique qui autorise un pilotage plus fin du projet (53 %). La maîtrise des coûts et des délais, grâce à la performance optimale des entreprises générales en phase chantier, apparaît en troisième position dans les points positifs (46 %). Les maîtres d'ouvrage louent également l'expertise des entreprises générales (34 %), capables de gérer des questions complexes, et leurs font donc confiance pour limiter les risques de défaillances (24 %).

 

Malgré ce portrait dithyrambique, les collectivités hésitent encore à faire appel aux entreprises générales. L'enquête révèle tous les freins identifiés : tout d'abord le surcoût, pour plus de la moitié des répondants (55 %), qui est estimé à +10 %. Ensuite, l'épineuse question de la sous-traitance (34 %) alors que les maîtres d'ouvrages publics souhaitent favoriser des TPE/PME locales et se montrent frileux face au choix des "moins disant" au détriment des "mieux disant". Pour 30 % des répondants, le cadre juridique serait encore inadapté, malgré l'adoption du nouveau code des marchés publics, tandis que pour d'autres (15 %), les entreprises générales - souvent des poids lourds de la construction - entraîneraient un déséquilibre dans le rapport de force. Des points que les adhérents à EGF.BTP devront améliorer pour convaincre encore davantage.

 

La responsabilité sociale & environnementale, la clé du succès

 

Mais sur quels sujets seront-elles attendues ? La responsabilité sociétale, tout d'abord (76 %), pour leur capacité à favoriser l'insertion des chômeurs ou assurer la formation de jeunes, et tout ce qui concerne le respect du droit du travail, de la directive des travailleurs détachés, voire de la clause Molière pour certains conseils régionaux. Sur leur capacité d'innovation également (76 %) et leur propension à adopter de nouveaux matériaux et méthodes, dont le BIM. Enfin, sur les aspects de développement durable au sens large (70 %), avec l'attente d'une gestion irréprochable des chantiers, qui - idéalement - ne génèreraient pas de nuisances, ni même de déchets ! Les maîtres d'ouvrage publics entendent également s'appuyer sur l'expertise des entreprises pour mieux maîtriser le réemploi des matériaux dans une optique d'économie locale et circulaire, et appréhender toute l'analyse du cycle de vie.

 

Véronique Liné, responsable Environnement/Développement durable chez Eiffage, analyse : "L'attente exprimée est très forte. C'est la rançon du succès. Une démarche collaborative rassurera ces maîtres d'ouvrage". Gilles Dupont, directeur-général de Rabot Dutilleul Construction, renchérit : "Il faut créer de la proximité, favoriser des échanges et améliorer encore la réactivité". Pour la responsabilité sociétale des entreprises, elle reprend : "Il faut aller encore plus loin et s'engager, peut-être sur des garanties de performance". Gilles Dupont souligne, pour sa part, que les entreprises générales enregistrent cinq fois moins d'accidents que les entreprises qui interviennent en lots séparés. Des atouts qui pourraient définitivement faire pencher la balance en leur faveur.

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