ANALYSE. Comment un sinistre tel que celui qui a touché la cathédrale Notre-Dame a pu se produire ? Différents experts, dont Patrick Liébus, artisan-couvreur et président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), ont évoqué le sujet auprès de Batiactu.

Comment un sinistre si massif a-t-il pu se produire en si peu de temps sur le toit de la cathédrale Notre-Dame ? Rien ne prouve que la tenue d'un chantier de rénovation au même moment en soit à l'origine ; mais la fréquence des feux de chantier est telle qu'il est difficile de ne pas explorer cette piste. Batiactu a ainsi demandé à plusieurs professionnels et experts d'apporter leur éclairage. Parmi eux, Patrick Liébus, artisan-couvreur - donc particulièrement bien placé pour en parler -, et président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), qui s'exprimait durant une conférence de presse de l'organisation.

 

"L'utilisation d'une simple meuleuse d'angle peut créer des étincelles ; si l'une seule d'entre elles se retrouve dans un coin, avec des débris, de la poussière, un vieux nid de pigeon, cela suffit pour créer un point chaud ; ce point peut ensuite être avivé par des coups de vent, comme nous en avions justement lundi", a-t-il assuré, ayant lui-même été témoin d'un cas de feu couvant durant sa vie professionnelle.

 

"Par ailleurs, quand on travaille le plomb, on a parfois besoin de le chauffer pour des travaux de soudure, il y a également des risques." Le président de la Capeb espère quoi qu'il en soit "que personne n'a fumé sur le chantier".

 

La thèse d'une "procédure mal respectée"

 

Des questions demeurent également sur le bon fonctionnement du système incendie. "D'après les premiers éléments dont nous disposons, je me demande si le bon moyen de détection a été mis au bon endroit", nous explique un expert chevronné de la sécurité incendie, qui comprend mal comment le début du feu a pu passer inaperçu si longtemps. "Une thèse probable est celle d'une procédure non-respectée."

 

 

Pour Patrick Liébus, le fait que la première alarme incendie (vers 18h20) n'ait pas abouti à la détection de l'incendie, pourrait s'expliquer ainsi : "Ils ont eu une première alerte incendie, mais avec un système incendie placé à l'intérieur, dans les combles ; mais il n'y avait pas seulement une toiture, mais aussi une sur-toiture dans la cathédrale : et c'est peut-être à ce niveau que feu a pris."

 

Un point chaud qui se consumerait pendant des heures

 

"Un lieu comme les combles de Notre-Dame, on y trouve des poussières, des toiles d'araignées, peut-être une cigarette : un point chaud peut se consumer durant plusieurs heures avant que l'incendie se déclenche vraiment", confirme auprès de Batiactu un autre expert, assureur. "Il peut également y avoir eu un problème électrique : comme l'électricité n'était pas installée dans les combles, les entreprises ont dû tirer des câbles, avec la disposition de compteurs pas forcément dans le meilleur des états. Ces éléments peuvent être facteur d'un incident électrique." Un article du Parisien évoque les questions que se posent les enquêteurs sur les trois ascenseurs de chantier.

"Si la voûte tombe elle va entraîner les murs avec elle"

 

Dans l'immédiat, le risque n'est plus incendiaire, mais structurel, comme le rappelle Patrick Liébus. "Il va falloir sécuriser l'intérieur, car si la voûte tombe elle va entraîner les murs avec elle", a-t-il assuré. "Les arcs boutants sont là pour compenser la compression de la charpente et du poids de la toiture. Ils poussent toujours aujourd'hui, mais plus rien n'oppose de résistance. Il va ainsi falloir trouver d'excellents professionnels en mesure d'intervenir rapidement, et dans des conditions de sécurité très délicates."

 

Une trentaine de personnes entendues par la police, d'après Le Monde
D'après un article publié par Le Monde, les services de police ont entendu une trentaine de personnes depuis le drame : ouvriers, agents de sécurité, employés du monument. "Les membres de l'identité judiciaire, la police technique et scientifique de la PJ parisienne sont par ailleurs déjà à pied d'œuvre pour réunir le maximum d'images, plans et autres vidéos, pour tenter de retracer les dernières minutes avant le sinistre", précise le quotidien. "Les ingénieurs du laboratoire central de la préfecture de police, spécialisés dans ce genre d'enquête, auront pour leur part la responsabilité d'examiner les décombres, sitôt la structure stabilisée. En attendant, des drones vont survoler l'édifice pour réaliser des premières images qui permettront aux enquêteurs d'échafauder les premiers scénarios."

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