SÉCURITÉ. L'incendie qui a détruit une partie de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril au soir pose de nouveau la question des mesures de sécurité applicables sur ce genre de chantiers - même si la cause du sinistre n'est pas encore connue. L'occasion de refaire le point sur les précautions à prendre lors de travaux par points chauds.

En proie aux flammes, la cathédrale Notre-Dame de Paris a subi d'importants dégâts dans la soirée du 15 avril 2019. Maintenant que le feu est circonscrit, le travail d'investigation va pouvoir commencer : dès le lundi soir, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "destruction involontaire par incendie". Mais les inquiétudes restent encore vives quant à la viabilité de la structure, endommagée par le feu. Et, plus largement, c'est la question des mesures de sécurité applicables sur ce genre de chantiers qui est de nouveau posée au vu du contexte. Les professionnels du secteur comme les spécialistes du patrimoine tirent de fait une nouvelle fois la sonnette d'alarme à ce sujet.

 

Interrogé par nos confrères de France Info, le rédacteur en chef du magazine La Tribune de l'art, Didier Rykner, affirme que les chantiers de rénovation des monuments historiques pèchent par des normes de sécurité insuffisantes : "Il y a déjà eu une série d'incendies de ce type. Les prescriptions pour les travaux sur monuments historiques étaient insuffisantes. […] Un architecte du patrimoine m'a dit qu'on aurait pu éviter ça avec certaines mesures." L'incendie qui a frappé la cathédrale est survenu durant une phase de réfection de la flèche, et le feu serait potentiellement parti des combles, là où ont lieu les travaux. "On fait du soudage, on fait des travaux et c'est une fois que les ouvriers sont partis que le feu peut prendre", abonde Didier Rykner. "Il y a des moyens de détection immédiate qui permettent d'agir très vite. Manifestement, le feu s'est propagé très vite et d'une manière anormale. Il y a un problème. J'ai étudié cela et la plupart des spécialistes disent que ce qu'il s'est passé n'est pas normal."

 

Propreté du site, gestion des déchets, distances de sécurité…

 

Car c'est effectivement cette problématique des feux couvants qui pourrait être à l'origine du sinistre de Notre-Dame. Pour rappel, quelques 255 sinistres incendiaires ont été recensés par la SMA-BTP sur la période 2009-2016, avec un coût moyen de 235.000 euros par sinistre. Les activités de couverture sont les plus impactées, avec 17% des charges totales de sinistres, soit 25 sinistres par an en moyenne. Dans le détail technique, il faut retenir que les sinistres incendiaires peuvent avoir deux origines : les sources de chaleur combinées avec des produits et matériaux inflammables ou combustibles d'une part, et les incidents impliquant l'utilisation de bouteilles de gaz d'autre part.

 

 

Face à ces risques liés aux travaux par "points chauds", des préconisations doivent impérativement être suivies quant à l'organisation du chantier. En premier lieu, le site doit être maintenu propre, avec une gestion efficiente des déchets (collecte et élimination). De plus, un respect des conditions élémentaires de sécurité s'impose : les distances minimales de sécurité doivent être garanties à proximité de produits inflammables nécessaires aux travaux, et particulièrement lors de conditions météorologiques défavorables, comme de fortes rafales de vent. Le stockage des matériaux doit être assuré dans des locaux protégés et ventilés, et les issues de secours comme les portes coupe-feu ne doivent pas être encombrées.

 

Un délai de 2 heures à respecter impérativement avant d'arrêter les travaux par points chauds

 

Au-delà de ces précautions générales, d'autres, plus spécifiques, sont à prendre en compte pour les feux couvants - on entend par feux couvants les inflammations différées dans le temps de matériaux ou de poussières. Il s'agit d'un risque particulièrement présent lors de travaux de soudure, a fortiori en milieu confiné. Dans ce cas, des visites préalables pour estimer le type de matériaux à traiter s'imposent. Par ailleurs, les matériaux traités alentours doivent de préférence être protégés avec des chiffons humides, et l'environnement du chantier par des écrans de protection. Les spécialistes du secteur recommandent aussi de privilégier l'application de produits sans flammes.

 

S'agissant des travaux par points chauds à proprement parler, il faut les arrêter deux heures avant le départ de l'entreprise de construction du chantier. Une règle sur laquelle les professionnels du secteur insistent vigoureusement. De même, l'utilisation d'un chalumeau doit se faire dans des conditions optimales de sécurité : fermer le robinet de poignée, prendre en compte l'environnement de travail, éviter les gestes brusques… Globalement, il faut donc veiller en permanence aux produits et matériaux présents autour de soi. Les équipements générant des étincelles - meulage, soudage, tronçonnage - appellent également d'autres mesures : par exemple, les travaux générant des quantités importantes de poussières nécessitent la mise en place d'une ventilation suffisante et même d'une récupération des poussières qui peuvent s'avérer inflammables.

 

Information et sensibilisation restent incontournables

 

Enfin, les distances de sécurité doivent être respectées, notamment par rapport aux bouteilles de gaz. Il convient aussi de prévoir un nombre suffisant d'extincteurs. Et, dans tous les cas, l'information et la sensibilisation restent les maîtres-mots : les collaborateurs doivent être formés et informés des risques liés à ce type de travaux et aux risques incendiaires en général. Un système de détection d'incendie spécifique au chantier doit également être installé, et les équipements de sécurité requièrent une vérification régulière et rigoureuse. Le recours à des colonnes sèches ou des portes coupe-feu, lorsqu'il est techniquement possible, est vivement recommandé. Pour terminer, les équipes doivent s'assurer qu'elles disposent de ressources en eau suffisantes et mettre en place le réseau d'adduction d'eau dans les plus brefs délais.

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