CONTROVERSE. Des opposants à la construction de l'autoroute A69, entre Castres et Toulouse, se sont réunis le 5 juin devant le Conseil régional d'Occitanie. Ce projet, prévu depuis vingt ans, n'en finit pas de déclencher des passions.

"Une aberration écologique et financière". Les mots utilisés par les militants écologistes et habitants sont lourds pour décrire la construction d'une autoroute, entre Castres et Toulouse. Ce projet de l'A69 provoque de nombreux débats dans la région, et ce, depuis deux décennies. L'ouverture de trois carrières temporaires le long du tracé pour alimenter ce futur ouvrage fait rugir les écologistes. Selon eux, cela serait une catastrophe environnementale.

 

Le projet, déclaré d'utilité publique en 2018, a vu le jour au début des années 2000 avec le motif de désengorger le sud du Tarn, où se trouve Castres, mais aussi "d'accompagner le développement économique du bassin de Castres - Mazamet", comme le décrit la direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement d'Occitanie dans un communiqué en novembre 2020. Pourtant, depuis des années, une partie des élus et des citoyens se battent pour que ce projet, long de 54 kilomètres, ne sorte pas de terre. Farouchement mobilisés, les manifestants étaient des centaines à s'être réunis pour faire entendre leurs arguments en avril, à Teulat, dans le Tarn.

 

 

Un projet à 500 millions d'euros

 

Le 5 juin, une centaine de militants et d'habitants des villages concernés s'étaient de nouveau rassemblés pour, cette fois, crier leur colère devant le Conseil régional d'Occitanie. La présidente de région Carole Delga "nous rabat les oreilles avec son 'green new deal' en disant être pour des projets respectueux de l'environnement, et, au final, elle pousse pour cette autoroute", a regretté Denis Barrea, membre du collectif Stop Carrières et habitant du village de Montcabrier (Tarn), interrogé par l'AFP.

 

L'étude du projet a été financée en grande partie par les collectivités locales concernées, mais aussi par le Conseil régional d'Occitanie, pointant un coût de plus de 500 millions d'euros, dont une grande partie financée par "le contribuable". "Ce projet va consommer près de 500 hectares de terres agricoles et coûter dix euros l'aller-simple entre Castres et Toulouse", s'est indigné Denis Barrea. De son côté, l'entreprise de travaux publics qui gère la construction du tronçon estime que les ouvertures de carrière sont indispensables pour permettre des travaux de terrassement.

 

Une autre option possible ?

 

Outre les arguments écologiques, certains habitants ne comprennent pas la nécessité de construire une autoroute, payante, et demandent plutôt à sécuriser la route nationale et garder les champs qui entourent les villages. Un projet, qui coûterait "moins cher", selon les opposants. En effet, l'aménagement de la route nationale 126 pourrait faire gagner "10 minutes". "L'idée est de rendre la route existante plus sécurisée et plus rapide avec des zones de dépassement", soutient l'habitant, partisan de cette "alternative coûtant 180 millions d'euros, consommant 90 hectares de terres agricoles, et gratuite pour l'usager". Les pouvoirs publics, eux, avance que l'autoroute permettra de gagner 35 minutes sur la totalité du trajet, évalué à 1h20 en moyenne actuellement.

 

Malgré cette vive lutte, l'Etat a lancé la procédure de mise en concession en février 2020. Le futur concessionnaire du chantier sera choisi fin 2021 parmi trois candidats en compétition, dont les géants Vinci et Eiffage. L'autoroute devrait être terminée en 2025. Pour la présidente de région, le projet est "indispensable au développement" du sud du Tarn. Ce territoire "mérite un véritable projet de désenclavement, pour ses habitants, ses entreprises (...) privés d'une liaison sécurisée et efficace avec la métropole toulousaine", écrivait-elle en 2018.

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