NUCLEAIRE. Malgré la pression gouvernementale, le conseil d'administration de l'électricien national a réussi à obtenir le report temporaire de l'arrêt de la centrale de Fessenheim, qui n'interviendra qu'à l'entrée en service de l'EPR de Flamanville, à la fin de 2018. Les salariés du site s'étaient mobilisés pour défendre leur emploi.

La ministre de l'Environnement semble satisfaite : un communiqué annonce "le caractère inéluctable et irréversible du processus de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim" qui a été acté ce 6 avril 2016. Pour autant, il ne s'agit pas d'une victoire du gouvernement qui ne pourra pas tenir la promesse de campagne du président Hollande. Ce dernier avait annoncé pour la fin de 2016, l'arrêt de la plus ancienne centrale française (40 ans), qui plus est, située sur une faille géologique active.

 

Mais la lutte a été âpre, entre l'énergéticien national et son principal actionnaire, l'Etat. EDF, qui avait accepté le principe de fermeture des deux réacteurs de 900 MW de la centrale alsacienne contre près de 500 M€ de dédommagement traîne les pieds pour enclencher le processus d'extinction. Car tous les candidats à la présidentielle ne souhaitent pas stopper l'exploitation de la centrale, à l'image de Marine Le Pen ou de François Fillon. Il faut noter que les autorisations de prélèvement de l'eau du canal du Rhin pour refroidir les installations relèvent d'un régime dérogatoire qui n'arrivera pas à échéance avant le 1er janvier 2023…

 

Attendre l'entrée en service de l'EPR pour fermer la doyenne des centrales

 

Les membres du gouvernement ont tenté d'accélérer le processus. Ségolène Royal avait notamment "mis en garde" les administrateurs d'EDF contre une décision de maintien qui risquait "de porter atteinte à l'intérêt de l'entreprise". Michel Sapin, le ministre de l'Economie et des Finances avait enfoncé le clou en déclarant qu'il n'était pas envisageable qu'une entreprise publique à plus de 80 %, récemment recapitalisée par l'Etat, ne soit pas en droite ligne de la volonté gouvernementale. Mais les syndicats s'étaient mobilisés contre cet arrêt, afin de sauvegarder 850 emplois directs et 250 indirects. Ils ont donc obtenu gain de cause.

 

Le ministère de l'Environnement déclare que la fermeture de Fessenheim "annoncée de longue date", se fera sans qu'aucun emploi ne soit supprimé. L'Etat annonce également être "aux côtés d'EDF pour l'accompagner dans cette démarche de transition énergétique". Il a notamment déposé auprès de la Commission européenne une "demande de prolongation de la concession électrique de La Truyère", afin de contenter l'électricien. Mais EDF a surtout obtenu gain de cause quant à la coordination des opérations d'extinction de Fessenheim qui devront attendre l'entrée en service de l'EPR de Flamanville, qui viendra compenser la perte de puissance. Or, cette dernière n'interviendra pas avant la fin de 2018, au plus tôt, si l'Autorité de Sûreté Nucléaire donne son aval au cours de l'été.

 

Ségolène Royal, qui espère toutefois faire passer le décret d'arrêt d'exploitation avant la fin du mandat de François Hollande, conclut : "Le choix d'EDF de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim pour respecter le plafonnement de la capacité nucléaire installée à la mise en service de l'EPR de Flamanville se justifie par le fait qu'il s'agit de la plus ancienne centrale de France (…). Il est de l'intérêt de l'entreprise d'assurer une visibilité qui permette de préparer l'avenir du bassin d'emploi concerné, et de répartir ses investissements de façon optimale, en faveur de la transition énergétique". Fessenheim est encore loin d'être fermée.

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