LIVRE BLANC. Rémunération de l'électricité selon son taux de carbone, investissement dans la R&D, renouvellement du parc de réacteurs... La Société française d'énergie nucléaire (Sfen) publie, pour la 1re fois, un fascicule à destination des candidats à l'élection présidentielle. La filière électronucléaire, inquiète pour son avenir, entend marquer son rôle industriel de premier plan dans l'Hexagone.

L'industrie nucléaire française est une particularité du pays depuis plus de quarante ans. Et elle entend le rester encore pour les vingt années qui viennent. Elle vient de publier un livre blanc de six propositions destinées aux candidats à l'élection présidentielle, destiné à lui "donner une nouvelle ambition". Car, comme le souligne Valérie Faudon, la déléguée générale de la Sfen, cette filière d'importance est la troisième de France, puisqu'elle emploie 220.000 personnes dans plus de 2.500 entreprises et qu'elle exporte, chaque année, pour 6 milliards d'euros de biens et services.

 

Des difficultés réelles

 

Pour autant, elle se trouve à un moment charnière de son histoire, comme le rappelle la représentante : "Financièrement fragilisée, elle est confrontée à un marché européen de l'électricité en crise qui n'encourage pas les investissements de long terme. A ces problèmes exogènes s'ajoutent des difficultés internes : les industriels, qui n'avaient plus construit depuis 15 ans, souffrent de retards sur les grands chantiers ; ont engagé des audits de grande ampleur ; et doivent être recapitalisés pour faire face à leurs besoins en investissement". La déléguée générale évoque, à demi-mots, les problèmes rencontrés sur le chantier de l'EPR de Flamanville et les vérifications demandées par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur l'ensemble des centrales françaises avec un potentiel "Grand carénage" à effectuer pour un montant compris entre 6 et… 50 Mrds €, selon les estimations.

 

Cependant, les industriels de l'électronucléaire estiment que cette énergie a toujours de l'avenir. Ne serait-ce que pour sa teneur en carbone réduite, qui permet à la France de revendiquer un mix électrique à 94 % décarboné (entre le nucléaire, l'hydroélectricité et les renouvelables). La Sfen défend donc l'atome dont la part ne saurait être limitée à 50 % (comme le prévoit la Programmation pluriannuelle de l'énergie) et ne se satisfera pas de fermeture de réacteurs. Au contraire, ses partisans recommandent de continuer l'exploitation de la centrale de Fessenheim jusqu'en 2021 et 2023 pour ses deux tranches.

 

Le nucléaire fait de la résistance

 

La Sfen note : "L'objectif prioritaire de la transition énergétique doit rester la réduction de la consommation des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), principales sources des émissions de CO2 et contributeurs majeurs du déficit extérieur de la France". Un peu plus loin, elle renchérit : "Remplacer le nucléaire (bas carbone) par des énergies renouvelables (bas carbone) n'apporte aucun bénéfice en termes de réduction de gaz à effet de serre". Enfonçant le clou contre les EnR, le document cite la Commission de régulation de l'énergie et son évaluation de 5,1 Mrds € de soutien public à la production d'électricité renouvelable en 2016. "Dans un contexte économique contraint, il convient de contrôler l'évolution de ces dépenses et de s'orienter vers les actions les plus efficaces", tacle la Sfen, avant de conclure que ces montants, supérieurs aux prévisions initiales, seraient mieux employés à la recherche sur les énergies bas carbone plutôt qu'au rachat de production électrique.

 

Découvrez les autres propositions de la Société française d'énergie nucléaire en page 2

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