RÉACTION. Les dépôts sauvages de déchets de la construction, dont certains amiantés, par des artisans, particuliers et entrepreneurs indélicats représentent un risque sanitaire pour la population. Les professionnels de la construction évoquent notamment la lourdeur de la réglementation et un problème de maillage des points de stockage pour expliquer ce fléau.

Le problème de dépôts sauvages de déchets, dont certains amiantés, est endémique. C'est une enquête de France info du 20 décembre 2018 qui est venue faire réémerger le sujet. Dans le collimateur : les entrepreneurs, salariés, artisans, travailleurs détachés, procédant à ce genre de méfaits. "Ce qu'il se passe sur le terrain, on le sait", nous explique Patrick Liébus, président de la Capeb, contacté par Batiactu.

 

"Le système actuel pénalise les entreprises les plus sérieuses"

 

"La plupart des entreprises respectent les règles, et font appel à des sociétés certifiées pour cela." Problème, bien sûr, cela coûte cher, jusqu'à plusieurs milliers d'euros pour quelques mètres carrés d'amiante à retirer. Un prix qui peut affoler les artisans, mais aussi les maîtres d'ouvrage, qu'ils soient particuliers, petites collectivités locales, agriculteurs...

 

"Un jour, on verra l'amiante pousser dans les forêts !"

 

"Certains entrepreneurs peu scrupuleux proposent ainsi de retirer le poste 'désamiantage' du devis, et décrochent le marché. Ils déposent l'amiante à la sauvette et le rejettent dans le premier petit chemin qu'ils trouvent. Le système actuel pénalise donc les entreprises qui travaillent bien...", regrette le patron de l'organisation représentant les artisans du bâtiment. "Les produits dangereux finissent dans les bois, et comme je l'ai toujours dit : un jour, on verra de l'amiante pousser dans les forêts !"

 

 

Comment lutter contre ces dépôts sauvages ? Pour Patrick Liébus, l'un des leviers d'actions serait de sensibiliser les clients quels qu'ils soient. "Et il faut envisager de sanctionner ceux qui ne jouent pas le jeu", explique-t-il. Il faut aussi rappeler que des entreprises sont régulièrement condamnées en France pour avoir fourni et créé des décharges sauvages. Des maires commencent à se soucier de ce problème, comme nous en avions rendu compte du côté de Vélizy (Yvelines).

 

Le problème du maillage territorial des plateformes de stockage

 

Pour la Fédération française du bâtiment (FFB), également contactée par Batiactu, on met surtout en avant le problème du maillage du territoire, encore largement perfectible, en matière de zones de stockage. L'organisation renvoie à un rapport de synthèse de février 2017, rédigé par le Bureau d'études géologiques et minières (BRGM), concluant notamment "qu'en 2013, une quarantaine de départements métropolitains ne possédaient aucun exutoire autorisé à recevoir des déchets d'amiante" et que "19 départements ne possédaient aucun point d'apports pour les déchets d'amiante des particuliers ou professionnels".

 

En tout, le territoire comptabilise 88 installations de stockage de déchets non dangereux et 13 pour les déchets dangereux. "Certains professionnels sont ainsi contraints de faire jusqu'à 300 kilomètres pour respecter la réglementation", nous explique-t-on également. Dans l'Outre-mer, où il y a encore moins de points de collecte, les professionnels peuvent être conduits à faire transporter certains déchets par bateau jusqu'en métropole... "Les décharges publiques peuvent aujourd'hui ouvrir des alvéoles pour l'amiante-ciment, pour les particuliers et les artisans du bâtiment. Mais de plus en plus d'installations de ce type ferment car les collectivités ont du mal à gérer le risque vis-à-vis de leurs employés."

 

La complexité réglementaire évoquée

 

La plupart des déchets dangereux terminant dans des décharges sauvages proviennent de petits travaux de rénovation locaux, souvent réalisés par les plus petites entreprises. Elles-mêmes qui sont moins armées pour faire face au corpus réglementaire touchant aux déchets et plus spécifiquement à l'amiante. Et c'est un autre facteur de difficultés. "La lourdeur administrative du traitement des déchets amiantés finit par avoir des effets contre-productifs", constate la FFB. Pour aller de l'avant, l'organisation propose de renforcer l'accueil des déchets dangereux par les déchetteries publiques, augmenter le nombre d'installation de vitrification (une seule en France actuellement), trouver un moyen de massifier des quantités de déchets d'un même type ou encore développer des solutions clés-en-main permettant aux professionnels de se débarrasser de leurs déchets en toute légalité.

 


Pour rappel, l'Organisme professionnel de prévention du BTP a produit une brochure, mise à jour en juin 2017, sur le transport et l'élimination de déchets de matériaux contenant de l'amiante. La Fédération française du bâtiment (FFB), de son côté, a produit en 2016 un Guide amiante à l'usage des chefs d'entreprise.

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