TRANSITION ENERGETIQUE. Sur la plateforme consultative du Conseil économique, social et environnemental, les propositions affluent. Parmi elles, celle qui recommande l'arrêt du subventionnement de l'énergie éolienne se hisse à la 4e position en nombre de voix. Décryptage.

"Avec ou sans gilet jaune, citoyennes et citoyens, exprimez-vous" scande la page d'accueil du site "Construisez l'avenir avec le CESE", plateforme consultative du Conseil économique, social et environnemental. De très nombreuses contributions ont été enregistrées, plus de 9.000, soutenues par 31.000 participants actifs. Ces multiples sujets seront ensuite analysés par des commissions de travail du CESE qui en tireront "un avis qui reflétera la diversité des positions exprimées" pour "répondre explicitement aux propositions les plus soutenues" par des "pistes de solutions qu'il conviendra au Gouvernement d'analyser et d'en choisir le destin". Un processus de démocratie participative, souhaité par de nombreux Français, qui s'achèvera à la fin du mois de mars, selon le calendrier publié sur le site.

 

Une réclamation d'ordre purement économique

 

Divers grands enjeux sont proposés : inégalités sociales, justice fiscale, pouvoir d'achat, transition écologique… Proposition la plus soutenue, avec près de 5.900 votes à elle-seule, l'abrogation de la loi Taubira. D'autres contributions demandent des évolutions de la politique familiale ou des changements relatifs à la bioéthique. Mais au 4e rang, avec 2.900 votes, apparaît une préoccupation liée à la transition écologique : lancée par un certain "Louis Marin" le 15 décembre dernier, cette proposition est intitulée : "Fin des subventions dans l'éolien". Son promoteur explique avoir consulté le rapport de la Cour des comptes d'avril 2018 et la délibération de la Commission de régulation de l'énergie du mois de juillet suivant, et constaté que, pour les 20 prochaines années, la production d'électricité d'origine éolienne représenterait 150 milliards d'euros, dont "120 milliards pour l'éolien terrestre et photovoltaïque" (sic) et "30 milliards pour les 6 centrales éoliennes en mer". Des montants qui proviennent, selon l'intéressé, "de la TIPCE (la fameuse taxe carbone)" (sic) et qu'il se propose d'économiser instantanément en rachetant l'électricité au tarif de marché brut. Il argumente : "Le gouvernement a déjà baissé le tarif d'achat de l'éolien en mer qui était à 220 €/MWh, soit 4 fois le prix brut habituel, en le fixant à 170 €/MWh, soit 3 fois le prix brut habituel", ce qui serait grandement insuffisant comme économie.L'auteur de la proposition ne motive pas sa demande par d'autres aspects que financiers, et n'évoque ni l'impact visuel ou sanitaire, souvent mis en avant par les opposants aux éoliennes.

 

Puissance éolienne triplée dans les 10 ans

 

En fait, depuis 2017, le compte d'affectation spéciale Transition énergétique de la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) représente un peu moins de 7 Mrds € destinés à financer l'ensemble des énergies renouvelables (éolien, solaire, géothermie, biomasse etc). Un montant d'ailleurs appelé à diminuer au fur et à mesure que les importations de carburants fossiles seront remplacées par des productions d'énergie renouvelables locales. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) répond, sur son site "Comprendre l'éolien" : "Toutes les filières énergétiques (thermique, hydroélectrique, nucléaire etc.) ont bénéficié d'un soutien économique de la part des pouvoirs publics dans leur phase de développement". Du temps où c'était la Contribution au service public de l'électricité (CSPE) qui finançait la transition énergétique (jusqu'en 2016 donc), l'éolien mobilisait environ 1,5 Mrd € par an. Ramené à la consommation d'un ménage moyen (2,5 MWh/an) cela représentait une dépense de 12 €, soit 1 €/mois. De plus, le SER fait valoir : "Le soutien de l'Etat accordé à la production d'énergie éolienne est de plus en plus faible". Aujourd'hui, les producteurs vendent l'électricité produite sur le marché et reçoivent une prime sous forme de complément de revenu. Pour les plus grandes installations, elle est allouée par voie d'appel d'offres avec mise en concurrence, un type de procédure qui "contribue à baisser le niveau d'aide versée et donc le coût global du soutien porté par la collectivité". La filière décompose ses coûts de production comme suit : investissements initiaux (achat d'éolienne, installation, raccordement au réseau) et coûts opérationnels (exploitation et maintenance, taxes). Sur une durée de 20 ans, ce coût oscille entre 60 et 110 €/MWh, selon la taille et la situation du parc éolien.

 

Rappelons que, lors de la présentation de la Stratégie française pour l'énergie et le climat", le président de la République a annoncé que la puissance éolienne serait triplée d'ici à 2028 et que quatre nouveaux appels d'offres pour l'éolien en mer seraient lancés. De son côté, le ministère de la Transition écologique et solidaire précise encore les choses : la puissance éolienne déployée en France sera de 24,6 GW en 2023 puis de 34-36 GW en 2028, tandis qu'au large des côtes, elle passera de 2,4 GW en 2023 à 4,7-5,2 GW cinq ans plus tard. Des volumes qui permettront une baisse des coûts mais qui risquent de ne pas satisfaire les 2.900 signataires de la proposition de moratoire sur les aides…

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