CONJONCTURE. En dépit de la tempête économique causée par le Covid l'année dernière, les entreprises artisanales ont résisté et sont même parvenues à limiter la casse. Leurs emplois salariés ont augmenté de 1,7% tandis que les immatriculations de travailleurs indépendants ont enregistré une hausse de 1%.

Le pire était à craindre mais ne s'est heureusement pas produit : malgré les vents extrêmement violents de la tempête économique du Covid, l'artisanat a tenu bon au cours de l'année 2020. Dans sa dernière édition, le baromètre de l'Institut supérieur des métiers (ISM) et de l'assureur Maaf s'est penché sur l'impact de la crise sanitaire sur le tissu économique et le marché de l'emploi des salariés comme des travailleurs indépendants de l'artisanat, et il en ressort donc que ce dernier a réussi à limiter la casse.

 

Globalement, l'emploi salarié dans l'artisanat tous secteurs d'activité confondus a bien résisté en 2020 et a même fait mieux qu'en 2019, avec une hausse de 1,7% des créations d'emplois (soit 28.000 postes, pour un total de 1,68 million d'emplois) au moment où l'ensemble du secteur privé, lui, voyait ses effectifs diminuer de 311.000. Autre constat notable : cette légère croissance des emplois salariés s'est observée dans toutes les régions de l'Hexagone, même si la dynamique a eu un peu de mal à s'installer dans le centre-est du pays. À l'inverse, la Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) et la Corse ont bénéficié de la plus forte augmentation (+3%), tandis que le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté, l'Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), la Bretagne et le Centre-Val de Loire ont enregistré des scores plus timides mais bien positifs (+1%).

 

Forte demande en travaux de rénovation

 

Parmi les secteurs les plus porteurs, le BTP décroche la palme. Avec 3% d'emplois supplémentaires créés entre 2019 et 2020, ce qui représente 24.100 postes, c'est lui qui tire la croissance observée dans tout le pays. Depuis la fin 2018, l'emploi dans le bâtiment et les travaux publics ne cesse en réalité de croître : de 712.900 postes au 4e trimestre 2018, il est passé à 737.200 sur les trois derniers mois de 2019, avant d'atteindre les 761.300 fin 2020. D'excellents chiffres qui s'expliqueraient par la forte demande en travaux de rénovation.

 

Malgré l'arrêt quasi-total des chantiers pendant le premier confinement sanitaire du printemps 2020, les différents corps de métiers de la construction affichent une excellente forme : les travaux de finition ont augmenté de 2%, ce qui représente 6.760 emplois supplémentaires ; la maçonnerie générale a gagné 3%, cumulant 8.530 emplois créés en 2020 ; l'électricité et la plomberie ont engrangé 4%, soit 7.130 postes créés. Ce qui n'a toutefois pas empêché les entreprises du BTP de diminuer leurs embauches lors du premier confinement, le plus violent en termes de bouleversements d'activité. Sur cette période, les artisans ont réduit la voilure de 23% - un chiffre néanmoins honorable en comparaison aux autres secteurs, comme l'alimentation (-44%). La situation s'est par la suite améliorée puisque la construction a fait repartir ses recrutements à la hausse aux 3e et 4e trimestres de l'année dernière, avec +9% chacun, tirant du même coup l'ensemble de l'artisanat national.

 

Au niveau régional et sans surprise par rapport aux tendances habituelles, le bâtiment a réalisé ses meilleurs scores en Paca avec 4,8% d'emplois supplémentaires sur un an, en Île-de-France avec 4,5% et en Corse avec 4,2%. Suivent le Grand Est avec 3,3% de nouveaux postes sur 12 mois, les Hauts-de-France et l'Occitanie avec 3,1% chacun, les Pays de la Loire, la Nouvelle-Aquitaine et la région Aura avec 2,7% chacun. En queue de peloton se trouvent la Normandie avec 2,2%, la Bourgogne-Franche-Comté avec 2,1%, le Centre-Val de Loire avec 1,7% et enfin la Bretagne avec 1,3%.

 

Le BTP est le premier secteur d'activité de l'économie française en termes d'entrepreneurs

 

Toujours d'après le baromètre ISM-Maaf, les créations d'entreprises ne semblent pas non plus avoir souffert des très nombreuses incertitudes économiques. Alors que les immatriculations d'indépendants ont très légèrement augmenté (+1%) sur toute l'année 2020, la dynamique entrepreneuriale s'est confirmée dans le BTP, qui a enregistré +2%. Là encore, les chiffres ont évidemment varié suivant les périodes de l'année : si les trois premiers mois étaient encore sur une bonne croissance (+9%), le premier confinement est passé par là, faisant dégringoler la tendance (-24%) avant que le climat des affaires ne reprenne des couleurs aux 3e et 4e trimestres (respectivement +16% et +7%).

 

Mais comme le souligne l'étude, les micro-entrepreneurs ont été, tous secteurs confondus, bien plus sévèrement touchés par la crise du Covid car moins couverts par les dispositifs d'aide. Subissant une perte de chiffre d'affaires de 12% en moyenne, ils doivent aussi composer avec un niveau de revenus de 2 à 6 fois moins élevé par rapport aux autres indépendants, bien que celui-ci soit en progression. Ainsi, dans le BTP, un travailleur indépendant "classique" a perçu 30.365 € en moyenne en 2018, contre 8.038 € pour un micro-entrepreneur. En 2019, ce dernier a touché 8.981 € de revenus en moyenne. Mais si son chiffre d'affaires au 1er trimestre 2019 était de 5.691 €, il n'était plus que de 5.447 € au 1er trimestre 2020 (-4%), et la baisse a été encore plus flagrante entre le 2e trimestre 2019 et le 2e trimestre 2020, avec respectivement 6.299 € et 5.590 €, soit un recul de 11%.

 

Cela n'empêche cependant pas l'entrepreneuriat de se consolider nettement dans la construction : fin 2019, le secteur totalisait 219.300 indépendants dits classiques, 193.300 micro-entrepreneurs et 141.500 micro-entrepreneurs ayant déclaré un chiffre d'affaires (donc ayant réalisé une activité économique), soit 73% de tous les micro-entrepreneurs. Ce qui fait du BTP, et de très loin, le premier secteur d'activité de l'économie française à compter autant d'entrepreneurs.

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