BAILLEURS SOCIAUX. A l'occasion de l'assemblée générale des ESH (les sociétés HLM de droit privé), la ministre chargée du logement a admis le "trou d'air" dans lequel se trouve la construction en France. Côté logement social, l'objectif, pourtant répété à longueur d'interventions, "sera très difficile à tenir".

Il y a manifestement divergence de vues entre les acteurs du logement social et le Gouvernement. Quelques jours après la fédération des offices publics de l'habitat (FOPH), et à moins d'un mois de l'AG de l'Union sociale pour l'habitat, où le monde HLM changera de présidence, les ESH (Entreprises sociales pour l'habitat) tenaient leur assemblée générale, le 15 octobre à Paris. Valérie Fournier, présidente de leur Fédération, a demandé, à cette occasion, à la ministre chargée du logement, Emmanuelle Wargon, de "donner aux bailleurs les moyens de faire plus et mieux" plutôt que de considérer que le logement social "n'est qu'un sujet de coûts".

 

Faisant le constat que "les amortisseurs sociaux du modèle social français ont fonctionné une fois de plus" dans la crise provoquée par le coronavirus, elle demande à l'Etat de comprendre que "le logement social fait partie de ce modèle", et qu'il a besoin d'être soutenu.

"Cela coûte moins cher que cela ne rapporte"

 

La présidente des ESH a rappelé que ces dernières avaient pris "70% de la production de logement sociaux l'année dernière", alors qu'elles ne représentent que 50% du monde HLM, y compris les logements les plus sociaux, à savoir les PLAI. Elle enjoint l'Etat à "mieux financer" cette catégorie de logements, et plus largement. "Le logement, cela rapporte plus que cela ne coûte" à l'Etat, a-t-elle martelé, rappelant qu'"un logement construit, c'est un emploi direct créé" et qu'"un chômeur coûte 35.000 euros à l'Etat". "Le calcul est vite fait", s'est-elle contentée de souffler.

 

Parmi les craintes des ESH, Valérie Fournier a bien sur évoqué "l'énorme ponction sur les fonds d'Action Logement", annoncée à la rentrée, ainsi que "la réorganisation de la Peec" (participation des employeurs à l'effort de construction) qui finance l'organisme partitaire. "Le financement de la Peec n'est en aucun cas accessoire, et sa remise en cause porte atteinte à la politique du logement" en général, a-t-elle martelé.

 

"L'objectif des 100.000 agréments sera difficile à tenir"

 

En réponse, la ministre a convenu que "la construction neuve traverse un trou d'air", avec "probablement 50.000 autorisations de moins que prévu cette année" et "35.000 mises en chantier de moins". "J'ai réuni les acteurs de la construction et du logement pour travailler sur la simplification des procédures et les financements", a indiqué Emmanuelle Wargon.

 

Quant à l'objectif de 110.000 agréments de logements sociaux cette année, il sera "très difficile à tenir". La ministre indique avoir "donné des instructions aux services déconcentrés pour que les dossiers puissent être traités le plus vite possible et avec souplesse". Un discours très éloigné des remontées de terrains dont a fait part Emmanuelle Cosse, candidate à la présidence de l'USH (qui regroupe les ESH et les autres organismes HLM), à Batiactu dans une récente interview.

 

Enfin, concernant Action Logement, dont les bailleurs sociaux constituent une grande partie des ESH, la ministre s'est engagée à "ne pas déstabiliser" l'organisme, à "maintenir la gestion paritaire", et "à préserver la capacité de financement des logements sociaux".

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